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La fin des télécoms… tels qu’on les connaît

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Les équipements se virtualisent. Facebook se mue en concepteur d’infrastructures. Équipementiers et opérateurs ont entrepris leur transformation et ne seront plus jamais les mêmes.

La fin des télécoms… tels qu’on les connaît
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© Le 13 avril, Facebook a annoncé le développement d’une infrastructure Wi-Fi urbaine à très haut débit capable de concurrencer la fibre optique.

Les entreprises citées

Le secteur des télécoms souffre depuis des années de l’arrivée du numérique. Les services de Google, Apple, Facebook… dévorent la bande passante des réseaux sans (jusqu’à aujourd’hui) investir le moindre centime dans l’infrastructure. Résultat, les opérateurs peinent toujours plus à engranger les revenus qui leur permettent d’investir dans cette dernière. Et les équipementiers, dont ils sont la clientèle principale, en paient les conséquences. Las, le calvaire des télécoms n’est pas terminé. De nouvelles attaques venues du numérique enfoncent le couteau dans la plaie. La virtualisation [lire l’encadré ci-contre] et l’électronique reconfigurable favorisent l’utilisation de matériels standardisés pour les réseaux plutôt que d’équipements spécifiques qui différencient les acteurs. Et pire encore, Google et Facebook – encore eux ! – investissent toujours davantage directement dans le développement d’infrastructures télécoms d’un nouveau genre. Ils renforcent la tendance à la banalisation des matériels. Et, surtout, pourraient concurrencer directement les industriels du secteur. L’alerte a été donnée le 13 avril. Lors de la conférence F8 réservée à ses développeurs, Mark ­Zuckerberg, le PDG de Facebook, a annoncé deux projets nommés Terragraph et Aries. Leur but ? Développer une infrastructure Wi-Fi urbaine à très haut débit capable de concurrencer la fibre optique… L’entreprise a même désormais une division consacrée au matériel, Building 8, qui va héberger et donner davantage d’ampleur, notamment à ces initiatives télécoms. Plus aucun doute n’est permis. Le Californien s’attaque directement aux télécoms et développe sa propre infrastructure.

Pour les échanges dans Facebook Live, sa vidéo 3 D, les contenus de réalité virtuelle nécessaires à Oculus Rift…, Facebook a en effet besoin de réseaux denses, à très haut débit, qui satisferont les mobinautes hyperactifs que sont les urbains. Et il n’a pas le temps d’attendre. Ni la 5G, ni les déploiements de la fibre optique. Avec Terragraph et Aries, l’entreprise de Mark Zuckerberg fait franchir un cap au secteur numérique. Contrairement aux ballons Loon et aux satellites de Google ou à sa propre aile solaire Aquila, il ne s’agit plus de combler les vides de couverture de la planète. Cette fois, c’est aux grandes villes qu’il s’attaque. Le terrain de jeu habituel des opérateurs et des équipementiers.

Les équipementiers pivotent

Peu de risques toutefois que les télécoms ne disparaissent, terrassés par ces plaies numériques. Le secteur, le marché, la structure des entreprises vont, certes, être bouleversés… Dans cette tempête, face à des acteurs riches, volontaristes, rapides et agiles comme ceux de la Silicon Valley, que le secteur a pu un temps toiser du haut de son ancienneté, équipementiers et opérateurs doivent s’adapter. Il leur faut continuer de trouver de nouvelles sources de revenus, avec de nouvelles technologies et de nouveaux marchés.

Les trois plus gros équipementiers l’ont compris et viennent de nouveau de le démontrer. Le suédois Ericsson a officialisé la création d’une toute nouvelle business unit qui prendra en charge tous les processus depuis la R & D jusqu’à la commercialisation, pour une clientèle dans le secteur des médias. Nokia, lui, va acquérir la start-up française Withings pour doper son développement dans l’e-santé [lire page 18] et en profiter pour revenir vers le grand public. En achetant en avril 2015 Alcatel-Lucent, il a aussi absorbé un industriel en pleine diversification vers d’autres secteurs et vers la virtualisation. Même Huawei, pourtant en forte croissance (+ 37 % du chiffre d’affaires au premier trimestre), vient de décider de se diriger complètement vers le cloud, l’informatique et les télécoms. Les raisons ? La chute de ses revenus issus des opérateurs et la virtualisation croissante des équipements…

Le défi auquel font face ces industriels est plus qu’un simple pivot de start-up. C’est la transformation de fabricants de matériels en sociétés de logiciels et services. Une mue industrielle qui leur prendra encore plusieurs années. L’ex-numéro un des serveurs et des PC, IBM, n’est pas devenu un géant du logiciel et des services en un jour. Beaucoup d’entreprises du numérique ont aussi compris que mieux valait être du côté des grands du numérique que dans le camp ennemi. Une stratégie d’autant plus judicieuse qu’aucun géant de la Silicon Valley n’a intérêt à se mettre à dos les acteurs historiques des télécoms. Pour se développer encore davantage, Facebook et Google ont besoin qu’internet soit accessible partout et tout le temps. S’ils se lancent dans des projets d’infrastructure, ils préféreraient sans nul doute consacrer leurs investissements à leur cœur de métier.

Les opérateurs collaborent et se diversifient

Ericsson est toujours partenaire de l’initiative Internet.org de Facebook. Et Orange, qui a longtemps fustigé Google, collabore aujourd’hui avec lui sur Project Fi (fibre optique) et a accompagné Facebook sur certains développements en Afrique. Le modèle des opérateurs est lui aussi mis en danger. Même si l’attaque est moins directe que sur leurs fournisseurs d’équipements. La qualité des services des opérateurs fait toute la différence auprès de leurs abonnés. Et cette qualité provient en particulier de leur capacité à investir dans la bonne combinaison d’équipements au bon endroit. Si le matériel se banalise, les opérateurs aussi devront faire de nouveaux choix. En même temps qu’ils prennent leur temps pour adapter leurs réseaux, beaucoup ont entamé une mutation vers des modèles hors des seuls réseaux télécoms. Dans la ville connectée, la banque, les médias, l’e-santé ou l’assurance.

Les bons vieux télécoms ont bel et bien leur mot à dire. Il suffit de regarder la transformation réussie d’Alcatel-Lucent avant de se faire acheter par Nokia et les pivots entamés par Orange qui tente même d’ubériser les banques ! Mieux encore, le numéro un des opérateurs américains, Verizon, est en passe d’acheter Yahoo…, un géant du numérique qui, lui, n’a pas su pivoter ! Alors, tous les espoirs sont permis. À condition de ne pas se voiler la face. ??

La virtualisation mange peu à peu l’équipement


Depuis quelques années, les équipementiers travaillent sur la virtualisation, un dispositif qui consiste à héberger certaines fonctions au sein de machines virtuelles ou de containers logiciels (NFV, pour « network functions virtualization ») et à concevoir des systèmes logiciels de gestion et d’orchestration de ce nouveau réseau (SDN, « software-defined network »). Les fonctions du réseau s’extraient ainsi de la contrainte matérielle et peuvent être plus facilement bougées d’une machine à l’autre selon les règles paramétrées dans le système d’orchestration. Résultat : souplesse et agilité renforcées de l’infrastructure, capacité plus importante à faire varier sa taille en fonction des besoins, adaptabilité plus forte du réseau à des services variés et des coûts réduits… « L’histoire va dans le sens de la virtualisation, sans hésitation aucune, confirme Hervé Collignon, vice-président et partner chez AT Kearney, mais les opérateurs n’y vont encore que très prudemment. Et seulement les plus grands. » Ne serait-ce que parce que la promesse d’économie n’est pas vraiment importante. « On estime entre 20 et 25 % l’amélioration de la productivité des réseaux », précise Hervé Collignon. Autrement dit, l’attaque n’est que progressive. Aucun opérateur ne remplace son infrastructure par une autre d’un seul coup. Seuls les plus gros opérateurs du monde, comme Orange, l’espagnol Telefónica ou l’américain Verizon, tentent prudemment l’aventure. Plutôt dans le cadre de projets pilotes, qui plus est. 

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