L'Usine Agro

La filière semences française, "un leader mondial méconnu" selon François Burgaud, du Gnis

Franck Stassi ,

Publié le

Entretien Premier exportateur mondial de semences, la France s’appuie sur une filière dynamique, avec un solde de la balance commerciale de 960 millions d’euros, et 17 000 emplois directs. Toutefois, le secteur souffre d’un déficit d’image lié aux inquiétudes sur la recherche et, indirectement, les intrants. A l’approche de la fin des Etats généraux de l’alimentation, François Burgaud, directeur des relations extérieures du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis), annonce vouloir s’ouvrir aux consommateurs finaux.

La filière semences française, un leader mondial méconnu selon François Burgaud, du Gnis © Marion Garreau

L’Usine Nouvelle – Quels sont les leviers de la hausse du chiffre d’affaires de la filière ?

François Burgaud – Le chiffre d’affaires (3 milliards d’euros) a progressé de 3% sur la campagne 2016-17 sous l’effet d’une hausse de 7% des exportations en valeur. Le marché intérieur français est, pour sa part, resté stable. La filière semencière française reste leader au niveau mondial en termes d’exportations (Union européenne comprise). Dans des secteurs aussi importants que les semences de maïs ou de tournesol, de 60% à 75% du chiffre d’affaires est fait à l’exportation. La taille du marché est importante pour qu’un obtenteur puisse faire de la recherche. On met en marché chaque année 500 à 600 espèces. Sur 70 entreprises de sélection, 53 sont encore franco-françaises. En Angleterre, vous n’avez plus un seul sélectionneur anglais !

De quelle manière les difficultés financières des céréaliers vous affectent-elles ?

Dans l’univers des céréales à paille, il faut suivre le taux d’utilisation des semences certifiées. Les obtenteurs perdent des royalties lorsqu’on utilise des semences de ferme. Depuis la loi de 2011, les semences de ferme sont autorisées (en blé, il existait un accord dans la filière) en céréales, pommes de terre et semences fourragères, avec une rémunération des obtenteurs au mieux de la moitié ce qu’ils touchent normalement, si elles sont issues de leurs variétés. Cette année, malheureusement, cela ne redémarre pas. En blé tendre, nous étions passés sous la barre des 50% d’utilisation de semences certifiées l’an dernier, et cela va encore baisser d’un ou deux points. La récolte a été très bonne et précoce, tandis que le prix du blé est toujours bas.

5% des Français déclarent "bien connaître" la filière et 22% "partiellement". Pourquoi un tel déficit ?

Il y avait, jusqu’aux premières polémiques autour des organismes génétiquement modifiés (OGM), une méconnaissance générale des mécaniques agricoles. Les gens ne savaient pas que des milliers de variétés de blé existent. Pour les gens, la semence, c’est modifié, cela renvoie aux "légumes interdits" [en référence à la campagne lancée par Carrefour, NDLR]… Il y a encore beaucoup de travail à faire. Les Etats généraux de l’alimentation et les plans de filière sont peut-être une chance d’attirer l’attention sur l’agriculture et l’agroalimentaire français. Au Salon de l’agriculture, en 2000, au début des inquiétudes liées aux OGM, nous avions demandé aux visiteurs s’ils avaient déjà "mangé" de l’ADN. Aujourd’hui, 80% savent que cela existe dans la viande ou les corn-flakes : le ratio s’est inversé en quinze ans. Beaucoup de gens pensent que les grandes plantes sont issues de base de la nature, et non pas que les grands plants de blé ont été créés par l’Homme. Il faudra faire œuvre de pédagogie : beaucoup de personnes pensent que si elles ne trouvent plus une variété de tomates, c’est qu’elle a disparu – or, nous les conservons.

Quel bilan tirez-vous des Etats généraux de l’alimentation ?

C’est un exercice extrêmement contraint, mais, à la fin, c’est une belle opportunité de se poser. Aujourd’hui, il y a un consensus pour aller vers un modèle agricole différent de celui des cinquante dernières années. Le concept d’agro-écologie, hérité du gouvernement précédent, fait consensus. Que faut-il faire pour rentrer dans des systèmes plus vertueux ? Quand on est premier de la classe et que l’on vous demande de faire mieux, c’est toujours plus compliqué qu’à la place du dernier. Nous sommes une filière 100% contractualisée. Nous avons travaillé sur un plan de filière avec nos 41 fédérations et d’autres organisations. Une vingtaine d’engagements ont été pris sur trois axes : répondre aux attentes des citoyens, des consommateurs et des clients ; innover pour accompagner les filières en transition agro-écologique ; protéger, enrichir et diffuser la biodiversité. Par ailleurs, nos consommateurs sont agriculteurs et jardiniers. Nous souhaitons créer un comité d’éthique avec des associations de consommateurs grand public.

Quelle position adopte la filière dans les débats sur le glyphosate ou les néonicotinoïdes ?

On se met clairement dans la perspective d’un monde sans intrants chimiques. Le but d’un sélectionneur, avec le progrès génétique, est de travailler pour cela. Tant que cet optimum n’a pas été trouvé, un certain nombre de produits sont absolument indispensables. Ce débat rejoint celui sur le maïs BT (au début des années 2000), où l’on expliquait qu’il permettrait de faire baisser le nombre de traitements en plein champ et de faire des économies. Les consommateurs ne l’ont pas entendu. Aujourd’hui, nous sommes un peu dans la même situation. Un comité éthique nous permettra d’avoir un point de vue sur ce débat de société. Le consommateur français est-il prêt à payer pour davantage de progrès ? Il faut que le gouvernement organise lui aussi, raisonnablement, la sortie d’un certain nombre de produits, en demandant par exemple à l’Inra de travailler plus efficacement.

Comment abordez-vous la prochaine campagne ?

Le marché devrait être stable en France et en Europe. Le bio a énormément progressé. Les surfaces de production de semences pour l’agriculture biologique ont progressé de 70% en quatre ans, mais restent en retard par rapport aux besoins. Il y aura par ailleurs une pression très forte sur les prix des produits, constatée depuis un à deux ans, due à la situation financière difficile des agriculteurs, et à la concentration de centrales d’achat pour les espèces agricoles.

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