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L'Usine Aéro

"La filière sécurité représente un gisement de plusieurs milliers d'emplois", selon Hervé Guillou

Hassan Meddah , , , ,

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Alors que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault installe ce mercredi 23 octobre le comité de la filière industrielle de la sécurité (Cofis), Hervé Guillou le nouveau président du CICS, (le comité des industries de la confiance et de la sécurité), revient sur la nécessité de créer cette filière et sur ses actions pour la rendre plus compétitive.

La filière sécurité représente un gisement de plusieurs milliers d'emplois, selon Hervé Guillou © DR

L'Usine Nouvelle - Pourquoi avoir créé une nouvelle filière de la sécurité ? Quel est son périmètre en termes d’activités ?

Hervé Guillou - Le périmètre de la sécurité dépasse largement le cadre du seul maintien de l'ordre. Cela englobe de multiples activités : la surveillance des frontières terrestres et maritimes, des infrastructures critiques (centrales nucléaires, stades, sites industriels...), la sécurité du citoyen (police, gendarmerie, pompiers, protection des personnes...) la sécurité des flux de transport de biens et de personnes et aussi la sécurité numérique (cyberdéfense, sécurité des communications, identité numérique...). C'est donc large. La filière doit répondre au défi stratégique suivant : comment s'organiser pour que la France dispose d’une part d'une offre de sécurité pour ses citoyens et d’autre part d'une industrie compétitive pour répondre à ses besoins et s’imposer comme un moteur de développement à l'export. C’est pourquoi les industriels ont créé le Conseil des Industries de Confiance et de Sécurité, le CICS.

Comment se positionne l’industrie française de sécurité au niveau mondiale ?

Grâce à ses grandes entreprises et ses PME innovantes, la France a des positions de leadership mondial reconnues : EADS dans le domaine de la surveillance aux frontières et les radiocommunications privées (PMR), Gémalto dans la carte à puce, Dictao dans les transactions sécurisées, Morpho dans la biométrie, Thales dans la sécurité des villes et du transport… Le chiffre d’affaires des entreprises françaises pèse 10 milliards d'euros avec une croissance annuelle d'environ 10%, et représente 55 000 emplois. C'est un gisement de plusieurs milliers d'emplois par an, pour la plupart high-tech et peu délocalisables.

Que va donc apporter cette nouvelle filière ?

Nos positions sont vulnérables. Notamment parce que l'expression du besoin de la part des grands utilisateurs (ministères, police, gendarmerie, douanes, opérateurs publics et privés…) est très segmentée. Prenez le cas des aéroports : qui en assure la sécurité ? Beaucoup de monde : la police, les services de contrôle aux frontières, les sociétés de sécurité privée, la surveillance des bagages….La sécurité est complexe à organiser du point de vue de l'expression du besoin. Certains pays ont déjà commencé à agir dans ce sens. Les Américains ont créé le département du Homeland Security au début des années 2000. Il capte environ 50% de la valeur du marché sécuritaire du pays. Les Anglais ont créé leur National Resilience Office. Cette filière, soutenue par le Premier Ministre, va permettre de mieux promouvoir ensemble les positions de la France et de développer nos marchés.

Cette atomisation est aussi vraie du côté de l'industrie...

Effectivement. Il suffit de voir le salon de sécurité Milipol (salon mondial de la sécurité et la sûreté intérieure des états, qui se tiendra du 19 au 22 novembre 2013 à Paris, ndlr) où se côtoient une très grande variété d'acteurs : des fabricants de systèmes d'alarme, des vendeurs de tenues de protection, des spécialistes de systèmes de biométrie ultra-sophistiqués... Cette atomisation de l’offre est préjudiciable à une vision de politique industrielle et de politique de souveraineté qui est nécessaire à l'Etat pour remplir ses devoirs régaliens et à l'industrie pour être capable d'investir dans les bons segments. Enfin à s’entraider entre grands groupes et PME pour gagner ensemble des parts de marché à l’export.

La France pâtit-elle déjà de cette dispersion ?

En partie oui. L'Europe a publié un projet de directive de politique industrielle de sécurité en juillet 2012 et une nouvelle directive de politique de cybersécurité au mois de septembre. Nous ne sommes pas aujourd'hui en France suffisamment organisés pour traiter ces sujets et défendre une position française à Bruxelles, soutenue conjointement par les lobby industriels et par les pouvoirs publics. A l'export, on n'est pas aussi efficace qu'on pourrait l'être même si cette industrie est déjà exportatrice à 60% en moyenne. Nous pourrions faire mieux si nous étions mobilisés, si nous chassions en meute, et si les industriels étaient alignés avec le gouvernement sur les marchés prioritaires.

Le comité des industries de la confiance et de la sécurité (Cofis) vient d'être créé. Dans quelle mesure il est représentatif des industriels du secteur ?

Côté industriel, nous avons réuni les plus grandes fédérations professionnelles concernées par la sécurité. La FIEEC, le Gifas, le Gican, le Gicat sont membres fondateurs à droits égaux du CICS. Si d'autres fédérations sont intéressées elles seront les bienvenues pour devenir membres associés. C'est la première fois qu'il y a un vrai pont entre l'industrie de défense et l'industrie 100% civile. Les entreprises comme Gémalto, Alcatel, Orange, Cap Gemini, Dictao, contribuent aux travaux du CICS. Avec ces quatre syndicats, permettez-moi l'expression, on ratisse vraiment large au niveau de la sécurité, et il reste de la place pour accueillir d’autres volontaires.

Qu'attendez vous des pouvoirs publics ?

Le Premier ministre installe la filière sécurité pour formaliser le caractère interministériel de la politique de sécurité nationale entouré de nombreux ministres, ce qui montre l’engagement de l’ensemble du gouvernement. Cela va permettre de lancer un dialogue public-privé en particulier sur trois grands thèmes : l'approche capacitaire du besoin ; la définition de la politique industrielle et de souveraineté, l’impulsion à l’exportation, les normes et la certification ; l'effort de R&D. Dans ce dernier domaine, le ministère de la Recherche, la DGA, les pôles de compétitivité seront associés. Il faut transformer les feuilles de route technologiques pour développer de véritables démonstrateurs et lancer des programmes d'investissements technologiques au service des opérateurs publiques et privés.

Avec la multiplicité des intervenants et des technologies, n'y a t-il pas un risque de créer une usine à gaz ?

Pour éviter cela, nous avons été très attentifs du côté des industriels à avoir les mêmes intervenants dans toute la chaîne de management de la filière. Les responsables du CICS chargés du dialogue avec les pouvoirs publics seront aussi les présidents des commissions internes: Philippe Dejean de Morpho (R&D), Jean Pierre Quémard (export et normes), Lionel Le Cleï de Thales (expression des besoins), Stéphane Schmoll de Deveryware (stratégie). Moi-même, je représenterai les industriels au comité de pilotage et de filière. Nous faisons très attention à la cohérence et à simplifier les interfaces. Par ailleurs, nous allons nous appuyer sur des exemples de filières réussies comme la filière aéronautique avec le CORAC. C'est ainsi que l'aéronautique a raflé la mise il y a deux ans lors du Grand Emprunt. Il y a d'autres modèles comme la filière du pétrole qui a abouti au succès mondial d'un acteur comme Technip. 

Dans tous les cas, il faut toujours un triangle magique: une industrie bien organisée, un service de l'Etat comme la DGAC pour l'aéronautique civil ou la DGA pour la défense, et une vision politique. Avec la création de la filière sécurité, on veut récréer ce triangle. Beaucoup reste à faire mais on a le chaudron pour verser tous les ingrédients.

Quel soutien financier espérez-vous des pouvoirs publics ?

Ce sera difficile de trouver de l'argent nouveau. Par contre si on est organisé, la filière pourra mieux canaliser l'argent disponible. A ce moment-là, le CICS peut envisager de proposer des projets d'envergure au lieu de se disperser. Aujourd'hui, nous nous sommes déjà entendus avec les services de l'Etat pour sélectionner près d'une dizaine de démonstrateurs dans le secteur naval, la protection du trafic aérien, la cybersécurité des systèmes industriels, le bâtiment intelligent... Nous serons ainsi prêts à postuler pour le second volet du PIA 2 [deuxième volet du Programme d'investissements d'avenir, ndlr]. L’équipe de France pourra ainsi mobiliser de façon plus efficace de l'argent à Bruxelles, comme le programme R&D horizon 2020 qui consacre 3 milliards à la sécurité sur dix ans.

Propos recueillis par Hassan Meddah

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