La filière porcine française dans l’impasse

Selon une étude de l’Institut français du porc (IFIP), la filière porcine accumule les handicaps tout au long de sa chaîne. Les professionnels, qui demandent de l’aide aux pouvoirs publics, ne se font guère d’illusion sur un redressement rapide du secteur.

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La filière porcine française dans l’impasse

Baisse de la production dans les élevages français, outils industriels vétustes, recul de la compétitivité, fermetures annoncées d’abattoirs, pertes d’emplois… Le constat dressé par l’interprofession porcine Inaporc est sans appel. "La filière porcine française est en déclin", a reconnu le 5 juin, Didier Delzescaux, son directeur. Selon une étude de l’Institut français du porc (Ifip), la France obtient le plus faible indicateur de compétitivité (0,31 sur une note maximum de 1) par rapport à ses quatre principaux voisins européens. Le Danemark tient le haut du classement à 0,79, tandis que l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Espagne se suivent dans un mouchoir de poche, avec respectivement 0,52, 0,51 et 0,49.

Sur six des huit grands critères ayant servi à calculer cet indicateur (coûts et rentabilité en élevage, commerce extérieur, performances industrielles, distribution…), la France apparaît dernière de la classe, principalement sur la compétitivité des outils de transformation. "Les bons résultats obtenus par les élevages porcins français ne permettent plus de compenser les mauvais scores macroéconomiques de la filière, des entreprises de l’abattage-découpe et du commerce extérieur", constate Marie-Alix Roussillon, du pôle économie de l’Ifip.

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Différentiel de coût de la main d’œuvre

Pour Thierry Meyer, vice-président d’Inaporc et représentant les entreprises de l’abattage-découpe (syndicat Sniv-SNCP), un des principaux problèmes provient du différentiel de coûts de main d’œuvre entre la France et l’Allemagne notamment, qui fait du "dumping social en faisant travailler à moindre coûts des salariés des pays de l’Est". "Il faut des règles uniques en Europe. La distorsion que nous subissons représente 250 millions d’euros par an pour 500 000 heures de travail environ", insiste-t-il. Pour lui, c’est une des principales causes du retard de compétitivité des outils de transformation et de l’automatisation moins élevée du secteur par rapport à nos voisins. "Ces millions d’euros perdus sont autant de manque dans les investissements pour moderniser l’outil industriel", insiste-t-il.

Mais les espoirs possibles de redressement de la filière sont encore loin. Les solutions semblent difficiles à mettre en œuvre rapidement et le moral des professionnels est au plus bas. "Le médecin n’a plus de pharmacie", déplore le président d’Inaporc, Guillaume Roué, en référence notamment à l’absence d’argent dans les caisses de l’Etat pour venir en aide à la filière. "Nous avons alerté il y a longtemps les pouvoirs publics français sur les problèmes de distorsion de concurrence en matière de main d’œuvre", rappelle Thierry Meyer. Mais malgré les pressions, y compris de la Belgique récemment, l’Allemagne ne semble pas vouloir modifier son système et instaurer un salaire minimum dans sa filière viande. Guillaume Roué demande par ailleurs au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, "d’alléger rapidement les lourdeurs des démarches administratives des élevages porcins français qui handicapent la filière".

Revaloriser les prix de vente

Une autre solution demandée par les éleveurs repose sur la revalorisation du prix de vente aux consommateurs. Le président d’Inaporc demande une augmentation de 30 centimes d’euros par kilo payé par le consommateur en magasin. "Ca ne représente que 10 euros pour un ménage et par an, mais ça permettra de dégager 480 millions d’euros pour aider la filière", estime-t-il. Mais hormis des déclarations récentes de Serge Papin, le président de Système U, l’ensemble de la distribution traine des pieds, ayant peur que la hausse entraîne une baisse de la consommation. Le 30 mai, Stéphane Le Foll, a demandé au médiateur des relations commerciales d'organiser une médiation au sein de la filière porcine afin d'aboutir à une revalorisation des prix du porc dans "des délais acceptables".

En attendant, l’interprofession travaille sur une refonte de l’étiquette VPF (Viande porcine française), pour mettre en avant "le savoir-faire et la qualité des produits français" et inciter les consommateurs à acheter plus facilement de la viande porcine française. La nouvelle étiquette ou logo devrait apparaitre cet automne. Pas sûr que cela suffise à redynamiser la filière…

Adrien Cahuzac

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