La filière porcine française a "encore de l'avenir", pour Yves Audo, vice-président d'Agromousquetaires

La filiale industrielle d'Intermarché va investir une cinquantaine de millions d'euros dans sa filière porc d'ici 2017. Pour Yves Audo, le vice-président d'Agromousquetaires, la solution d'une sortie de crise peut passer par plus de contractualisation avec les éleveurs pour leur donner plus de lisibilité. 

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L'Usine Nouvelle.- Agromousquetaires, via sa filiale SVA Jean Rosé, continue de participer au Marché du porc breton. Pourquoi pouvez-vous acheter à un cours de 1,40 euro par kg, quand Cooperl et Bigard disent que ce prix est impossible à tenir ?
Yves Audo.- Agromousquetaires est une filiale à 100 % d'Intermarché. De l'abattage à la vente, la filière est totalement intégrée. A la différence de Cooperl et Bigard, nous exportons très peu. Nous avons actuellement trois outils qui abattent environ 23 000 porcs par semaine, et aussi six entreprises de salaisons qui transforment directement cette matière première pour nos magasins. De plus, le groupe a fait il y a quelques mois un choix politique : celui de fabriquer entièrement nos produits à base de viande de porc française.

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En mai dernier, nous avons pris collectivement la décision d'agir sur le marché pour remonter le cours. Il y avait un problème pour les éleveurs, qui vendaient à pertes. Centime par centime, nous sommes donc remontés à un prix de 1,40 euro/kg pour les soutenir.

Vous croyez donc encore dans l'avenir de cette filière ?
Oui, j'y crois ! Nous avons de nombreux salariés dans nos abattoirs et entreprises de salaison. Bien sûr, il y a des ajustements à faire au niveau des outils de production, pour gagner en productivité. Nous venons de lancer un plan de modernisation de nos outils, notamment de l’ex-usine Gad de Josselin. Il s'agit d'un outil très performant en termes d'abattage, mais la seconde transformation sur le site est très mal organisée. Nous allons y mettre en place les tous derniers outils de mécanisation et de robotisation, afin d’avoir un site de production au niveau des abattoirs allemands et danois. Leclerc, avec sa filiale viande Kermené, a fait de même en modernisant son outil. Après ce plan d'investissement, qui représentera environ 50 millions d'euros jusqu'a 2017, nous allons pouvoir monter en puissance.

Les élevages français sont-ils au niveau des allemands et des danois ?
Du côté des éleveurs, aussi, il y a certainement des ajustements à faire. Mais il faut le dire : ils ont déjà fait beaucoup d'investissements. Pas forcément d'ailleurs pour être plus productifs, mais pour être plus respectueux de l'environnement ou encore du bien-être animal. Il y a en France beaucoup de normes qu'ils doivent gérer. On parle de taille des élevages critique, mais beaucoup d'entre eux ont déjà choisi de se regrouper. Il faut le reconnaître, nous avons une filière qui produit de la viande de qualité, que l’on ne retrouve pas partout en Europe.

Intermarché, pour son approvisionnement en produits de la mer, possède des bateaux de pêche. Envisagez-vous également d'intégrer l'amont agricole, et ainsi les exploitations agricoles, pour la viande ?
Non, ce n'est pas du tout dans notre objectif. Nous sommes un réseau d'indépendants, et les éleveurs sont aussi des indépendants. Nous travaillons par contre sur la contractualisation. Nous avons fait des propositions, mais ce n'est pas simple de trouver un calcul du prix qui convient à tout le monde ! Nous collaborons avec trois groupements de producteurs : Cooperl, Aveltis et Prestor et nous allons en parler avec eux. Le problème actuel majeur, c'est que toute la filière est entièrement soumise au marché. Quand le prix est correct, tout va bien, mais quand, durant un ou deux ans, le prix est inférieur au prix de revient, plus personne ne peut tenir ! Il faut apporter de la lisibilité à cette filière, et la contractualisation est une solution. La stabilisation qu’elle apportera facilitera la transmission des exploitations par la suite.

Propos recueillis par Anne-Katell Mousset

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