La filière porcine bretonne au bord du gouffre

Gad en redressement judiciaire, qui sera le prochain sur la liste ? Sans une évolution stratégique très rapide qui passerait par le regroupement d'abattoirs et des investissements à valeur ajoutée, la filière porcine bretonne risque d'être laminée par la concurrence étrangère.

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 La filière porcine bretonne au bord du gouffre

Le cheptel porcin breton composé de 7,5 millions d'animaux place toujours la Bretagne largement en tête de la production française puisqu'elle concentre plus de la moitié des élevages. Les difficultés du groupe Gad, placé mercredi 27 décembre en redressement judiciaire pour six mois, soulignent la situation très inquiétante de l'ensemble de cette filière, longtemps l'une des principales richesses économiques de la Bretagne.

La filiale du groupe coopératif Cecab, basée à Saint-Martin des Champs (Finistère), compte 1 700 salariés répartis sur quatre sites. Ses deux principaux abattoirs sont situés à Lampaul-Guimiliau (Finistère) et Josselin (Morbihan). Ils sont complétés par un atelier de découpe de viandes à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Est également concerné par la procédure le siège social de Gad SAS à Saint-Martin-des-Champs (Finistère).

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Renchérissement du coût des matières premières végétales

La filière porcine bretonne emploie quelque 20 000 salariés dans les usines, auxquels il faut ajouter 3 000 éleveurs. Concurrencée par des entreprises allemandes qui pratiquent un véritable dumping social, l'industrie française d'abattage porcin perd tous les ans un peu plus de ses parts de marché partout en Europe. Au cours de la décennie écoulée, elles ont diminué de 5% pour les industriels de l'Hexagone quand leurs homologues allemands ont progressé de 23%.

La filière souffre aussi du renchérissement sans précédent du coût des matières premières végétales. Le prix de la tonne de blé, par exemple, est passé de 130 euros en 2006 à 235 euros en 2012 ! Dans ces conditions, les abatteurs français dont les marges bénéficiaires sont généralement très faibles, risquent gros. Gad est le premier à faire aujourd'hui les frais de ces difficultés structurelles. Mais les autres opérateurs sont fragilisés.

La course aux volumes atteint ses limites

Cooperl Arc Atlantique, le numéro un français de l'abattage porcin, qui a son siège à Lamballe (Côtes-d'Armor) et qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 1,9 milliard d'euros, ferme une usine en Vendée qui employait 38 salariés. Le groupe AIM (Abattoirs Industriels de la Manche), basé à Saint-Cécile (Manche), qui a réalisé l’an dernier 262 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 700 salariés, présenterait également des signes de faiblesse.

Si rien n'est entrepris, la contagion risque d'être très sévère. "Ce n'est pas en fermant un ou deux abattoirs qu'on règlera la question de l'avenir de la filière porcine. Il faut maintenant faire un travail de fond pour sortir de cette ornière", insiste Olivier Le Bras, délégué central Force Ouvrière chez Gad. Depuis des lustres, la progression des activités de la filière porcine dans le Grand Ouest était synonyme d’augmentation des volumes d'abattage. Cette course aux volumes atteint ses limites.

Définir une stratégie gagnante

Depuis deux à trois ans, les élevages, contraints de respecter les normes environnementales, produisent moins d'animaux. Les représentants de l’Etat et des professionnels de Bretagne, des Pays de la Loire et de la Basse-Normandie, se retrouvent depuis peu dans "la commission interrégionale des abattoirs du Grand Ouest" afin de définir une stratégie gagnante. Le gouvernement pourrait annoncer, fin mars, des mesures de soutien de la filière. Au menu, davantage de coopérations entre les professionnels et un plan pour gagner en productivité et surtout en valeur ajoutée.

Car la plupart des porcs abattus dans la région sont peu valorisés. Ils sont vendus en carcasses entières. Pour y remédier, Cooperl Arc Atlantique va ouvrir à Lamballe une usine de plats cuisinés. Il met aussi l'accent sur la distribution de proximité avec le lancement en cours d'un réseau de boucheries de villes sous l'enseigne Aurélien. La première vient d'ouvrir à Redon (Ille-et-Vilaine), la seconde est prévue à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor). Ce sont des premiers pas, mais suffiront-ils à redonner du souffle à la filière ? Rien n'est moins certain.

De notre correspondant, Stanislas du Guerny

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