La filière française du cuir craint de souffrir de la tendance vegan

Comme en 2012, la filière française du cuir profite de l'élection présidentielle à venir pour publier un livre blanc. Avec 25 milliards d'euros de chiffre d'affaires, la filière est en bonne santé mais préfère s'assurer un avenir serein. Parmi ses craintes, la montée de la tendance vegan et une qualité de cuir insuffisante.

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La filière française du cuir craint de souffrir de la tendance vegan

9 400 entreprises, 130 000 salariés et 25 milliards d'euros de chiffres d'affaires. Trois indicateurs clés pour rendre compte de la bonne santé de la filière du cuir en France. Pourtant, les acteurs du secteur prennent les devants et veulent s'assurer un avenir radieux. La filière a rendu public un livre blanc, mardi 24 janvier 2017, afin de se faire entendre des candidats à l'élection présidentielle à venir.

Une appellation, un savoir-faire

Parmi les principales craintes des entreprises du cuir, la montée du mouvement vegan. Mené par des associations au nom du bien-être animal, le rejet des produits animaliers prend de l'ampleur. En promouvant des matières synthétiques appelées "cuir vegan", à base de fibres de fruit ou de légume, ces associations cherche à détourner ls consommateurs du cuir véritable. Car le mot est "galvaudé" selon Jérôme Verdier, le président de la Fédération française de la tannerie mégisserie. "Le cuir vegan n'existe pas", martèle-t-il.

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Selon le décret 2010-29 du 8 janvier 2010 : "Est appelé comme du cuir, le produit obtenu de la peau animale au moyen d'un tannage ou d'une imprégnation conservant la structure naturelle des fibres de la peau et ayant conservé tout ou partie de sa fleur." La filière du cuir réclame que soit sanctionnée et interdite toute appellation non-conforme du terme cuir. "Nous ne sommes pas contre les nouvelles matières, qui proviennent de la recherche de notre secteur, précise Frank Boehly, le président du Conseil national du cuir. Mais le but est de conserver la richesse de la matière et du savoir-faire."

Un savoir-faire reconnu partout dans le monde à travers les grandes marques françaises du luxe. La filière du cuir, qui réalise 9,3 milliards d'euros d'exportations, veut protéger sa part d'activité dans le haut de gamme en augmentant la qualité de ses peaux. Mais là encore, la tendance vegan porte préjudice à ce secteur. Les nombreuses vidéos volées dans les abattoirs ont mis en lumière des actes de maltraitance animale, mais ont surtout servi à détourner un peu plus les Français de la viande.

Les effets néfastes sont bien connus dans la filière de la viande, mais reste confidentiels quant à leur impact sur la filière cuir. Chaque année, la consommation de viande diminue de 4 % en France et c'est autant de peaux non-récoltées par la filière cuir. "En l'espace de 25 ans, la quantité de peaux disponibles a été divisée par deux", déplore Denis Geissmann, le président du syndicat général des cuirs et peaux.

Des peaux de meilleure qualité

Cette baisse de la quantité entraîne un problème de qualité des cuirs. "Aujourd'hui, moins de 20 % des peaux transformées répondent aux critères fixés par l'industrie de luxe", continue Denis Geissmann. D'après le livre blanc de la filière, la solution pour augmenter la qualité des cuirs produits pourrait venir directement des élevages. Premier cheval de bataille, l'éradication de la teigne. Cette maladie entache les peaux de bête et donc les cuirs. Dans les faits, un veau sur deux est vacciné. Entre 2010 et 2014, 19 millions d'euros ont été investis pour vacciner les veaux destinés à être abattus.

"Une mesure financée à fond perdu, insiste le président du Conseil national du cuir. Cela produit un effet à court-terme. Nous proposons une solution à long-terme avec la vaccination de l'ensemble du cheptel français." Cette mesure radicale permettrait de mettre un terme définitif à la teigne. La Norvège a instauré en 1978 la vaccination obligatoire et a éradiqué la teigne de son territoire. D'après une expérimentation menée en France en 2012, la vaccination systématique des animaux augmente la qualité des peaux. "Les cuirs répondant aux critères du luxe pourraient être multipliés par trois", indique Frank Boehly.

Seul problème, la facture. Cette campagne de vaccination ne sera pas gratuite. Le cheptel bovin français est le plus grand d'Europe avec quelque 20 millions de têtes. Avec un vaccin à 4 euros l'unité et deux injections par année, l'éradication de la teigne, prévue en un ou deux ans, coûtera de 160 à 320 millions d'euros. Qui du tanneur ou de l'éleveur devra payer ? "Ce ne sera certainement pas les éleveurs qui ne sont pas favorable à cette mesure, et tout simplement incapable de la financer", répond le président du Conseil national du cuir. La filière cuir pourrait participer mais demande une participation de l'Etat.

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