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La filière européenne des satellites en crise

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

Analyse Les deux champions européens Thales Alenia Space et l’ex Astrium annoncent des réductions d’effectifs en France. Dans un marché commercial stagnant, ils subissent de plein fouet le retour en force des fabricants américains et la concurrence des nouveaux acteurs émergeants.

La filière européenne des satellites en crise

La filière satellitaire européenne est rattrapée par son manque de compétitivité. A quelques heures d’intervalle, les deux champions européens du domaine, Thales Alenia Space (TAS, filiale codétenue par Thales et Finmeccanica) et l’ex Astrium ont annoncé des réductions d’effectifs. TAS va supprimer 270 postes sur les 4300 en France sur les sites de Toulouse (Haute-Garonne) et de Cannes (Alpes-Maritimes). La branche spatiale d’Airbus Defense and Space réduira de plus de 1000 postes son nombre de salariés, activité des lanceurs compris.

Les deux acteurs subissent une concurrence acharnée sur le marché des satellites de télécommunications. De plus en plus de concurrents se disputent une part de ce gâteau qui stagne pourtant à une vingtaine de satellites par an. Le retour en force de l’industrie américaine fait mal. Confrontés à la baisse des commandes institutionnelles, Boeing et Lockheed-Martin cherchent des relais de croissance sur le marché commercial. Très agressifs, ils gagnent des parts de marché. Boeing s’est ainsi adjugé huit des vingt contrats en 2013 ! Et sur le nouveau segment des satellites à propulsion électrique, il a été le premier à rafler des commandes avec une nouvelle plateforme ultra-légère.

Les pays émergents s’y mettent

L’autre concurrence vient des pays émergents dans ce secteur comme l’Inde, le Brésil, la Chine mais aussi Israël qui affiche de nouvelles ambitions. Résultat : pris en tenaille, les Européens peinent à conserver leurs part de marché. TAS n’a vendu en 2013 que deux satellites de télécommunications sur les trois espérés pour soutenir son plan de charge industriel. La direction justifie ses réductions d’effectifs pour retrouver de la compétitivité. "Nos produits sont plus chers que la concurrence. Nous voulons gagner 20% de compétitivité d’ici 2015", indique-t-on du côté de Thales Alenia Space à Cannes. De leur côté, les syndicats déplorent que l’entreprise ait trop réduit ses efforts en R&D pour soigner sa profitabilité et se retrouve in fine avec des plateformes dépassées en terme d’innovation.

Paradoxalement, chez Airbus Defense ans Space, la situation commerciale est plus favorable mais les réductions d’effectifs plus lourdes. Avec quatre contrats de satellites télécoms remportés en 2013, l’ex Astrium maintient ses parts de marché à 20%. Les syndicats ont donc l’impression de payer les baisses de commandes dans le secteur de la défense et d’être victime des nouveaux impératifs de rentabilité du groupe qui vise une marge de 10% sur l’ensemble de ces activités. "Grâce aux dernières affaires remportées en fin d’année dernière, notre carnet de commandes se situe à un bon niveau. On fait payer aux activités spatiales les déboires de l’Eurofighter [l’avion de combat commun à Airbus groupe, BAE et Finmeccanica, ndlr]", estime un représentant de la CFDT à Toulouse.

Si ces mesures de restructuration s’avéraient insuffisantes, un schéma plus radical pourrait s’imposer : la constitution d’un Airbus des satellites par le rapprochement des activités de Thales Alenia Space et de l’ex Astrium. Un scénario plusieurs fois évoqué mais toujours abandonné, car ses conséquences sur l’emploi serait autrement plus douloureuses.

Hassan Meddah

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