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La filière électronique se mobilise pour faire face à la pénurie de composants

Ridha Loukil

Publié le

Made in France Depuis deux ans, la filière électronique française subit de plein fouet la pénurie de composants. Mise en place d’un observatoire, mutualisation des stocks, amélioration des compétences… Ses responsables se mobilisent pour pallier collectivement le problème. L’enjeu est de ne pas rater l’opportunité de la 5G, de la voiture électrique ou de l’Internet des objets.

La filière électronique se mobilise pour faire face à la pénurie de composants
La restructuration de la filière électronique, un enjeu majeur pour toute l'industrie
© NXP

Comment pallier la pénurie des composants électroniques, qui pénalise la production électronique française depuis deux ans ? La question a été au cœur de la conférence sur les achats dans la filière organisée à Paris, le 2 octobre 2018, conjointement par trois syndicats professionnels : celui des composants électroniques (ACSIEL), celui de la sous-traitance électronique (SNESE) et celui de la distribution électronique (SPDEI).

Les fournisseurs pris de court

Après deux années consécutives de stagnation, le marché des composants électroniques a connu un bond aussi soudain qu’imprévu

de 20% en 2017, selon l’ACSIEL. Un changement qui a pris de court les fournisseurs, créant une situation d’incapacité de la production à  répondre à la demande. La pénurie touche toutes les familles de composants : des semi-conducteurs aussi bien que des composants passifs comme les résistances, les connecteurs ou le circuit imprimé. La situation est particulièrement sévère dans les composants de puissance, les condensateurs céramiques multicouches, les capteurs ou encore les puces mémoires.

"On voyait les prémisses de la crise dès le deuxième trimestre 2016, rappelle Fabrice Lecordier, vice-président en Europe de l’Ouest du distributeur de composants électroniques TTI Inc. Mais contrairement aux industriels britanniques et allemands, les Français n’ont pas su l’anticiper." Malgré des signes d’apaisement sur certaines familles de composants, ce problème, qui empoisonne la vie de la filière de production électronique en France selon Gilles Benhamou, PDG d’AsteelFlash (ci-contre en photo), premier sous-traitant électronique français, ne semble pas près de se résorber. "Il va durer encore au moins un an, prévient-il. Il va nous falloir apprendre à vivre avec et nous réorganiser pour en atténuer l’impact sur le business."

Les plus grands acteurs de production ont adapté leurs stratégies d’achat pour se prémunir des risques de rupture de composants. "Nous avons allouer 10 à 20 millions d’euros supplémentaires aux achats pour augmenter nos stocks, ce qui nous a permis d’accompagner la croissance de 40% de notre activité cette année sans problème ", confesse Gilles Benhamou.

Gros enjeux business

Mais l’heure est à la mobilisation générale. "Nous devons maintenant passer à l’action collectivement, invite la profession Vincent Bedouin (photo ci-dessous), PDG du groupe Lacroix et président du cluster We Network qui fédère les acteurs de l’électronique dans le Grand Ouest. Nous sommes une filière encore jeune, morcelée et peu organisée, ce qui fait qu’elle était peu connue par le grand public et les pouvoirs publics. Nous devons travailler ensemble pour améliorer l’image de la filière et la transformer. L’électronique est le socle hardware de la transformation numérique. Elle tend à se diffuser dans tous les secteurs. Quand elle ne peut plus livrer à cause de problème d’approvisionnement en composants, cela touche toute l’industrie."

L’enjeu est considérable. Avec la transformation numérique de l’industrie, la filière voit une opportunité s’ouvrir à elle à travers le développement à venir de la 5G, de l’Internet des objets et des véhicules hybride, électrique et autonome. "Le véhicule hybride ou électrique comporte dix fois plus de composants électroniques que le véhicule thermique", donne en exemple Arnaud Ponthieux, directeur général de TDK Electronics France, un fournisseur japonais majeur de composants électroniques. Ce développement s’annonce comme un Eldorado. Mais pour en tirer profit, la filière électronique doit se transformer et se réorganiser pour éviter les soubresauts dans la disponibilité des composants. C'est le sens de la feuille de route sur l'électronique du futur portée par Vincent Bedouin.

Plusieurs pistes sont sur la table :création d’un observatoire trimestriel des composants, mutualisation des stocks, amélioration des outils de prévisions de marché, renforcement des compétences des acheteurs, resserrement des liens avec les donneurs d’ordre… Le SNESE propose sa plateforme internet Netronic dont les membres peuvent se dépanner lorsqu’ils peinent à trouver des composants chez leurs fournisseurs.

Contrat de filière avec l'Etat

"Il faut dépasser la méfiance entre nos syndicats historiques pour résoudre ensemble nos problèmes communs, recommande Vincent Bedouin. A l’heure de l’intelligence artificielle à tous les niveaux et du temps réel, pas besoin d’attendre un retour des solutions du passé. Chacun doit prendre ses responsabilités. C’est maintenant que ça doit se jouer. Nous devons apprendre à partager des informations, discuter avec les distributeurs et pas cacher la copie aux partenaires." Pas facile pour une filière qui n’a pas l’habitude de coopérer et  travailler ensemble.

L’électronique française a réussi à attirer l’intérêt des pouvoirs publics en obtenant en mai dernier son comité stratégique de filière dans le cadre du conseil national de l’industrie. Elle se prépare à conclure un contrat de quatre ans avec l’Etat avec un plan d’étape de deux ans. Au programme : la formation, l’innovation, le développement à l’international ou encore la restructuration de la filière. "Ce plan conforte le rôle stratégique de la filière pour l’ensemble de l’industrie, se félicite Vincent Bedouin. Il va en faire le fer de lance des plans nationaux dans l’intelligence artificielle ou la transition énergétique. L’enjeu est de favoriser la diffusion de l’intelligence à base d’électronique et de logiciel dans tous les secteurs."

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