"La filière du porc français souffre d’un problème global de compétitivité", pour Michel Rieu (Ifip)

La crise que connaît la filière française du porc ne semble pas prête de s’arrêter. Les éleveurs dénoncent des prix de vente trop bas ne couvrant pas leurs coûts et les industriels n’arrivent pas à vendre sur leurs marchés, à cause de la concurrence européenne. Michel Rieu, directeur de l’économie à l’Institut français du porc (Ifip), explique pourquoi la filière se retrouve aujourd’hui dans une impasse. Pour lui, les solutions résident dans une modernisation massive des élevages et des abattoirs français.

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L’Usine Nouvelle : La crise de l’élevage porcin dure maintenant depuis plusieurs semaines en France, sans réelle perspective d’amélioration. Pourquoi ?

Michel Rieu : Nous sommes dans une situation de crise structurelle du secteur porcin et non conjoncturelle comme cela avait pu être le cas dans le passé. Nous ne sommes pas face à un effondrement des cours, comme l’an passé. Les origines de la crise viennent de problèmes liés à la performance de nos structures, dans tous les maillons de la filière, au niveau des élevages, de l’abattage-découpe et de la transformation. Partout le problème de notre compétitivité est posé. Même le secteur de l’alimentation animale ne doit pas s’exonérer d’une remise en cause. Les fabricants d’aliments, avec moins de volumes écoulés, sont aussi moins compétitifs qu’avant.

Pourquoi la France se retrouve dans cette situation de manque de compétitivité ?

Il y a plusieurs facteurs qui rentrent en compte. Globalement, nous souffrons d’un manque d’investissements chronique dans toute la filière. L’application des réglementations environnementales a bloqué les modernisations des bâtiments d’élevage. Nous avons pris beaucoup de retard dans les années 2000. Conséquences de cela, nos coûts de production ont augmenté. Aujourd’hui, il y a énormément de disparité au sein des élevages français. Les industriels souffrent de coûts de production plus élevés en moyenne que chez nos voisins. La question des salaires n’est pas la seule. Il y a aussi un manque d’investissements et d’automatisation des outils de production. Il faudrait moins d’abattoirs, mais plus modernes. Ce n’est pas seulement une question de taille. Parallèlement, nous avons un problème de valorisation de nos produits sur les marchés. Nous n’avons pas de dynamique suffisante à l’exportation.

La solution pour la filière est-elle de développer les exportations ?

Nous avons trop longtemps privilégié notre marché intérieur. Jusqu’à récemment, les exportations étaient considérées comme des marchés de dégagement en cas de surplus de production. Il n’y avait pas de réelle stratégie offensive à l’export. Depuis peu, il semble qu’il y ait une prise de conscience de certains industriels. Nous l’avons vu récemment sur la Chine avec des salaisonniers français, mais ces initiatives sont peu nombreuses. Nous avons un gros déficit en salaisons (Ndlr : Selon la Fédération française des industriels de la charcuterie (Fict), la pénétration des charcuteries étrangères s’est accrue de 13,3 % en 2014 (+1,1 point en deux ans)). Parallèlement, nos exportations de salaisons ont reculé de 3,5% en 2014).

Tout cela suppose des moyens importants pour investir. Comment faire quand les acteurs du secteur sont exsangues ?

Il y a des mécanismes publics qui existent. Les banques doivent aussi jouer leur rôle de prêteur. Il faudrait aussi que se mettent en place des fonds professionnels mutualisés entre les filières de l’élevage et des céréales. C’est dans l’intérêt de toute la filière agricole française. Des organismes financiers comme Unigrains et Sofiprotéol doivent aussi permettre aux industriels de se moderniser.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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