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L'Usine Aéro

La filière du drone civil entre en phase de décollage

Olivier James , ,

Publié le

En France, la filière du drone civil explose. Des constructeurs aux opérateurs, les industriels se multiplient. La sélection se fera sur la capacité à innover.

La filière du drone civil entre en phase de décollage © Le nombre d’entreprises créées autour du drone, opérateurs en tête, a connu une croissance de 350 % en un an.

Elle fait rimer made in France avec coup d’avance et place l’Hexagone en tête d’un nouvel horizon industriel plein de promesses. Elle, c’est la vibrionnante filière française du drone civil. L’annonce des autorités américaines, fin 2013, renforce ce constat enthousiaste : Washington a donné le feu vert aux premiers essais de drones civils sur six sites des États-Unis, quand la réglementation française en permet l’usage – certes encadré – depuis… 2012. Qui plus est, une jeune pépite française, Delair-Tech, est sur les rangs pour participer à ces premiers essais. Cette PME toulousaine de 20 salariés, créée en 2011, compte faire voler son drone au-dessus de New York. "Cela confirme notre avance technologique dans ce secteur", affirme son président, Michaël de Lagarde. Une PME française qui regarde Big Apple de haut. Tout un symbole !

À l’image de cette jeune entreprise, des sociétés qui conçoivent, construisent et opèrent ces aéronefs sans pilote émergent partout en France. Les chiffres de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), à l’origine de la réglementation pionnière, et qui a fait décoller la filière, donnent le tournis : le nombre d’entreprises créées a connu une croissance de 350% en un an ! Une explosion due à l’arrivée massive d’opérateurs, les constructeurs n’étant pas plus d’une vingtaine. Plus de 400 entreprises au total : record mondial !

Comment expliquer un tel engouement Le savoir-faire français dans l’aéronautique joue à plein. Mais, surtout, les applications semblent infinies. Les jouets à la mode et les drones pour les médias ne sont que la partie émergée de l’iceberg. L’industrie, elle aussi, est concernée. C’est la conviction d’Emmanuel de Maistre, le président de la Fédération professionnelle du drone civil, fondée en juin dernier, et qui compte déjà plus de 250 membres : "Les drones pourraient prendre une partie des marchés existants liés aux satellites, aux avions et aux hélicoptères." Inspection d’installations industrielles, de réseaux et d’ouvrages d’art, relevés topographiques de mines et de carrières, surveillance de sites à risques et de champs agricoles… Les grands industriels des réseaux et du BTP multiplient les expérimentations, soucieux de réduire leurs coûts de surveillance [lire page 30].

Infinité d’applications

Depuis quelques mois, l’agitation qui règne dans la filière frise la frénésie. "J’ai déjà vécu un scénario similaire avec internet, témoigne Frédéric Serre, le président du directoire du grenoblois Delta Drone. C’est une technologie issue du militaire qui se développe dans le civil. Certaines entreprises vont se développer, d’autres vont mourir." Les premiers regroupements s’opèrent, à l’instar du pôle Pégase en Provence et d’Aetos en Aquitaine. L’esprit start-up règne, avec un nombre moyen de salariés qui ne dépasse guère trois personnes. Les chiffres d’affaires demeurent modestes, mais la dynamique d’investissements est bien là : Delair-Tech a levé 3 millions d’euros en novembre auprès du holding Adromède et de la société de technologie Parrot. Au même moment, Delta Drone procédait à une augmentation de capital de 3,9 millions d’euros sur Nyse Alternext. La valse des rachats, qui devraient s’accroître ces prochaines années, se fait déjà sentir. LH Aviation, par exemple, a acquis Infotron en septembre, donnant naissance à une entreprise de plus de 80 salariés. La course à la taille a commencé.

Si cette effervescence impressionne, reste que le marché demeure modeste. "Il atteindra plusieurs centaines de millions d’euros en France à moyen terme", estime Emmanuel de Maistre. Et le président de la fédération de résumer la montée en puissance en une formule : "2012 aura été l’année de la réglementation, 2013 celle de l’expérimentation, 2014 sera celle de l’industrialisation." Cette année pourrait ainsi marquer le début d’une phase de maturation de la filière vers la production en série, comme le prouvent Delta Drone et Delair-Tech, parmi les constructeurs les plus avancés. "Nous pourrons produire 400 drones avec notre nouvelle usine en 2014", assure Frédéric Serre. Même ambition chez Delair-Tech : "Après trois ans d’investissements en R & D, nous amorçons le tournant vers une production en série d’une centaine d’exemplaires à la fin de l’année", dit Michaël de Lagarde. Une industrialisation qui n’est pas passée inaperçue : les drones civils sont bien mentionnés dans les 34 plans industriels d’Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif. Seul bémol : ils sont compris dans le plan Dirigeables-charges lourdes, ce qui leur offre peu de visibilité…

Capteurs embarqués

Dans cette course effrénée, quels seront les champions de demain Quels acteurs feront la différence aux yeux des grands donneurs d’ordres industriels, encore difficiles à convaincre "La première étape, c’est de garantir des drones fiables", estime Jean-Marc Masenelli, le directeur général délégué de Survey Copter, filiale d’Airbus Defense and Space spécialisée dans les drones. Autrement dit, des aéronefs qui allient sécurité et collecte efficace d’informations grâce aux capteurs embarqués. En matière d’appareil, Survey Copter possède une certaine avance dans la mesure où l’entreprise produit depuis plus de quinze ans des drones pour le secteur militaire. Elle compte se distinguer dans le civil avec un drone capable d’embarquer jusqu’à 7 kilos de charge utile. L’intérêt : munir le drone de capteurs lourds.

Un projet est mené avec un autre constructeur, L’Avion jaune, afin d’équiper un drone d’un capteur Lidar, capable grâce à la technologie laser de réaliser des relevés topographiques tridimensionnels pour les forêts, les mines et les carrières. "Les satellites sont munis de ce genre d’équipement, mais c’est la première fois qu’un drone pourra l’employer", atteste Bruno Roux, le cofondateur de cette PME de six salariés, située à Montferrier-sur-Lez (Hérault), et qui a généré 400 000 euros de chiffre d’affaires en 2013. Montant du projet : près de 200 000 euros.

L’atout du numérique

Autre exemple de différenciation avec le Centre d’études et d’essais pour modèles autonomes (Ceema) : il travaille notamment à la conception d’un drone pouvant évoluer dans les centrales nucléaires. Un projet mené avec Cerap, une filiale de GDF Suez. "Ce drone vise à rendre inutile la présence d’humains lors des arrêts de tranche et à en réduire la durée, à intervenir lors des décontaminations et des phases de démantèlement", précise Moustafa Kasbari, le fondateur et directeur général du Ceema, à Pourrières (Var). Il doit prendre en compte la géométrie de l’espace, assurer la compatibilité électromagnétique avec l’environnement et être adapté à une atmosphère explosive. Il pourrait voir le jour en 2016.

Ensuite, ce sont les technologies du numérique qui feront la différence. La balle est dans le camp des opérateurs. "La valeur ajoutée se situe dans le traitement des informations, le drone lui-même n’a pas de valeur", insiste Emmanuel de Maistre, également président de l’opérateur de drone RedBird, créé en 2012. Pour que les grands donneurs d’ordres s’engouffrent massivement, il faudra rendre les drones intelligents (reconnaissance automatique, tri des données, restitution des résultats compatible avec les systèmes du client…). L’avenir sourira à ceux qui verront le drone, non comme une fin, mais comme un moyen. En se rassemblant, et pour peu que la réglementation s’assouplisse encore, ils pourraient constituer une filière jouant un rôle moteur dans ce nouveau marché mondial.

Olivier James

Bientôt un brevet de télépilote
Dans le monde des drones civils, les applications se multiplient… les formations de pilotage aussi ! Chaque jour, en France, des entreprises, plus ou moins sérieuses, s’engouffrent sur ce marché. Il suffit de documents déclaratifs pour faire voler un drone, même à titre professionnel. C’est pour remédier à cette situation pour le moins confuse que la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a sollicité la Fédération professionnelle du drone civil (FPDC) pour établir le cadre réglementaire d’un brevet de pilotage auquel tous les télépilotes seraient soumis. De quoi clarifier les questions d’assurance sur les sites industriels. Selon Emmanuel de Maistre, le président de la FPDC, ce brevet pourrait voir le jour au milieu de l’année.

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1 commentaire

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02/02/2014 - 01h35 -

Bonjour à tous, J'aimerais avoir l'avis de la communauté drones : J'ai l'impression en allant voir dans les forums que les technologies multi-rotors ne sont pas encore assez fiables (chutes, pannes, pertes de fréquence, autonomie insuffisante, instabilité dans le vent...), or j'aimerais devenir téléopérateur dans ma région. Que pensez-vous des drones contrarotatifs qui semblent plus fiables ? Merci pour vos conseils.
Charles.
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