"La filière de l'efficacité énergétique a un problème de crédibilité", selon Yannick Perez

Alors que la deuxième conférence environnementale va débuter, l'Institut Montaigne publie un rapport intitulé "Habitat : pour une transition énergétique ambitieuse". Yannick Perez, professeur associé à Supélec, et Vincent Rious, économiste de l'énergie chez Microeconomix, y détaillent les forces et faiblesses de la filière, et avancent des propositions. Entretien avec Yannick Perez.

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L'Usine Nouvelle - Pourquoi avoir consacré ce travail à l'efficacité énergétique des logements plutôt qu'à celle de l'industrie, par exemple ?

Yannick Pérez - Le premier poste de consommation énergétique en France n'est plus l'industrie : ce sont les logements (44% de la consommation). On s'est concentrés sur la question du logement et non sur l'industrie car on considère que les industriels ont une connaissance précise de leur usage de l'électricité. S'ils ont un geste d'efficacité énergétique à faire et qu'il est rentable, ils l'ont déjà fait ou sont en passe de le faire. Pour eux, il y a une relation directe entre dépenser moins d'énergie et augmenter les résultats. A la question "est-ce que les industriels ont un usage rationnel de l'énergie", pour nous, la réponse est oui la plupart du temps. Il nous a donc paru plus pertinent de nous attacher à la sensibilisation du public à travers la question du logement.

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Les industriels sont ils prêts à répondre aux défis posés par la transition énergétique dans le secteur de l'habitat ?

On a en France de grands groupes industriels qui fabriquent des matériaux comme Saint-Gobain ; des énergéticiens comme EDF ou GDF ; des entreprises expertes dans l'intelligence du bâtiment ou la domotique comme Schneider, Legrand… Ce qui manque, c'est la capacité à mobiliser toutes ces énergies. Le tissu industriel est trop faible, avec trop peu d'établissements intermédiaires capables de s'adresser à un marché de masse, celui de la rénovation énergétique, qui concerne 54% des logements en France.

La filière n'est pas assez structurée. EDF et GDF essaient de s'y atteler, avec leurs programmes Bleu Ciel et Dolce Vita, qui incluent la formation d'artisans, la certification de programmes, la vérification de la qualité des travaux… Mais cela ne suffit pas encore à résoudre le problème de crédibilité de la filière.

La réussite de la transition énergétique n'est-elle qu'une question de moyens ?

On a besoin d'incitations financières de l'Etat, d'une impulsion gouvernementale. Mais si ce coup de pouce ne se fait pas de concert avec un accompagnement des consommateurs et une structuration de la filière, cela revient à remplir un tonneau percé. Il faut créer de nouveaux métiers comme celui de "conseiller énergétique indépendant", inventer des structures capable de jouer le rôle d'arbitre pour dire si une dépense est efficace et quel gain elle va apporter.

On a la chance d'avoir un segment exemplaire en matière d'efficacité énergétique : le logement social. C'est un succès insoupçonné qui peut servir de modèle : le financement est sécurisé, les bénéfices sont partagés entre propriétaire et locataire, le suivi des travaux est précis, les locataires sont incités à adopter les bons gestes pour que les gains d'efficacité énergétique ne soient pas dilapidés… C'est un laboratoire dont on devrait davantage s'inspirer pour bâtir de meilleures politiques d'efficacité énergétique.

Propos recueillis par Sylvain Arnulf

Le rapport "Habitat : pour une transition énergétique ambitieuse"

Rapport Habitat Transition Energetique by L'Usine Nouvelle

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