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"La filière bovine française est satisfaite du refus des Wallons de signer le Ceta", selon Interbev

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Entretien Réagissant au refus de la Belgique de signer, ce 24 octobre, le traité de libre-échange avec le Canada, Guy Hermouet, le président de l’interprofession Interbev Bovins, estime que "c’est une bonne chose". Pour lui, le Ceta risque de mettre en péril 50 000 emplois en France et 35 000 exploitations bovines, si il venait  à être ratifié par tous les Etats. 

La filière bovine française est satisfaite du refus des Wallons de signer le Ceta, selon Interbev
Guy Hermouet, président d'Interbev Bovins.
© Xavier Granet / INTERBEV

L'Usine Nouvelle - Comment réagissez-vous au choix de la Belgique ce 24 octobre, de ne pas signer le traité de libre-échange avec le Canada, le Ceta ?

Guy Hermouet - C’est une bonne chose pour la filière bovine française. Nous demandions depuis longtemps que la viande bovine sorte du Ceta. Mais rien n’est encore définitif. La Commission européenne exerce de fortes pressions sur les Etats. Je ne sais pas s’ils vont pouvoir résister.

Le Ceta prévoit une reconnaissance par le Canada des indications géographiques européennes (fromages, vins, etc.). Pourquoi y êtes-vous opposés ?

L’accord représente un réel danger pour les filières bovines. Il prévoit que près de 65 000 tonnes de morceaux nobles, comme les filets et faux-filets, puissent arriver en Europe avec des droits de douane nuls. Chez eux, ces morceaux sont très peu valorisés, car 75 % de leur viande est consommée en steak haché, à des prix très bas. Pour eux, ces morceaux se vendent à 4,5 euros le kilogramme, alors que chez nous, les prix sont en moyenne à 13,80 euros le kilo. Les Canadiens auraient tout à y gagner et nous tout à perdre.

L’Europe demande-t-elle des garanties sur les modes d’élevage des animaux ?

Le Ceta mentionne que les viandes doivent être issues des mêmes conditions d’élevage qu’en Europe. Or, ce serait au Canada de contrôler cela. En Amérique du Nord, les animaux sont nourris au soja et maïs OGM et reçoivent des accélérateurs de croissance et des antibiotiques. Nous savons par ailleurs que la traçabilité du bétail n’est pas aussi poussée au Canada qu’en Europe et que la frontière avec les Etats-Unis est très poreuse. Il pourrait y avoir un risque que des viandes américaines se retrouvent sur le marché européen en passant par le Canada.

Quelles seraient les conséquences économiques du Ceta pour la filière bovine française ?

Nous estimons que le traité mettrait en péril 50 000 emplois et 35 000 élevages en France. Cela représenterait en moyenne une baisse d’un tiers des revenus des exploitations. Par ailleurs, le quota de 65 000 tonnes de viandes bovines canadiennes a été initialement négocié pour être absorbé par 28 Etats membres. Avec, le Brexit, il devra l’être dans une  configuration à 27 états. Or, le Royaume-Uni représente aujourd’hui, le principal débouché pour les viandes canadiennes. Cela est d’autant plus préoccupant pour la France.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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