La feuille de route du futur patron du CNES Jean-Yves Le Gall

Le choix par Matignon du patron d'Arianespace comme président du CNES a obtenu le feu vert des parlementaires. Plusieurs dossiers chauds attendent Jean-Yves Le Gall : Ariane 6, la rivalité avec l'Allemagne pour le leadership européen, la ministérielle de 2014...

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La feuille de route du futur patron du CNES Jean-Yves Le Gall

Jean-Yves Le Gall est définitivement placé sur orbite pour prendre la présidence du CNES. Après avoir été proposé par le premier ministre à ce poste, il vient d'obtenir le feu vert du sénat et de l'assemblée nationale pour succéder à Yannick d'Escatha atteint par la limite d'âge. Ses auditions devant les parlementaires les 26 et 27 mars ont été l'occasion pour ce grand spécialiste de l'espace de réaffirmer son ambition pour l'établissement chargé de définir la politique spatiale du pays et ses 2400 salariés.

Jean-Yves Le Gall y arrive auréolé des résultats obtenus à la tête d'Arianespace. Sous son mandat, la fusée Ariane a montré une fiabilité à toute épreuve, enchaînant 54 tirs consécutifs réussis. Son dernier échec remonte à décembre 2002. Sur le plan commercial, le lanceur européen taille des croupières à ses concurrents russes et américains. Année après année, Ariane 5 s'est accaparé plus de 50% du marché des satellites commerciaux. Qui dit mieux ?

Toutefois, l'Europe spatiale fait face à des défis importants et une concurrence renouvelée. Jean-Yves Le Gall a d'ailleurs profité de ses auditions pour réaffirmer la particularité de l'industrie spatiale et rejeter tout naïveté face autres grandes puissances spatiales (Etats-Unis, Japon, Russie, Chine, Inde...).

"En matière d'espace, il ne faut pas être naïf. (…) On est dans un monde où les concurrents sont massivement aidés. Si vous n'êtes pas soutenu par la puissance publique, il est très difficile de tenir la dragée haute à nos concurrents. C'est très clairement une activé qui a une finalité stratégique", explique-t-il. Et selon lui, la politique de certains de nos partenaires européens qui ont d'abord une approche de retour industriel et un souhait rentabilité, n'est pas pertinente.

Par ailleurs, il devrait militer pour l'instauration d'une préférence européenne dans le domaine des lanceurs, préférence que les autres grandes puissances spatiales appliquent déjà. "Cela fait des années que j'appelle pour l'existence d'un 'Buy European Act'. Aux Etats-Unis, un satellite américain ne peut pas être lancé par un lanceur dont 51% de la valeur n'est pas ajoutée sur le territoire américain. En Europe on a eu du mal à imposer Ariane pour le lancement des satellites Galiléo !", rappelle-t-il.

Les dossiers chauds ne vont pas tarder à s'empiler sur le bureau du futur patron du CNES. Dès l'an prochain, les ministres européens de l'espace se réuniront pour trancher notamment sur le dossier des lanceurs. Jean-Yves Le Gall est un farouche défenseur d'Ariane 6. "Ariane 6 a été conçue pour avoir un coût de développement minimal, une durée de développement minimale, et un coût d'exploitation minimal.(...) En 2020, la fusée devrait faire son premier vol", s'est il félicité.

Cette position tranchée pourrait inquiéter les industriels européens (Astrium, Safran...) qui préconisent le développement en parallèle de la fusée intermédiaire, Ariane 5ME. "Les décisions seront prises à la fin de 2014 en fonction de trois critères: le résultat des études conduites et notamment du chiffrage affiné des projets, l'évolution du marché et des besoins, et le budget disponible", a expliqué Jean-Yves Le Gall devant les députés ce mercredi.

En période de disette budgétaire, le futur patron du CNES devra montrer qu'il sait gérer les cordons de la bourse au plus juste. Il devra justifier chaque sous dépensé d'un budget de l'ordre de 2,1 milliards d'euros en 2013. La France est en effet le pays qui investit le plus dans le secteur de l'espace (39 euros par habitant par an) après les Etats-Unis (49 €/an/habitant) mais devant l'Allemagne (17) et le Royaume-Uni (6).

Toujours dans un souci d'économie, le dirigeant veut éviter toute duplication des instances dirigeantes en Europe. "L'Union Européenne doit s'appuyer sur l'agence spatiale européenne car on ne va pas se payer le luxe de développer une autre agence spatiale à Bruxelles".

Autre point épineux qu'il devra gérer: la rivalité avec l'Allemagne qui ne cache plus ses ambitions. Au cours de la dernière conférence ministérielle de Naples l'an dernier, si la France a investi 2,3 milliards d'euros, son voisin Outre-Rhin a mis sur la table 2,5 milliards! Or les vues sont un peu différentes. "Nos amis allemands sont parfois plutôt enclins à céder aux chants des sirènes de la rentabilité. Ils se disent finalement qu'un lanceur est une commodité que d'autres pourraient fournir si on n'en n'avait pas. A nous de les convaincre que toute politique spatiale autonome a un coût", explique-t-il.

Si sa feuille de route est bien chargée, la nomination de Jean-Yves Le Gall comme président du CNES ne devrait être officialisée qu'au prochain conseil des ministres, soit le 3 avril prochain.

Hassan Meddah

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