La Fed a bien fait d'agir vite et fort, selon UBS

par Patrick Vignal
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La Fed a bien fait d'agir vite et fort, selon UBS
La Réserve fédérale américaine a eu raison de réagir rapidement par une mesure massive aux risques économiques liés à l'épidémie de coronavirus, dit-on chez UBS. /Photo prise le 2 mars 2020/REUTERS/Arnd Wiegmann

PARIS (Reuters) - La Réserve fédérale américaine a eu raison de réagir rapidement par une mesure massive aux risques économiques liés à l'épidémie de coronavirus, dit-on chez UBS.

Certains estiment que la Fed a cédé à la panique en annonçant mardi une baisse de 50 points de base de l'objectif de taux des "fed funds".

La banque centrale n'avait plus baissé ses taux entre deux réunions monétaires ni décidé une mesure d'une telle ampleur depuis 2008, soit au coeur de la crise financière.

"C'est quelque chose de rare mais il faut voir le contexte", dit à Reuters Philippe Müller, responsable des thématiques d'investissement chez UBS Wealth Management, en rappelant le plongeon des Bourses, tombées en territoire de correction des deux côtés de l'Atlantique la semaine dernière.

La baisse d'environ 3% des indices de Wall Street mardi, quelques heures après l'annonce par la Fed d'une baisse largement anticipée, peut paraître surprenante mais doit être relativisée en raison de la forte hausse de la veille, portée par des signes annonçant des mesures de soutien budgétaire et une réponse coordonnée de la part des banques centrales, selon le stratège de la banque suisse.

"La raison pour laquelle ils n'ont pas attendu la prochaine réunion monétaire dans deux semaines est certainement liée au resserrement des conditions monétaires observé la semaine passée", ajoute-t-il avant de mentionner le rôle du trading automatique avec une accélération des ventes par les fonds systématiques jeudi et vendredi, suivie par des rachats de la part des investisseurs institutionnels.

"Ils (les décideurs de la Fed) voulaient agir rapidement de manière décisive et ils ont bien fait de le faire. Jerome Powell a clairement dit que l'économie américaine allait bien. On peut donc considérer qu'il s'agit d'une baisse de taux préventive", poursuit Philippe Müller.

"Cela stabilise l'économie et donne également le signal que les banques centrales sont disposées à en faire davantage, en gardant à l'esprit qu'il ne faut jamais sous-estimer leur créativité, mais ce n'est pas un remède contre les effets de la propagation du virus", prévient-il toutefois.

LES MARCHÉS ÉMERGENTS PRÉFÉRÉS À L'EUROPE

L'épidémie se stabilise en Chine et, en dehors de la province de Hubei où elle est apparue, le pays s'est très largement remis au travail, note Philippe Müller.

L'incertitude demeure cependant sur l'évolution de la situation hors de Chine, notamment dans les foyers pandémiques apparus en Corée du Sud, en Iran et Italie, poursuit-il.

"Dans ce contexte, nous préférons les marchés émergents parce qu'ils sont plus avancés dans le cycle de l'épidémie, parce qu'ils ont davantage de marges de manoeuvre sur le plan monétaire et budgétaire et aussi parce que leur population est plus jeune donc moins vulnérable mais également plus habituée aux nouveaux modes de consommation numériques."

En Europe, en revanche, la stabilisation n'est pas en vue, les aides monétaires et fiscales mettent plus de temps à se mettre en place et la population est plus âgée, selon lui.

Longtemps sous-estimé par des marchés taxés par certains de complaisance, l'impact économique du coronavirus ne fait désormais plus aucun doute, même s'il reste difficile à quantifier.

"On a à la fois un choc de l'offre en raison de la perturbation des chaînes d'approvisionnement mais également de la demande en raison des mesures de confinement et de la modification des habitudes de consommation", souligne Philippe Müller. "Si cela dure trop longtemps, cela peut commencer à faire mal."

Selon les estimations d'UBS, les effets du coronavirus pourraient enlever 10 à 20 points de base à la croissance mondiale cette année et jusqu'à 60 points au produit intérieur brut (PIB) de la Chine.

La croissance de la deuxième économie mondiale tomberait donc de 6% à 5,4% en 2020 "avec une catastrophe à attendre pour le premier trimestre", selon Philippe Müller, qui voit un rebond se dessiner dans la deuxième partie de l'année pour se prolonger en 2021.

LA VOLATILITÉ EST DE RETOUR

Face à un choc d'offre, les baisses de taux ont leurs limites, reconnaît-il en insistant sur la nécessité de mesures ciblées comme celles promises par la Banque centrale européenne ou celles que la banque centrale chinoise vient d'annoncer pour soutenir les petites et moyennes entreprises.

La crise sanitaire provoquée par le coronavirus et ses effets sur l'économie ont logiquement des conséquences en matière d'investissement sur des marchés caractérisés par le retour d'une forte volatilité.

UBS apprécie dans ce contexte les titres du Trésor américain protégés de l'inflation (TIPS) et également, mais avec modération, les obligations d'entreprises américaines à haut rendement ("high yield").

"On aime les TIPS américains et on a pris une petite position sur le high yield américain qui est devenu intéressant avec l'écartement des spreads", confie Philippe Müller.

"On voit aussi que certains secteurs de la technologie comme la numérisation et les thérapies géniques sont bien positionnés."

Un cycle économique mûr et des risques de récession en augmentation invitent à une grande sélectivité, notamment sur le crédit, et à une gestion diversifiée et flexible en privilégiant, du côté des actions, la qualité et le dividende, selon Philippe Müller.

"Nous aimons la volatilité et nous n'aimons pas beaucoup le dollar", ajoute-t-il.

(édité par Jean-Michel Bélot)

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