L'Usine Energie

"La faiblesse des prix des matières premières ne reflète en rien une faiblesse de l’économie mondiale", affirme Damien Courvalin de Goldman Sachs

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Pour Goldman Sachs, la chute des prix du pétrole ne reflète pour l’instant qu’une volatilité financière, et les cours du brut vont devoir se maintenir un certain temps sous les 40 dollars pour que la production s’ajuste réellement à la nouvelle donne.

L’analyse de Damien Courvalin, expert matières premières de Goldman Sachs, est d’une désarmante simplicité: ce n’est pas la faiblesse de la demande qui tire le prix du pétrole à la baisse, mais l’incapacité des producteurs à s’ajuster au nouveau cycle économique entamé par le secteur. Le pétrole restera donc sous les 40 dollars jusqu'à ce que la production baisse réellement, a-t-il expliqué lors de la grand-messe annuelle de la banque d’affaires américaine, qui se tenait ce vendredi 22 janvier à Paris.

A l'origine de ce changement de paradigme, le cycle économique (cher à Goldman Sachs) dans lequel sont entrées les matières premières: "La révolution des pétroles de schiste américains a provoqué une baisse du coût de l’énergie aux Etats-Unis, ce qui a provoqué un regain de croissance qui a permis un resserrement de la politique monétaire américaine. Dans les pays émergents, la dévaluation relative des monnaies a provoqué une baisse de la demande, puis une hausse de la production et une baisse des coûts", explique Damien Courvalin. Le surplus qui en découle, associé à la faible demande des émergents, fait alors chuter les prix, et le cycle se nourrit lui-même.

Il faut "décourager les financiers"

Le premier mouvement est d’attendre des producteurs d’huiles de schiste, dont le cycle investissement-production est court, qu’ils deviennent le "swing producer", pourvu du rôle ingrat de faire varier son activité en fonction de l’objectif de prix. Sauf qu’en réalité, le niveau d’activité du secteur dépend directement du financement bancaire. Seul le maintien des cours en-dessous des 40 dollars empêche le retour des financiers, provoquant ainsi l’indispensable ajustement à la baisse de la production.

Pour revenir à des fondamentaux plus solides, soit l’équilibre offre / demande, "il devient urgent que les producteurs à bas coût acceptent de réduire leur production", alors qu’ils viennent de l’augmenter (on parle ici de l’Arabie saoudite et de l’Irak notamment). Si elle veut voir remonter les prix dans une fourchette raisonnable, autour de 60 dollars, l’Opep va donc devoir couper dans ses quotas, même si elle s’y refuse pour l'instant, rejetant la faute sur les producteurs non-exportateurs.

Un rebond limité en 2016

Pour Damien Courvalin, les prix long-terme devraient remonter vers 50 à 60 dollars. Mais avant cela, ils devront rester entre 20 et 40 dollars un certain temps, la chute actuelle n’étant que financière et ne reflétant pas une inflexion de la production. Lorsque les stocks stagneront – aussi faute de capacités disponibles – la remontée pourra alors démarrer, tout doucement car elle sera accompagnée d’un déstockage.

Les métaux directement impactés par le ralentissement chinois

L'histoire est un peu différente dans les métaux. Si ces derniers pâtissent des même surplus mondiaux que le pétrole (production en hausse et coûts en baisse), ils sont par contre victimes du net ralentissement industriel chinois. La croissance économique moindre de la Chine (6,9% officiellement en 2015) cache des réalités opposées selon qu'on parle des activités orientées consommateur (notamment e-commerce), qui fonctionnent très bien, ou orientées industrie, en plein désarroi. Les métaux - fer et cuivre en tête - souffrent très directement du changement d'orientation de l'économie chinoise au détriment de l'industrie.

Opex contre Capex, consommateurs contre industrie

Il est d'ailleurs évident, souligne Goldman Sachs, que les matières premières qui ont surperformé sont celles qui exigent de l'opex (coûts opérationnels) et sont le plus directement exposées au consommateur, tandis que celles qui ont plongées exigent du capex (capital investissement) et sont exposées à l'industrie.

Myrtille Delamarche

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte