La fabrication des espadrilles s'automatise encore plus

Les Etablissements Etchandy travaillent depuis vingt ans à automatiser leur process de fabrication d'espadrilles. Condition sine qua non pour résister face aux produits asiatiques.

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Pas question, pour Charles Etchandy, d'apposer sur ses espadrilles un écusson vantant les mérites du "cousu main". Si le fabricant d'espadrilles de Mauléon (Pyrénées-Atlantiques) est encore là, c'est justement parce que ses espadrilles sont cousues à la machine! Face à la terrible concurrence des pays à faible coût de main-d'oeuvre, le fabricant du Pays basque devait abaisser le prix de son produit. Depuis plus de vingt ans, Charles Etchandy a ainsi cherché à automatiser son process de production. Avec ses 200 salariés, il fabrique 15000 paires d'espadrilles par jour, vendues pour 90% en grande distribution. Tout commence dans l'atelier de tressage. Quarante métiers travaillent le fil de jute au rythme de 2,5tonnes par jour. Sur ces métiers classiques, les Etablissements Etchandy ont adapté des systèmes de détection de casse de fil et des variateurs électroniques de vitesse. Impossible, en effet, de travailler le fil à la même vitesse pour une semelle épaisse que pour une semelle fine. Une fois le fil tressé, encore faut-il l'enrouler pour faire la semelle. C'est l'opération d'ourdissage. Aux ourdisseurs manuels qui travaillent le fil sur une planche cloutée, l'enroulant autour de cinq clous, la PMI a substitué un automate. "Un bon ouvrier peut arriver à tourner une semelle en douze secondes. Mais il lui faut des années de formation. La machine ne met plus que cinq secondes. Son opérateur n'a pas besoin de qualification spéciale", explique Charles Etchandy, qui a ainsi pu maintenir une partie de la fabrication de ses semelles en France. Une partie seulement. Le nombre d'automates n'étant pas suffisant, l'entreprise se fournit aussi au Portugal en semelles faites main. Une fois les semelles cousues, elles sont vulcanisées. Etchandy, qui fabrique son caoutchouc dans l'usine, le stocke sur des rouleaux. Les ingénieurs de l'entreprise ont mis au point une machine capable de dérouler le caoutchouc et de le plier en deux - il faut deux épaisseurs pour faire une semelle solide. Un système qui remplace deux personnes et permet à l'opérateur qui découpe de travailler en continu. Reste alors à coudre la tige sur la semelle. Depuis les années 70, Charles Etchandy a équipé son entreprise de machines à coudre spécialement adaptées aux espadrilles. Machines qui ont été affinées au fil des ans. "Nous en sommes à la troisième génération", explique le P-DG. C'est en regardant sa mère faire du crochet que Charles Etchandy a imaginé ces machines. Le mouvement rotatif effectué par les aiguilles est le même que celui d'une aiguille de crochet. "La difficulté, avec les espadrilles, c'est qu'il faut remonter le fil du dessous de la semelle jusqu'au-dessus de la chaussure", souligne le patron, qui utilise pour cette opération une aiguille courbe. Et, parce que le tissu d'une espadrille est bien moins dur à percer que le cuir d'une chaussure, la machine est équipée d'une seule aiguille, à la différence des machines à coudre classiques pour les chaussures, équipées de deux aiguilles. C'est la même aiguille qui fait le trou dans le tissu et passe ensuite dedans. Sur sa machine, chaque ouvrière peut coudre six cents paires d'espadrilles par jour, contre une petite vingtaine en cousu main. Reste encore à coller un renfort au bout de la chaussure, et l'espadrille est terminée.

Un délicat mariage entre le polyuréthanne et le jute

Faire les semelles en polyuréthanne au lieu du traditionnel caoutchouc, c'est ce que projette aujourd'hui Charles Etchandy. Les espadrilles seraient plus légères, plus rapides à fabriquer - trente secondes d'injection, contre trois minutes de vulcanisation -, les fils de jute seraient moins abîmés par l'opération, car moins comprimés. Chez le fabricant de Mauléon, les ingénieurs font des essais. Délicat, en effet, de marier le polyuréthanne et le jute. Trop liquide, le polyuréthanne imprègne toute la corde. Trop dur, il ne colle pas au jute. Charles Etchandy affirme pourtant être

bientôt prêt. Mais, pour investir dans un tel process, il attendra encore que le marché soit intéressé par ce produit. "Le polyuréthanne est plus cher que le caoutchouc", reconnaît le P-DG.





RESISTER A LA CONCURRENCE ASIATIQUE

A 1,25franc la paire, les espadrilles chinoises sont dix fois moins chères que les espadrilles signées Etchandy. Le Bangladesh, la Chine, le Viêt-nam... sont devenus les concurrents redoutés des producteurs français. D'autant que le jute qui sert à la fabrication de la semelle est cultivé en Asie, pas en Europe. De 200 fabricants d'espadrilles en France il y a une cinquantaine d'années, il n'en reste plus qu'une poignée. Et même si Etchandy réussit à fabriquer ses espadrilles en trois minutes et vingt-cinq secondes, l'industriel préfère rester discret sur ses chiffres d'affaires et bénéfices. Ses autres activités - une compagnie aérienne régionale, une participation dans une centrale de production électrique - feraient-elles finalement vivre les espadrilles? Qu'à cela ne tienne! Une usine tourne toujours à Mauléon...



Bureau d'études et atelier prototype intégrés

Toutes les machines spéciales installées chez Etchandy sont de conception maison. Si Charles Etchandy, ingénieur en mécanique des fluides de formation, a bien voulu reprendre l'affaire familiale, en 1964, il a tenu à continuer à exercer sa passion pour la technique. Avec deux autres salariés, c'est donc lui qui met au point toutes les machines qui jalonnent son usine, qu'il s'agisse d'adaptations de produits existants ou de conceptions pures. Dotée de son propre atelier de mécanique, l'entreprise réalise ses prototypes, allant même souvent jusqu'à fabriquer ses machines de série. "On n'est jamais si bien servi que par soi-même", souligne le P-DG, jaloux de ses trouvailles. Bureau d'études et atelier de mécanique font donc partie intégrante de l'entreprise. Mais que l'on ne s'attende pas à y trouver des locaux spacieux bardés de CFAO. Ici, les développeurs manient encore la gomme et le crayon. Un petit local au bout de l'usine, c'est là qu'ils travaillent à leurs inventions.

USINE NOUVELLE - N°2468 -

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