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L'Usine Santé

La Fable de Biosantech, son vaccin miracle contre le Sida et la communauté scientifique

Astrid Gouzik

Publié le , mis à jour le 02/11/2015 À 14H58

La start up française Biosantech a présenté à la presse, le 28 octobre, les résultats des derniers tests pour son projet de vaccin thérapeutique contre le Sida. Des résultats ?, s'étonne la communauté scientifique, on n'a rien vu. Mais qu'est-ce qui a bien pu déclencher l'ire des chercheurs contre Biosantech ? Simple question de procédure... ou réel scepticisme sur le "vaccin miracle" ?

 

C'est l'histoire de Biosantech, une petite start up française, qui travaille sur un vaccin thérapeutique contre le Sida. Un matin du 28 octobre 2015, elle décide de convoquer la presse pour lui présenter des résultats qu'elle juge elle-même encourageants. Des tests ont été menés sur 48 personnes atteintes du sida.

Le vaccin aurait permis à quatre patients de baisser leur charge virale à une dose "quasi indétectable" un mois après l'arrêt du traitement de trithérapie. Ils avaient reçu 3 injections de 33 microgrammes, la dose jugée la plus efficace. "On élimine le sida de l'organisme", raconte Corinne Tréger, la présidente de Biosantech.

De quoi réjouir la communauté scientifique ! Et pourtant… Ils sont en colère. D'ailleurs, impensable de trouver un chercheur qui accepte de commenter ces résultats. "Il n'y a pas de résultats", nous rétorque-t-on à l'ANRS (agence nationale de recherche sur le sida). Le journaliste déconfit assure pourtant avoir bien des résultats sous les yeux. "On ne commente pas un dossier de presse".

hors circuit
Explications : "toute démarche scientifique doit être validée soit par un comité de lecture pour une publication dans une revue scientifique, soit présentée lors d'un colloque international", ajoute l'ANRS. "On ne communique pas avant d'avoir eu l'aval de ses pairs", sanctionne à son tour Aides, une association française de lutte contre le VIH et les hépatites virales. Au CNRS, "comme il n’y a pas de publication scientifique associée à cette annonce, personne au CNRS ne souhaite réagir pour l’instant".

Et c'est là que la machine cale. Corinne Tréger a décidé de s'affranchir de ces conventions. "Je ne vais pas attendre la communauté scientifique", s'indigne-t-elle. "La publication suivra mais je ne vais pas attendre des mois avant de présenter mes résultats". "La communauté scientifique est très agacée de mon existence en fait". 

"C'est clairement une stratégie de communication agressive adoptée par Biosantech", commente un professionnel du secteur. "Une publication est une caution pour les agences réglementaires. Mais Biosantech s'est déjà heurté à des refus de la part des scientifiques." Ce qui expliquerait donc que l'atypique présidente de la start up refuse le circuit habituel. Mais tant que les résultats ne réintègreront pas ce circuit, ils ne pourront être validés auprès des instances nationales ou internationales, l'ANSM (agence nationale de sécurité du médicament) notamment.

un partenaire industriel
Ce que cherche maintenant Corinne Tréger, c'est un partenaire industriel "pour mettre en place une fabrication de ce vaccin pour le monde entier". Biosantech voit grand, mais du côté des scientifiques, ses ambitions semblent très prématurées. Il s'agit pour le moment de la phase 2-a des essais cliniques. On estime l’efficacité de la molécule sur un nombre limité de malades et on détermine la dose optimale du médicament. Mais Corinne Tréger ne veut pas attendre la phase 2-b, qui détermine la dose thérapeutique de la molécule sur une plus grande échelle. "Si on ne s'y prend pas tout de suite, dans un an ou un an et demi, quand on aura fini les essais cliniques, on aura un gros problème de fabrication"

Pour l'industrialisation du vaccin, Biosantech est allé frapper à la porte de Sanofi, le géant français, "le seul qui était de taille à reprendre le projet", commente, désabusée, Corinne Tréger. "Etait", ils n'ont donc visiblement pas donné suite aux demandes de la dirigeante. "Ils n'ont pas eu le courage de développer ce produit", argue-t-elle.

"Tout ce que je veux maintenant, c'est progressivement céder mes parts dans Biosantech. Mes capacités sont atteintes, il faut confier le projet à des personnes compétentes : des réglementaires, des scientifiques…", conclut-elle. Des réglementaires et des scientifiques qui remettront peut être le vaccin dans le circuit habituel… afin qu'il y ait vraiment des résultats à commenter et que les chercheurs puissent juger de l'efficacité ou non du vaccin.

"Et que l'on arrête d'avoir des annonces de vaccins miracle à répétition, se désespère-t-on chez Aides. C'est très déstabilisant pour les personnes touchées". 

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2 commentaires

Nom profil

30/10/2015 - 11h55 -

J'adore la PDG :
"J'ai découvert le vaccin contre le SIDA"
"La confirmation de vrais scientifiques viendra plus tard"
"D'ici là"
"Je vends mes parts dans la société"

Non, mais qui va croire des conneries pareilles ?

C'est de la com pour faire une plus-valu. Rien de plus.
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Nom profil

30/10/2015 - 11h23 -

Bonjour,

- vous avez raison d'être prudent
- vous avez raison de souligner la personnalité atypique de la PDG
- vous avez raison de souligner le management atypique de Biosantech

Mais vous avez quand même oublié de dire que les résultats ont été prudemment mais positivement commentés à cette conférence par un des plus grands experts mondiaux du sida à savoir le professeur Mark Wainberg qui a fait le déplacement du Canada. Ce dernier indique qu'il faut continuer cette voie de recherche et passer en phase 2B.

Cordialement
Erwan
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Nom profil

02/03/2017 - 08h57 -

Peut-on avoir le lien de ce commentaire "prudent mais posirif"? Est-ce que le commentaire d'un acteur aussi bonne soit sa carrière est supérieur aux résultats d'une étude ou mieux qu'une meta analyse? Un spécialiste vs communauté scientifique? On est à la limite de l'argument d'autorité...
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