"La dynamique de la COP22 doit se traduire davantage dans l'aide à l'adaptation aux changements climatiques, notamment en Afrique", selon Saïd Mouline

Responsable du pôle partenariat public-privé au comité de pilotage de la COP22, Saïd Mouline est directeur général de l'AMEE (Agence marocaine d'efficacité énergétique) et président de la commission énergie, climat et économie verte du patronat marocain. Quelques jours après la fin de la COP22, il tire le bilan de l'événement pour L'Usine Nouvelle qui l'a rencontré à Paris à l'occasion du colloque "Dans un espace euro-méditerranéen-africain en mutation, quel partenariat France-Maroc" organisé par l'ambassade du Maroc le 1er décembre.

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L'Usine Nouvelle : Que retenir de cette COP ?
Said Mouline : C'est un événement très important qui se situait dans le prolongement de l'Accord de paris. Grâce à la diplomatie française et marocaine cet accord a pu entrer en vigueur avant le début de la COP22. Marrakech aurait pu être une petite COP et s'est avérée une grande COP parce que ses impacts politiques sont importants. Les impacts économiques aussi.

Quel bilan tirez-vous ?
Très bon ! Nous avons assisté à une COP22 qui a pu mobiliser à différents niveaux. Pas seulement au plan étatique où les négociations ont avancé et vont continuer à progresser pendant l’année de présidence marocaine mais aussi à celui d'autres acteurs de la société. Dans le cadre des partenariats public-privé, le secteur privé a été fortement mis en avant. Il a montré de l'innovation, des projets concrets. Les citoyens qui voient depuis 22 ans le déroulement, parfois trop lent, de ces négociations constatent que ce secteur privé avance en matière d'énergie, de sécurité alimentaire, de gestion de l'eau, de projets d'adaptation au changement climatique, de finance climat avec des solutions nouvelles et des projets. Sans parler des fonds privés mais aussi publics bien sûr qui vont venir soutenir l'action contre le changement climatique

En êtes-vous sûr ?
Oui et il y a eu aussi bien sûr les engagements forts des états réaffirmés en dépit du flottement créé par l'élection du nouveau président américain en plein pendant la COP. Le plus important, c'est qu'on a vu à Marrakech des projets concrets mis en avant dans les différents espaces et forums de débats.

Certains ont regretté que la société civile n’ai pas eu assez voix au chapitre durant cette COP, quel est votre avis?
Au contraire, sa place était très importante. L'agora réservée couvrait plus de 10 000 m², toutes les grandes ONG étaient présentes, les représentants de la société civile aussi avec des déclinaisons variées. C’est très bien ainsi car on a montré que tout le monde doit s'impliquer.

Que va-t-il se passer dans les douze mois qui viennent ?
La présidence est marocaine pendant un an. Certains acteurs de l'équipe vont rester. C'est clair qu'il y aura un suivi. Coté secteur privé, tout un programme est porté par la CGEM. Des événements vont encore avoir lieu. Par ailleurs, comme vous savez la prochaine présidence est revenue aux iles Fidji, c'est un état insulaire qui est dans l'urgence climatique. C'est un message qui montre que ces Etats doivent être absolument accompagnés.

Le ministre marocain Salaheddine Mezouar va-t-il rester président de la COP22 ?
Il l'est. Hakima El Haite est la championne du climat avec Madame Tubiana. Et maintenant ça va être aux iles Fidji de présenter leur champion avec sans doute la désignation de leur ministre de l'environnement à ce poste. Nous sommes bien dans une continuité. Au Maroc tout ce qui a été initié par les sociétés civiles marocaines et le secteur privé va continuer. Nous sommes dans la durabilité.

Quelle était la particularité de cette COP?
Son côté africain, selon moi, qui est très important avec notamment ce sommet inédit des chefs d'États africains autour du roi Mohammed VI. La COP 22 et la représentation africaine ont montré combien l'Afrique subit les conséquences du changement climatique mais aussi qu'elle se prend en mains. L'Afrique demande au monde, et au Nord en particulier, à ce que ses problèmes spécifiques soient pris en compte. Ce surtout, et c'est un sujet clé selon moi, pour les projets d'adaptation. Concernant l'atténuation [les énergies vertes NDR], il y a de l'argent, le privé investit déjà

C'est-à-dire?
Les entreprises et le secteur privé se sont vraiment emparées du sujet des énergies vertes. Par exemple au Maroc lors du dernier appel d'offres éolien, nous avons vu 19 groupes internationaux soumissionner ! De même au Sénégal et à Madagascar pour des projets récents de 20 MW dans le solaire, on a vu une cinquantaine d'entreprises se porter candidates.

Et concernant l'adaptation donc?
C'est un volet plus complexe, moins médiatique, moins porteur. Mais c'est aussi là où il y a des grands enjeux. L'Afrique a besoin de moyens pour s'adapter au changement climatique. Il n'est pas normal que presque tout l'argent, celui du privé notamment, aille sur l'atténuation. Il faut que l'adaptation s'accapare une plus grande part du Fonds climat par exemple. Nous militons pour que cet argent public soit d’avantage fléché vers l'adaptation.

Pourquoi ?
Parce que nous sommes sur ce sujet dans une logique de développement et d'aide aux populations qui subissent le changement climatique, dans un contexte où le plus souvent il n'y a pas les assurances climats adéquates. C'est un thème peu mis en avant. Pourtant, les problématiques sont nombreuses. Que font les agriculteurs en période de sécheresse ? Qu'est-ce qui permet de garder les agriculteurs sur leurs terres afin d'éviter les migrations ? C'est ce que vit l'Afrique aujourd'hui dès qu’il y a un événement malheureux lié au climat. En Europe, les assurances jouent leur jeu mais pas dans les pays du Sud parce que les gens ne sont pas couverts. Donc il faut les aider. Il faut mettre en place des outils financiers pour cela. Les assurances peuvent apporter ces outils et accompagner les modèles économiques. Et c'est là que devrait intervenir un fonds d'adaptation.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

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