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La discrète industrie monégasque

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Enquête La principauté n’est pas qu’un eldorado pour oisifs. Elle abrite aussi une industrie manufacturière, qui compte pour 6,2% de son PIB. Et doit composer avec les contraintes d’espace du rocher.

La discrète industrie monégasque
Des industriels des cosmétiques, comme le laboratoire Asepta, sont présents sur le Rocher.

Des lignes de conditionnement de cosmétiques avec vue sur la mer, des machines d’extrusion au sixième étage d’un immeuble qui en compte onze, une centaine de tricoteuses dont l’atelier jouxte des appartements résidentiels à 20 000 euros le mètre carré… Situations étranges pour une industrie hors normes. Le rocher de Monaco et ses 2 km2 n’abritent pas que le casino, des boutiques de luxe et des promoteurs immobiliers ! La principauté compte aussi une petite industrie plutôt dynamique, qui s’est inventé une voie originale dans un territoire contraint. 

Si le premier employeur à capitaux publics de Monaco est la fameuse Société des bains de mers (SBM), le premier employeur privé est, ironie des noms, la SBM Offshore, un ingénieriste du pétrole qui rassemble ici 1 500 salariés. "Avec 36 000 résidents et 47 000 emplois, Monaco est le seul pays qui compte plus d’emplois que d’habitants", s’amuse le chef du gouvernement local, Michel Roger, qui sous la houlette du Prince Albert tient à maintenir des activités productives.

Le casse-tête du foncier

Pas seulement pour l’image. Il en va aussi des rentrées fiscales. Les revenus des résidents ne contribuent pas au budget de l’État mais, pourtant, "Monaco ne vit que des impôts : la TVA, l’impôt sur les sociétés et les droits de mutation", martèle Jean Castellini, conseiller économique du gouvernement. Et le gouvernement, qui ne veut pas voir partir les industriels, les soigne, en donnant la priorité aux activités à forte valeur ajoutée et non polluantes. 

Principal problème à gérer : le foncier. C’est le casse-tête de Philippe Prud’homme, le directeur général de Bettina, un spécialiste de la maille abrité dans un petit immeuble du quartier de la Condamine, une zone résidentielle à une centaine de mètres du casino. Le patron est dynamique et ses investissements lui ont permis de bien se positionner auprès de donneurs d’ordres prestigieux comme Hermès, Chanel et Vuitton. Il a triplé son chiffre d’affaires en cinq ans, mais est à l’étroit dans ces murs. "J’ai loué le cinquième étage pour en faire un réfectoire et récupérer de l’espace pour un atelier d’assemblage, mais cela ne suffit pas. La semaine dernière encore, j’ai dû refuser une commande d’Hermès de 1 500 pièces : 450 000 euros de chiffres d’affaires perdus !" se lamente-t-il.

L’administration monégasque assure se démener pour lui trouver des locaux à un prix abordables dans le quartier industriel de Fontvieille, une enclave gagnée sur la mer au cours des années 1970 où est implanté le gros de l’industrie manufacturière. C’est là que sont installés les principaux acteurs de l’industrie monégasque : des fabricants d’équipements, des chimistes, des acteurs de la pharmacie et de la cosmétique. Si L’Oréal a plié bagage il y a deux ans, Lancaster, lui, continue de développer son activité. Silvatrim, un équipementier automobile, sort chaque année 70 000 pièces d’enjoliveur de toits, principalement pour des voitures allemandes haut de gamme.

Les deux sociétés sont abritées dans des hôtels industriels et disposent d’une surface suffisante : 13 000 mètres carrés pour Lancaster, 9 000 pour Silvatrim. Mais elles doivent gérer une autre contrainte : la production en étage. Chez l’équipementier, tout passe par des monte-charge limités à 3 tonnes, ce qui oblige à démonter en modules les machines plus imposantes avant de les réinstaller. Des contraintes vécues comme un aiguillon pour améliorer l’organisation industrielle. "Nous minimisons les stocks et les matières premières et sommes les rois du kaizen. Regardez cette ligne complète d’enjoliveur de toit pour Mercedes. Elle tient sur 30 mètres de longueur à peine", explique fièrement Gino Zanuso, le directeur général de Silvatrim, au milieu de ses machines montées sur des coussins antivibrations.

Une main-d’œuvre qualifiée

1,18 milliard

C’est, en euros, le chiffre d’affaires de l’industrie manufacturière monégasque, qui compte 111 entreprises et emploie 3 166 salariés.

À quelques mètres de là, Conti, spécialiste de la machine à café professionnelle, a dû passer sa dernière poinçonneuse par la baie vitrée du troisième étage. Bruno Pariset, le PDG, estime que c’est sur l’usine que l’entreprise a fondé sa renaissance lors de sa reprise par les managers en 2010. "Nous sommes des ingénieurs, fous de machines et de process. Nous avons réintégré la marge en fabricant ici des pièces qui étaient sous-traitées et en numérisant les prototypes comme la production, c’est la clé de notre compétitivité."

Avant d’arriver au contrôle qualité où Claudio, un jeune opérateur prépare entre 500 et 700 cafés tests par jour, préalable au carrossage final des machines, le visiteur a eu le temps de constater que la société était loin d’être un simple concepteur-assemblier. Tours numériques, machines de découpe, postes de soudure semi-automatiques : la fabrication est complète. Les clients suivent, l’emploi aussi : 48 salariés en 2008, 80 aujourd’hui.

La main-d’œuvre, principalement française et italienne, est l’une des motivations des industriels monégasques pour s’accrocher au rocher. Chez Bettina, 80% des salariées viennent de la péninsule, distante de 20 km. "C’est un métier très technique, il faut au moins trois ans pour les former mais elles sont sérieuses et fidèles. On a eu la grand-mère, on a la mère, on aura la fille", résume Philippe Prud’homme. Les bas salaires ont un coût un peu supérieur à la France, mais la semaine est à 39 heures. Les salaires plus élevés sont, en revanche, plus intéressants pour l’employeur, les charges étant globalement plus faibles. Surtout, selon Jean-Franck Bussotti, le PDG de Safas qui fabrique des spectromètres, "il y a ici un esprit d’équipe et très peu de conflit au travail. L’administration fait tout pour vous simplifier la vie". Tout ça sous le soleil ! 

"Un environnement favorable"

Gino Zanuso, directeur général de Silvatrim, équipementier automobile qui réalise un chiffre d’affaires de 61 millions d’euros
  • Vous produisez des pièces automobiles à Monaco. Est-ce bien raisonnable ?

Nous avons spécialisé l’usine sur les pièces d’extrusion haut de gamme et avons monté un petit site en Tunisie pour des pièces meilleur marché. Nous bénéficions d’une prime industrielle du gouvernement pour faire face aux charges locatives et avons un environnement favorable avec BorgWarner et Mecaplast. Ce qui nous permet d’entretenir un petit réseau de sous-traitants et de services au sein d’un GIE.

  • Vous avez aussi un service de R & D. Les aides à la recherche qui existent en France ne vous manquent pas ?

Non, car nous avons à Monaco une sorte de crédit impôt recherche et des aides à l’innovation, qui sont d’ailleurs instruites par Oséo dans le cadre d’un partenariat. Nous avons aussi des aides au financement export inspirées de celles de la Coface.

  • Avez-vous des difficultés à trouver du personnel ?

Les salaires sont attractifs et les salariés fidèles. Nous employons environ 50% de Français et 30% d’Italiens. La plupart habitent en Provence – Alpes – Côte d’Azur ou juste de l’autre coté de la frontière italienne. 

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