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L'Usine Aéro

La DGA, nouvelle machine de guerre du ministère des Armées

Hassan Meddah ,

Publié le

Plus réactive dans la gestion des grands programmes, plus à l’écoute des armées, plus ouverte sur l’innovation civile, plus exigeante vis-à-vis des industriels de l’armement… Le ministère des armées engage une modernisation en profondeur de la direction générale de l’armement.

La DGA, nouvelle machine de guerre du ministère des Armées
La DGA pilote les programmes d’armement pour les armées tricolores, comme le programme de modernisation des chars Leclerc.
© Nexter

Florence Parly la ministre des Armées a présenté devant un parterre de députés et d’officiers généraux jeudi 5 juillet la réforme de la délégation générale de l’armement (DGA). Après le vote définitif de la loi de programmation militaire qui vise à porter les crédits de défense à 2% du PIB à l’horizon 2025, il s’agira de son chantier le plus critique à la réussite de son passage à l’Hôtel de Brienne.

Créée en 1961 de la volonté du Général De Gaulle pour lancer le programme de la dissuasion nucléaire, la DGA s’est imposée comme une véritable institution au cœur de l’écosystème de défense. Cette direction fait le lien entre le ministère des armées, les états-majors, les industriels de la défense, les acteurs de la recherche à vocation militaire. Ses missions sont essentielles : elle doit veiller à ce que les armées disposent des systèmes d’armes les plus efficaces, conduire les grands programmes d’armement, coordonner l’effort de R&D des industriels, soutenir les exportations…

Comme le reste du ministère, elle a payé son tribut aux réductions des effectifs militaires: la DGA compte 9 500 salariés contre 15 000 en 2007. Avec un budget d’achats de système d’armes de l’ordre de 11 milliards d’euros par an, elle s’impose comme le premier acheteur public de l’Etat français. La ministre Florence Parly a évoqué des pistes de réforme qui serviront de feuille de route pour le délégué général à l’armement Joël Barre.

1 - Gérer plus efficacement les grands programmes

La DGA doit être plus efficace dans son cœur de métier : la gestion des grands programmes. Experte en planification, elle pêche quand il s’agit d’adresser des besoins des armées à plus court terme et de moindre ampleur. Cela passe par une meilleure réactivé et l’adoption de procédures plus simple. Pour cela, la DGA doit renforcer ses compétences technologiques qu’elle a négligées au profit de compétences d’achat. Elle devra adapter ses méthodes en fonction de la complexité de chaque programme. Aujourd’hui, elle est critiquée car elle applique la même procédure, que ce soit pour un programme de sous-marins nucléaires ou un achat sur étagère d’un fusil d’assaut.

2 - Se rapprocher des armées

La collaboration insuffisante avec les armées s’est parfois révélée dommageable, aboutissant à du matériel mal adapté aux besoins des soldats ou trop complexe. Pire encore : en n’écoutant pas suffisamment les militaires, la DGA a raté le virage des drones armés et la France est contrainte d’acheter des équipements américains. Pour mettre fin au travail en silo, les équipes de la DGA et de l’état-major des armées travailleront sur un même plateau de projets. Leurs fiches techniques, aujourd’hui séparées, convergeront vers un document unique. Cela devrait permettre de définir en amont des spécifications au juste besoin.

3 - Etre plus exigeant vis à vis des industriels

Cette réforme doit être l’occasion de rééquilibrer les relations avec les industriels. Plus question de payer à n’importe quel prix comme par le passé. Les négociateurs de la DGA se retrouvent souvent en effet en tête à tête avec un fournisseur en situation de monopole. Pour s’assurer de payer le juste prix de ses équipements, des enquêtes de coûts a priori seront menées.

Par ailleurs, en cas de succès à l’exportation, les industriels devront participer aux coûts de développement de la technologie aujourd’hui largement supportés par la DGA. De telles dispositions sont prévues à l’occasion du lancement du programme du missile air-air de nouvelle génération, le MICA NG.

4 - Favoriser les coopérations internationales et l’export

Trop centrée sur les besoins des armées tricolores, la DGA devra s’ouvrir à la "grammaire" des équipements européens afin qu’ils soient capables d’interagir sur les théâtres d’opération. Le programme de système de combat aérien du futur, le SCAF, doit montrer l’exemple. La France et l’Allemagne ont d’abord signé un accord politique de haut niveau en édictant des règles claires : désigner une nation leader, imposer des développements technologiques souverains au niveau européen, s’accorder sur les règles d’exportation. Ils ont ensuite incité les industriels, même rivaux, à travailler ensemble comme Dassault Aviation et Airbus.

Les exportations d’armes sont critiques pour l’équilibre économique des industriels de la Défense. Pour favoriser ces exportations, la DGA devra sélectionner en amont les spécifications qui correspondent au besoin du marché au-delà des besoins nationaux.

5 - S’ouvrir à l’innovation civile

La DGA va abriter la nouvelle agence de l’innovation de défense. Son rôle : anticiper les technologies de rupture afin d’assurer la supériorité technologique des troupes. Cela passe par le décloisonnement de la recherche de défense et l’accès à l’innovation issue des acteurs du secteur civil : start-up et acteurs du numérique, PME innovantes, laboratoires de recherche... L’agence pilotera l’ensemble des financements de soutien à l’innovation (crédits des études amont, subvention RAPID, DefINvest…), soit environ 1 milliard d’euros par an.
 

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