La déprime des marchés de matières premières devrait durer, selon le Cyclope 2016

Trente ans après sa fondation par Philippe Chalmin, le cercle Cyclope publie son rapport annuel dans une conjoncture très proche de celle qui prévalait à sa naissance : des marchés de matières premières déprimés, "pour longtemps".

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La déprime des marchés de matières premières devrait durer, selon le Cyclope 2016

Cyclope aura couvert un cycle entier. Né en 1986 lors de la grande dépression des marchés de matières qui a suivi les chocs pétroliers des années 1970, ce regroupement d’experts a vécu le long déclin des commodités qui a duré jusqu’à 2005, puis le choc de la période 2006-2014 durant lequel le marché a connu son apogée avec le peak-oil, avant de retomber dans les profondeurs à partir de fin 2013.

Le plancher n’est pas forcément atteint

A-t-on, cette fois, atteint le point bas ? Philippe Chalmin n’est pas très optimiste : "Les planchers actuels vont-ils tenir ? La demande a continué à croître, mais moins vite qu’auparavant. Mais c’est du côté de l’offre que ça se joue. Après avoir cru que nous allions manquer de matières et échafaudé la théorie de la décroissance, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse", et oublier la finitude des matières.

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Surfant sur cette peur, les producteurs de pétrole, mais surtout de métaux se sont lancés dans une course aux volumes, persuadés qu’ils allaient sortir les plus mauvais acteurs du marché en réduisant leurs coûts. Un mouvement "accompagné par les financiers, les banquiers faisant preuve d’une certaine constance dans leur stupidité", assène Philippe Chalmin avec sa verve habituelle.

L’expert en matières premières est persuadé que "soit les planchers actuels peuvent être crevés", sortant du marché des producteurs qui, comme d’habitude, se sont révélés plus résilients que prévu, "soit nous allons y rester pour longtemps". Combien de temps ? "Une quinzaine d’années peut-être", ose Philippe Chalmin.

les marchés de matières premières se sont effondrés

"La chute a commencé dès 2013, avant même celle du pétrole. Et elle a touché toutes les commodités. Il serait plus facile de citer les quelques exceptions. Le produit qui s’est le mieux comporté en termes de prix, c’est le cacao. Les amandes ont également flambé, avant de se casser la figure récemment. Le lithium, enfin, est certainement la star des minerais et métaux", rappelle Philippe Chalmin.

En 2016, retour au nationalisme des ressources et à la volatilité

Les auteurs du rapport Cyclope rappellent qu’en 2016, plus personne ne parle de rareté. Néanmoins, sur certains marchés, il y a des interrogations sur l’accessibilité. "On assiste au renouveau des nationalismes des ressources, à la protection contre le grand méchant marché. On s’éloigne clairement d’une globalisation heureuse", explique Patrice Christmann, expert en ressources minérales au sein de la direction de la stratégie et de la recherche au BRGM. C’est particulièrement vrai sur le marché des petits métaux, dont beaucoup sont considérés comme critiques ou stratégiques, dont il a rédigé le chapitre du rapport Cyclope. "Mais il n’y a pas de problème d’épuisement, sauf peut-être sur l’antimoine."

2016 sera, sur ces métaux comme sur d’autres, l’année de l’exacerbation de la volatilité, affirme Yves Jégourel, maître de conférences à l’université de Bordeaux qui a supervisé les contenus "métaux" du Cyclope. "Des questions se posent sur la capacité des groupes à hedger cette situation." Moins agressive et moins généralement haussière peut-être, la spéculation sera selon lui pragmatique et cherchera des profits sur le court-terme.

Et demain, l’Inde ou l’Afrique ?

A plus long terme, il n’y a pas de consensus sur le prochain relais de croissance, dont la demande tirera les prix vers le haut dans un scénario à la chinoise. Si tous les regards se tournent vers l’Inde, le spécialiste qui a rédigé les pages indiennes du Cyclope est plus mitigé. "Ce serait oublier la philosophie de Gandhi, qui défend l’autonomie. L’Inde a peu d’impact sur les marchés mondiaux car elle fonctionne essentiellement en interne", rappelle Jean-Joseph Boillot, qui croit par contre beaucoup à "un marché combiné Afrique-Inde". Il ne faut pas non plus oublier que le grand projet de la Chine de redonner vie aux routes de la soie ne s’arrête pas à la Russie, mais relient aussi l’Afrique à l’Asie, facilitant le commerce entre ces deux continents. Mais "en Inde, il n’y aura pas de globalisation, pas d’ouverture ou elle restera marginale", affirme Jean-Joseph Boillot.

Malédiction des matières premières

A la fin des années 1980, le retour sur terre avait été difficile. C’est la grande période de l’endettement du tiers-monde. A nouveau cette année, "la chute des cours, surtout du pétrole et des métaux, a laissé ceux qui avaient été cigales totalement nus alors que l’hiver arrive", note Philippe Chalmin. Cela concerne nombre de pays africains comme l’Afrique du Sud, mais aussi le Venezuela, qui en est "la caricature absolue", et le Moyen-Orient. C’est aussi, note Philippe Chalmin, le danger qui guette la Nouvelle-Calédonie, dont les autorités continuent à croire que son avenir est étroitement lié au nickel. Bref, tous ceux qui ont cru en l’illusion des matières premières.

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Rares sont les pays - la Norvège, le Chili avec le cuivre et le Botswana avec le diamant, qui ont su préparer l’avenir. Même les fonds souverains ne tiendront pas très longtemps, au rythme où nous allons, selon le fondateur du Cyclope. La malédiction des matières premières reste une réalité.

Myrtille Delamarche

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