La décentralisation va-t-elle bénéficier aux entreprises ?

Avant le transfert de nouvelles compétences aux régions.

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OUI : NICOLAS FORISSIER,
député UMP de l'Indre, gérant de PME
" L'initiative locale sera favorisée "
" La décentralisation va simplifier non seulement la vie des citoyens mais aussi celle des entreprises. Elle va de pair avec la nécessaire modernisation de l'Etat, qui doit se concentrer sur ses missions essentielles, et permettra de ramener les décisions sur le terrain. Je suis moi-même chef d'entreprise - je dirige une imprimerie qui occupe dix-huit personnes -, maire d'une petite ville et président d'une communauté de communes. En tant que patron, j'ai besoin de décisions rapides, de proximité. Et en tant qu'élu, lorsque je veux développer une zone d'activité, je perds en efficacité à cause de la multiplication des structures administratives. Si on applique une décentralisation intelligente, on passera par une seule collectivité, et non plus par plusieurs. Je ne pense donc pas que la décentralisation risque de provoquer des doublons. L'un de ses objectifs est plutôt de réduire ceux qui existent déjà.
Le projet de loi d'habilitation des transferts de compétences doit être présenté d'ici à la fin du premier semestre 2003. A ce principe de transfert des compétences correspond aussi un transfert des moyens financiers. Cela manquait jusqu'à présent, c'était d'ailleurs une des faiblesses de la Loi de décentralisation de 1982. En apportant les moyens à l'échelle régionale, on gère mieux car on connaît avec précision les besoins locaux. Cela aura pour conséquence une baisse des prélèvements. Plus généralement, il faut que les collectivités soient en concurrence tout en étant encadrées. Le raisonnement sur l'attractivité à l'échelle mondiale vaut aussi pour les collectivités. En leur donnant plus de liberté, on favorisera l'initiative locale. "

NON : CHRISTIAN GAUDUEL,
président de la Chambre régionale de commerce et d'industrie Rhône-Alpes
" Il y a aussi des technocraties régionales"
Avec la décentralisation, les élus régionaux et locaux vont voir accroître leur pouvoir financier et de décision. Il dépendra d'eux de créer pour les entreprises un bon ou un mauvais environnement. Pour cela, il faudra qu'ils les consultent, qu'ils connaissent leurs attentes et leurs besoins. Le risque est en effet que les instances décentralisées définissent et mettent en oeuvre des politiques économiques sans les entreprises. Ce serait renouveler l'erreur de la réforme de 1982, qui a fait l'impasse sur la concertation. L'expérience montre que les pouvoirs publics, dont le réflexe naturel est de centraliser et de réglementer, à l'échelon local comme au niveau national, cèdent volontiers à la tentation de créer des organismes dont ils ignorent qu'ils existent déjà. La décentralisation entraînerait alors la création de doublons, avec le gâchis financier qu'ils impliquent. Le résultat serait paradoxal, au moment où tout le monde se plaint que l'Etat comporte un nombre excessif de niveaux de compétences.
Pourtant, il est tout à fait possible de respecter le principe de subsidiarité. Les entreprises ont des représentants sur le terrain : les instances locales du Medef et de le CGPME, les chambres de commerce et d'industrie, d'agriculture, des métiers. Certaines d'entre elles, comme les CCI, sont d'ailleurs des établissements publics. A plus d'un égard, elles sont des pionnières en matière de décentralisation. Que l'on fasse appel à leur expérience et à leur aptitude à innover !
Propos recueillis par Laurent Viel et Jean Meilhaud

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