La crise du nickel fait ses premières victimes

Plombés par la chute du cours du nickel (-40% en 2015), le brésilien Votorantim Metais et l’australien Queensland Nickel ont jeté l’éponge. Le premier a mis deux sites à l’arrêt au Brésil et le second s’est placé en liquidation judiciaire. En Nouvelle-Calédonie, Glencore, Vale et Eramet serrent les dents, mais tous ne survivront pas.

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Première coulée du nouveau four n°1 de Koniambo Nickel (SMSP - Glencore), au Nord de la Nouvelle-Calédonie. Photo Koniambo Nickel

Alors que le marché surveillait Glencore, qui envisage d’arrêter les frais à Koniambo, en Nouvelle-Calédonie, c’est au Brésil et en aval, chez les transformateurs, que la crise du nickel fait ses premières victimes.

Votorantim Metais, au Brésil, aura craqué le premier. Le groupe préfère se concentrer sur le ciment, plus rentable, et mettra à l’arrêt, en février, ses deux sites de Niquelandia (extraction et enrichissement) et Sao Miguel Paulista (métallurgie), en attendant que le marché redevienne plus favorable. L’opération détruit un millier d’emplois et retire du marché 25 000 tonnes de cathodes. Au même moment, un autre brésilien, Mirabela Nickel, annonce une baisse de production en 2016, de 16 000 à 12 500 tonnes de nickel contenu. La Chine, de son côté, s’est engagée à couper environ 80 000 tonnes mais les analystes restent sceptiques.

2016 : la baisse des prix continue malgré un léger déficit

Ces annonces ne suffiront pas à rééquilibrer le marché, en grave surcapacité avec des stocks au plus haut en 2015. Le plongeon du cours du nickel (8100 dollars la tonne, -41% en 2015), à son plus bas niveau depuis 2003, pourrait continuer en 2016, avec des prévisions de cours échelonnées entre 7500 et 7800 dollars la tonne.

Les experts prévoient pourtant un léger déficit sur le marché mondial en 2016, compris entre 10 000 et 30 000 tonnes qui réduira quelque peu les stocks. Norilsk Nickel, l’un des premiers producteurs mondiaux, estime que la production doit être réduite de 30% pour que le secteur renoue avec les marges.

A qui le tour ?

Les prochaines victimes de cette crise du nickel se trouvent peut-être en Australie. Le site de Savannah, opéré par Panoramic Resources (8726 tonnes de concentrés), y entrera en phase de maintenance en avril, pour "préserver la valeur du minerai restant". Mais les yeux des minières calédoniennes sont rivés sur Queensland Nickel, qui s’est placé en liquidation judiciaire et cherche un repreneur. QNI possède la raffinerie de Yabulu à Townsville, qui consomme la quasi-totalité du minerai de latérite (à plus faible teneur que la garniérite) calédonienne. Pour l’instant, l’activité continue à Yabulu, mais nul ne sait pour combien de temps.

Après les capacités de raffinage, il va falloir fermer des mines et des usines de première transformation. Les analystes de Morgan Stanley estiment que, dans le nickel, 70% des opérations ne sont plus rentables. La banque relève que la fermeture de l’une des usines calédoniennes fortement déficitaires, celle du brésilien Vale (usine du Sud) ou celle de Koniambo (usine du Nord), permettrait de rééquilibrer le marché. Le site de Goro, opéré par Vale, fait aussi partie des cinq listés comme pouvant être amenés à fermer dans une note récente du Crédit Suisse.

Sursis pour Koniambo Nickel

Mais la fermeture de Koniambo Nickel (51% Société minière du Sud-Pacifique, 49% Glencore) en Nouvelle-Calédonie, sérieusement envisagée par le président de Glencore Ivan Glasenberg, n’est pas (encore) à l’ordre du jour. Ce dernier avait déclaré en décembre que le groupe avait accepté de réinvestir (à hauteur de 60 millions de dollars) pour modifier le four, mal conçu, de l’usine du Nord, mais que si celui-ci ne fonctionnait pas, il s’en irait, précisant que Glencore n’avait pas vocation à "brûler du cash". Le renoncement reste difficile, l'usine ayant déjà coûté 7 milliards de dollars.

Une chose est certaine, au prix actuel du nickel, Koniambo Nickel n’est pas rentable. La perte sur chaque tonne de nickel qui sort y est plus importante qu'à Goro (Vale) et qu'à la SLN. A grand renfort d’économies, la filiale d’Eramet tente de résister le temps nécessaire pour que ses concurrents renoncent avant elle.

Myrtille Delamarche

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