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Quotidien des Usines

La crise du lait en dix questions

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Publié le

Après plusieurs jours de conflit, les industriels du lait ont répondu favorablement à l’ultimatum lancé par les producteurs de lait et sont revenus à la table des négociations le 12 août. L’occasion pour usinenouvelle.com de revenir sur ce conflit et ses implications.

La crise du lait en dix questions © © Bernard Martinez

Quelle est l’origine du conflit entre industriels et producteurs ?

Tout repose sur des difficultés à définir les indicateurs permettant de fixer les prix du lait. Selon un accord signé entre toutes les parties le 3 juin 2009, ces indicateurs doivent être définis chaque trimestre par l’ensemble des acteurs.

Quels sont les indicateurs en question ?

En mars 2010, industriels et producteurs s’étaient mis d’accord sur cinq indicateurs destinés à définir le prix du lait chaque trimestre.
-    La valorisation des produits laitiers sur le marché
-    Les prix de grande consommation en France
-    Les prix de grande consommation à l’export
-    Les coûts de production
-    L’écart des prix entre la France et l’Allemagne

Quel indicateur pose problème ?

Essentiellement, le problème de compétitivité entre la France et l’Allemagne. En effet, partant des cours européens du lait et principalement d’un des plus gros pays producteurs de lait, l’Allemagne, les industriels ont proposé un prix de 310 euros pour 1000 litres produits. Un tarif inférieur à ce que  réclamaient les producteurs (330 euros), se fondant eux sur les cours mondiaux du lait.

Pourquoi le prix du lait en Allemagne est-il plus compétitif ?

En 2009, le prix du lait français a été environ 35 euros (pour 1000 litres) supérieur au prix allemand. Cet écart s’explique par la structure même des productions de lait en Allemagne, par rapport à la France. « Là-bas, les exploitations sont plus grandes et permettent de réaliser plus d’économies d’échelle, a confié Benoît Labouille, directeur général d'Offre et Demande, société de conseils et d'analyses des marchés, sur Easybourse.  Sans compter que les charges salariales sont plus légères et la fiscalité plus avantageuse ».

Comment le prix du lait était-il fixé auparavant ?

Dans l’ancien système en place jusqu’en mai 2008, les prix étaient fixés lors d’une négociation trimestrielle au sein du centre national interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel), qui rassemble les trois familles du secteur (producteurs, industriels et coopératives). Les discussions aboutissaient sur une recommandation nationale, sorte de ligne de conduite pour définir les prix selon chaque type de produit laitier.
Mais en mai 2008, la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) a réclamé l’arrêt de ce système pour entrave à la concurrence. Mais aucune autre mesure n’a été proposée en lieu et place.


Sous quelles formes les producteurs de lait ont-ils manifesté leur mécontentement ?

Depuis fin juillet, les producteurs de lait ont mené des opérations coup de poing visant à étiqueter les produits des industriels qui ne respectent pas l’accord du 3 juin 2009 selon eux. Des stickers indiquant le juste prix (selon les producteurs) ont été déposés sur les boîtes de Vache qui rit (groupe Bel), de camembert Président (groupe Lactalis) ou de Caprice des Dieux (Bongrain). Selon la FNSEA, environ les producteurs de lait d’environ 60 départements se sont mobilisés et ont appelé au boycott de ces produits.

Où en sont les négociations ?


Le 12 août, après plusieurs jours de campagne de boycott menée par les producteurs de lait contre les produits des industriels, les discussions ont repris. Les industriels ont lâché du lest et se sont engagés dans les négociations.
-    Le groupe Bel s’est engagé sur un prix de 301 euros pour 1000 litres pour l’année 2010 (soit une hausse de 10% par rapport à 2009).
-    Le groupe Lactalis a donné son accord sous condition pour une hausse de 10% aussi
-    Chez Bongrain, on confirme l’adhésion à l’accord du 3 juin 2009 et évoque des hausses de 12% sur le prix du lait pour les mois de juillet et d’août. Pour le reste, il faudra attendre les négociations prévues la semaine prochaine.
-    Les deux coopératives impliquées, Sodiaal et Laïta,  ne s’engagent pas. « Dans les coopératives, il faut le mandat des administrateurs pour prendre une décision. Lors des négociations du 12 août, nous n’avions pas encore cet avis », explique-t-on chez Sodiaal, même si on se dit ouvert au dialogue.

Autant d’annonces de la part des industriels, qui ont conduit les producteurs de lait à suspendre leurs opérations de boycott des marques, au moins jusqu’à la semaine prochaine, date d’une nouvelle rencontre. 

Pourquoi une nouvelle rencontre entre industriels et producteurs ?

« La réunion de la semaine prochaine portera sur la fixation des prix pour les 3ème et 4ème trimestres 2010, mais aussi sur la volonté de trouver un bon système évitant de tomber chaque trimestre dans la spirale infernale », explique-t-on chez Sodiaal. Pour le groupe Lactalis, les négociations du 12 août n'ont satisfait personne, d'où l'utilité de tenir une nouvelle réunion la semaine prochaine. « Les producteurs voulaient plus et nous nous voulions des engagements plus fermes sur la compétitivité avec l’Allemagne pour 2011 et les années suivantes », explique-t-on.

Quelle est la position du gouvernement dans ce conflit ?

Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, avait expliqué le 4 août sur RTL qu’il souhaitait que les producteurs soient correctement rémunérés. Avant les négociations du 12 août, il est de nouveau intervenu en insistant pour qu’un accord soit trouvé dans la journée, avant de se satisfaire des avancées le soir même. Plus globalement, le ministre a annoncé qu’il présentera à la rentrée de septembre un plan de développement pour aider les filières lait et élevage. « Mais ce plan ne pourra être lancé que si un accord sur les prix a été trouvé », a-t-il précisé à Ouest France.

Et le consommateur, que va-t-il payer dans tout cela ?

Une fois le produit transformé par les industriels, il est vendu aux distributeurs qui ont des charges salariales et fiscales. Le consommateur paye donc le produit fini pour un prix comprenant le prix de la matière première, les marges brutes des différents acteurs (elle varie selon le type de produit) et le coût de la TVA. Alain Bazot, président de l’association de consommateurs UFC Que choisir, craint de voir les prix consommateurs augmenter aussi : « Je vois d'un mauvais oeil qu'on se polarise sur le prix payé au producteur et qu'ensuite ce soit un bon alibi pour augmenter le prix au consommateur ».
 

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