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L'Usine Aéro

"Notre compétitivité technologique repose sur une approche plus sélective", estime Florence Parly, la ministre des Armées

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Publié le , mis à jour le 01/06/2018 À 09H25

Entretien Florence Parly, la ministre des Armées, veut accélérer la transformation numérique de la défense nationale grâce à la future agence de l’innovation. Elle s'est confiée à L'Usine Nouvelle lors d'un entretien exclusif.

Notre compétitivité technologique repose sur une approche plus sélective, estime Florence Parly, la ministre des Armées © Dahmane pour L'Usine Nouvelle

Pourquoi faire de l’innovation un chantier prioritaire du ministère des Armées ?

Dans un contexte où les conflits se durcissent, il faut absolument préserver la supériorité technologique acquise par nos armées. La course au réarmement est enclenchée. Il n’y a qu’à voir la hausse significative des budgets militaires dans le monde. Par ailleurs, des technologies extrêmement avancées et sophistiquées qui étaient il y a cinquante ans l’apanage de quelques très rares nations, comme les ­avions de chasse de très hautes performances, se diffusent largement. À l’autre bout du spectre, il est désormais possible, avec peu d’argent et des savoir-faire disponibles dans le grand public, de transformer un équipement que l’on peut trouver dans le commerce en une arme de guerre ou en un instrument de mort. Notre effort soutenu en matière de recherche et de technologies tient compte de ce contexte.

Vous avez annoncé la création d’une nouvelle agence de l’innovation. Quelle sera sa mission ?

L’innovation dans le domaine de la défense a été pendant des décennies le fait de très grandes entreprises qui ­constituent notre base industrielle et technologique de défense. Aujourd’hui, nous sommes convaincus que celles-ci doivent absolument interagir avec d’autres entités : start-up, laboratoires, PME… Le gouvernement accentue également ses efforts en matière d’innovation, notamment en réunissant un niveau plus élevé de financement dans le cadre du fond pour l’innovation. Tous ces acteurs sont porteurs d’innovations qui peuvent bénéficier aussi bien au secteur civil que militaire et qui sont caractérisées par des cycles très courts, alors que la défense est plus ­classiquement habituée à une innovation qui s’inscrit dans des cycles longs.

La nouvelle agence de l’innovation aura donc pour mission d’organiser les échanges avec cet ­écosystème de l’innovation, qui est plutôt civil. Ce sera un accélérateur au profit de technologies utiles au monde ­militaire et de la défense. Cette agence aura également pour mission de piloter l’ensemble du processus et les différents acteurs qui contribuent à l’innovation au sein du ministère et qui sont disséminés. Les programmes et les outils de soutien à l’innovation sont eux-mêmes très divers, les guichets sont multiples. Il y a un réel travail de simplification et d’orientation vers un guichet unique avec des interlocuteurs uniques.

Pourquoi ne pas confier cette mission à la Délégation générale de l’armement (DGA) ?

On ne crée pas un concurrent de la DGA. L’agence sera logée au cœur de la DGA. Il y avait un réel besoin de rassembler en un point unique l’ensemble des compétences liées à l’innovation. Cette nouvelle agence permettra de mieux identifier tous ceux dont les innovations peuvent bénéficier à notre défense, mais qui n’étaient nécessairement les interlocuteurs de la DGA, de simplifier l’accès aux différents dispositifs de soutien à l’innovation et de les piloter.

La Darpa, l’agence de l’innovation du département de la défense américaine, est-elle l’exemple à suivre ?

Nous avons rencontré nos homologues américains en octobre. La Darpa est une structure efficace qui rassemble un panel de compétences absolument extraordinaire. En ce sens, c’est un exemple. Il y a aussi une grande différence qui tient aux moyens dont elle dispose (3 milliards de dollars par an) au sein d’un budget militaire américain de plus de 600 milliards de dollars. Avec une loi de programmation militaire qui consent un exceptionnel et historique investissement de 295 milliards d’euros sur les prochaines années en faveur de notre défense, nous ne sommes pas dans les mêmes échelles budgétaires, ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas sur la même échelle de performances technologiques, et c’est bien là l’essentiel.

Notre compétitivité technologique repose sur une approche plus sélective. Nous ne poussons pas quinze solutions en parallèle en nous disant qu’il y en aura bien une ou deux qui sortiront du chapeau. Nous tentons d’identifier le plus en amont possible les technologies qui feront la différence. Ce qui étonne les Américains, c’est qu’avec les moyens qui sont les nôtres, nous puissions atteindre un niveau d’excellence technologique comparable au leur. Nous n’avons donc pas à rougir de ce que nous faisons. Nous le faisons d’une façon efficace. Et bientôt nous changerons de dimension avec la montée en puissance du Fonds européen de défense, qui mobilisera 13 milliards d’euros sur le prochain budget de l’Union européenne et concernera de nombreux projets liés à l’innovation.

Quel sera le budget de cette nouvelle agence ?

L’agence sera financée grâce aux budgets prévus dans la loi de programmation militaire. Elle s’appuiera sur des outils connus : les études amont, les études des programmes structurants au cours des sept prochaines années, les financements consacrés au domaine cyber (1,6 milliard d’euros). Le montant des études amont va passer de 730 millions en 2018 à 1 milliard d’euros à compter de 2022, soit une progression de plus d’un tiers.

Comment attirer les talents de l’écosystème civil ?

C’est un véritable défi dans le domaine de l’innovation, mais également du cyber et du renseignement. À ce stade, je ne suis pas inquiète quant à notre capacité à attirer les talents et les cerveaux car les missions et les responsabilités que nous offrons sont attractives. En revanche, le défi auquel nous sommes confrontés, c’est celui de la fidélisation. Le ministère ne peut pas s’aligner sur les rémunérations ­proposées par le secteur privé notamment pour les ­professionnels expérimentés. À nous de veiller au bon équilibre entre les jeunes gens formés aux meilleures technologies et les plus expérimentés.

Quelles sont les priorités technologiques des armées ?

La loi de programmation militaire consacre des moyens aux études sur des programmes structurants majeurs pour les quinze prochaines années : le système de combat aérien du futur, le prochain porte-avions, le char de combat du futur… Elle prend également en compte l’émergence de nouveaux espaces de confrontation comme le cyberespace et l’espace exoatmosphérique. Nous renouvellerons d’ailleurs l’ensemble de nos capacités spatiales d’ici à 2025. Le numérique est aussi une priorité majeure. Le ministère a déjà beaucoup investi dans les systèmes d’information et de communication. Nous accédons maintenant à une nouvelle étape, celle de la donnée, au profit des forces, mais aussi de l’administration de notre ministère. L’intelligence artificielle (IA) va nous permettre non seulement un traitement des données en grande masse, mais aussi un traitement intelligent de ces données, avec des machines qui vont pouvoir apprendre de l’environnement dans lequel elles se situent.

Avec l’avènement de l’IA, quel sera encore le rôle du soldat ?

Je voudrais couper court à une polémique. L’IA ne veut pas dire que l’on va renoncer à l’intervention humaine dans l’utilisation de nos systèmes d’armes. Nous n’avons pas le projet ni de concevoir ni de fabriquer des robots tueurs ou des armes létales dont l’utilisation serait entièrement dans les mains de machines. L’IA sera d’autant plus efficace qu’elle restera sous contrôle humain. Nous avons récemment décidé d’armer les drones, ce qui ne signifie pas que l’on renonce à l’intervention humaine. De la même manière, des personnels prendront des décisions d’utilisation ou pas de ces technologies. En parallèle du travail sur les technologies, nous avons un travail à conduire sur leur utilisation et une réflexion éthique devra être conduite. Avec l’IA, l’homme sera toujours dans la boucle, mais sa place doit être réinventée.

Les coopérations européennes sont-elles aussi une opportunité pour faire avancer l’innovation de défense ?

Ce qui est en jeu, c’est la souveraineté européenne. Si chaque État développe ses propres programmes de façon isolée, nous ne parviendrons pas à pérenniser une industrie de défense performante à l’échelle de l’Europe. Les nouveaux budgets consacrés par l’Union européenne à la défense devront être exploités au mieux. Les pays qui ont été partenaires de programmes en coopération comme l’A 400M ont à cœur de tirer les leçons de ce qui s’est passé auparavant. La notion de retour industriel n’est probablement pas la bonne approche. Elle ne permet de garantir ni le respect des délais ni celui des budgets. Pour le système aérien de combat du futur, nous avons adopté une autre méthode avec l’Allemagne. Nous avons commencé par définir ce que ce système de combat devra faire avant de se partager la charge industrielle du programme. L’étape suivante sera d’ouvrir cette coopération à d’autres partenaires. 

 

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