L'Usine Energie

La Cour des comptes alourdit la facture nucléaire de 20 % 

Ludovic Dupin , , ,

Publié le

Les travaux d’EDF en vue de prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires gonflent le prix du mégawattheure produit en France. La preuve avec le rapport de la Cour des comptes.

La Cour des comptes alourdit la facture nucléaire de 20 % © ClicGauche - Wikipedia - C.C.

A la demande de la Commission d’enquête parlementaire sur le nucléaire, la Cour des comptes a procédé à la mise à jour de son rapport référence sur les coûts de la filière nucléaire française publié en janvier 2012. Dans sa nouvelle version, rendue publique ce mardi 27 mai, la haute juridiction gonfle sérieusement le prix du mégawattheure nucléaire. Entre 2010 et 2013, le coût du MWh a crû de 20,6% passant de 49,6 euros à 59,8 euros.

La Cour des comptes mesure qu’EDF est soumis à une forte croissance des dépenses d’exploitation de ses centrales nucléaires. Le rapport de 200 pages pointe du doigt l’achat de combustibles, les impôts et la maintenance. "La réalisation du projet industriel d’EDF sur le parc existant pour permettre le prolongement de sa durée de fonctionnement nécessite une augmentation des dépenses d’achats et de logistique ainsi qu’une forte évolution des effectifs pour renouveler les compétences et permettre l’accélération du programme de maintenance. Elle explique en partie la forte évolution des coûts d’exploitation".

Le coût du grand carénage

En effet, le programme de grand carénage, qui vise à prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires au-delà des 40 ans, demande à EDF d’investir 55 milliards d’euros d’ici 2025 (en comptant des mesures de sureté post-Fukushima). Même si les autorisations de l’Autorité de sureté nucléaire et de l’Etat ne sont pas encore obtenues, l’électricien historique a anticipé certains travaux comme le remplacement des générateurs de vapeur. Ainsi, les investissements annuels de maintenance sont passés de 1,75 milliard d'euros en 2010 à 3,8 milliards en 2013.

Si la prolongation de la durée de vie des réacteurs était garantie jusqu’à 50 ans, la Cour des comptes juge que nucléaire devrait atteindre 62 euros/MWh sur la période 2011-2025. L’atome demeurerait la source d’électricité la plus compétitive, en dehors de l’hydroélectricité, mais l’écart se réduirait avec les centrales thermiques et les éoliennes à terre. En revanche, en cas de non prolongation, une large partie des investissements ne sera pas réalisée et le coût à venir sera incertain.

Urgent de se décider

Quoi qu’il en soit, la Cour des comptes appelle à "prendre rapidement position dans le cadre de la fixation des orientations de la politique énergétique à moyen terme, sur le prolongement de la durée d'exploitation des réacteurs au-delà de quarante ans". En janvier 2012, lors de la remise de la première version de ce rapport, le président Didier Migaud estimait alors que l’absence de décision revenait à valider la prolongation des réacteurs. 

En effet, plus on attend, plus les délais sont insuffisants pour mettre en place, à un coût supportable, un outil industriel afin de compenser la fermeture de plus de 40 réacteurs nucléaires qui atteindront 40 ans entre 2020 et 2030. La loi de transition énergétique qui devrait être présentée en conseil des ministres en juillet prochain devrait apporter une réponse sur le choix français.

Ludovic Dupin

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