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L'Usine Santé

La cosmétique s'adapte (enfin) aux nuances de teint

Publié le

Enquête Depuis quelques mois, les marques de cosmétiques mettent au point de nouvelles formulations pour des produits adaptés aux peaux mates et noires.

La cosmétique s'adapte (enfin) aux nuances de teint
Fenty Beauty, une marque lancée par la chanteuse Rihanna, propose une palette de maquillage pour peaux foncées.

Il y a un an, le lancement de Fenty Beauty, la marque de cosmétiques de Rihanna a fait l’effet d’un électrochoc dans le secteur de la beauté. La chanteuse originaire de la Barbade proposait 40 teintes de fond de teint adaptées aux peaux foncées. Distribuée chez Sephora, la marque a rapidement fait des émules, jusque dans les maisons de luxe comme Dior.

Le géant français lançait en juin sa gamme Backstage, comprenant elle aussi 40 teintes. "Fenty Beauty, c’est la concrétisation d’une vague de fond que l’on voit arriver depuis longtemps. Lancôme, Dior, Nars, Bobbi Brown…, tout le monde a décidé d’investir sur ce marché en proposant des produits qui répondent aux attentes de la clientèle", explique Monique Karouni, la responsable du développement de Diouda, un site proposant des produits pour peaux noires et métissées.

Mettre au point ces nouvelles teintes n’a pas été aisé pour toutes ces marques. Longtemps, les produits pour femmes noires ont été inadaptés. "Je me souviens de certaines femmes politiques dont le fond de teint avait viré au bout de deux heures d’entretien. Les producteurs de cosmétiques pensaient qu’il suffisait d’ajouter du foncé à une formulation pour les Caucasiennes. Ce n’est pas le cas." Si le bon équilibre a été difficile à trouver pour les professionnels de la beauté, c’est parce que la nature même de la peau est différente. "Les peaux foncées sont plus sensibles. Elles sécrètent aussi davantage de sébum, notamment sur la zone T [la partie médiane du visage, ndlr]. Elles sont très mixtes et la couleur du teint est parfois irrégulière, avec des zones hyperpigmentées qu’il faut réussir à masquer. Enfin, elles ont tendance à absorber les couleurs", explique Alexandra Breit, la porte-parole de Black Up, spécialisée en cosmétiques pour peaux mates et foncées.

Difficile pour les géants des cosmétiques de dévoiler les innovations de leurs formules sans révéler leurs recettes secrètes. Black Up a cependant accepté de nous dire quels éléments entrent en jeu dans une composition adaptée. Le premier paramètre sur lequel jouer est l’hydratation. Pour des peaux sèches qui sécrètent beaucoup de sébum, le produit doit comporter des actifs nourrissants. "Pour hydrater les peaux grasses, nous nous appuyons sur des actifs non comédogènes [qui ne favorisent pas l’apparition de boutons, ndlr]", rapporte Alexandra Breit. Exit les huiles minérales issues de la pétrochimie, mais aussi certaines huiles végétales, comme l’huile d’avocat ou d’amande douce. La deuxième variable importante est la couvrance. "Les fonds de teint doivent être très matifiants, donc contenir des pigments plus intenses ou en quantité supérieure. Pour maintenir la stabilité chimique de nos formulations, nous utilisons, selon les gammes, des solvants plus ou moins volatiles [qui permettent de dissoudre d’autres substances présentes dans le produit et aident à le conserver, ndlr]", détaille la porte-parole de Black Up.

Une formule opacifiante et stable

D’autres substances ont été rayées de la liste des ingrédients, comme le dioxyde de titane, traditionnellement utilisé pour ses propriétés opacifiantes. "Il remontait à la surface de beaucoup de fonds de teint, ce qui créait une sorte de masque verdâtre sur la personne qui le porte", précise Monique Karouni. Reste à trouver les bonnes nuances. Pour adapter la composition de ses produits, Black Up a fait appel à une "make-up artist". Ensemble, ils ont identifié six phototypes différents. Un moyen de classer les types de peaux selon leur réaction au soleil. "Doré, cuivré… L’échelle de carnation que nous avons établie nous aide à concevoir nos produits", confie Alexandra Breit.

En plus de cette maquilleuse professionnelle, un panel de consommatrices teste les produits et donne ses impressions à l’équipe de R & D pour ajuster les mélanges. L’idée étant de recréer des teintes les plus réalistes possible. "Pour un même niveau chromatique, chaque couleur possède un ”undertone” [arrière-fond, ndlr]. Il peut être cuivré, rouge et même bleu, souligne Monique Karouni. Il existe des teintes particulières, comme celles des femmes antillaises avec des origines caribéennes, qui comportent un arrière-fond jaune très particulier. Il est difficile de les reproduire." La marque envoie ensuite ses formulations dans des laboratoires partenaires, en France et en Europe, où elle sous-traite sa production.

Une innovation certes compliquée, mais largement profitable aux entreprises qui se sont lancées sur ce créneau, comme l’explique Lionel Durand, le directeur général de Black Up. "Les fonds de teint représentent 60 % de notre chiffre d’affaires, loin devant le maquillage pour les yeux, à 18 %, et celui pour les lèvres, à 16 %."

Le business du fond de teint

- Premier segment de maquillage en France en termes de ventes
- 80 millions de dollars C’est le chiffre d’affaires atteint par Fenty Beauty en un an
- 60 % du chiffre d’affaires de Black Up résulte des fonds de teint

Sources : NPD Group ; Business of fashion ; Black Up

 

Algorithmes, partenaires particuliers

Auparavant, pour choisir son fond de teint, il fallait avoir l’œil… et un peu de chance pour tomber juste. Aujourd’hui, les algorithmes couvrent un éventail de nuances très claires à très foncées. Au printemps, Lancôme a lancé Le teint particulier, une innovation brevetée qui permet de fournir à chaque client la teinte la plus adaptée grâce à un scanner pas plus grand qu’un téléphone portable. "Ce colorimètre mesure la couleur de la peau à trois endroits du visage. Il peut reconnaître 20 000 teintes", explique German Moyano, le directeur international de la formation maquillage chez Lancôme. Un premier algorithme calcule le fond de teint idéal, puis un second en définit la composition. "Grâce au travail d’opticiens et de mathématiciens, il est possible de déterminer le nombre nécessaire de pigments jaunes, noirs ou blancs. Au-delà des compositions chimiques, une expertise en physique a également été nécessaire, puisque nous avons travaillé sur la propagation de la lumière et son influence sur le résultat final", souligne Johan Aubert, directeur des méthodes et techniques d’innovation chez L’Oréal. Grâce à un premier échantillon mélangé en une vingtaine de minutes, le client peut tester sa couleur et l’adapter si besoin. Le degré de couvrance et le niveau d’hydratation peuvent aussi être ajustés. Au total, 72 000 combinaisons sont possibles.

 

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