La COP21 : alimentée par le nucléaire, les renouvelables … et un peu de charbon

Le géant français de l'énergie EDF est partenaire de la COP21, la conférence sur le climat qui a débuté cette semaine à Paris. C’est lui qui alimente en électricité le site de l'évènement, au Bourget. Une électricité très faiblement carbonée, mais qui n’est pourtant pas 100 % propre.

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La COP21 : alimentée par le nucléaire, les renouvelables … et un peu de charbon

Quel bilan carbone va-t-on tirer de la COP21, la conférence internationale qui réunit actuellement au Bourget (Seine-Saint-Denis) les gouvernements du monde entier pour lutter contre le réchauffement climatique ? Les commentaires vont bon train pour critiquer l’empreinte carbone de l’événement, dont l’ambition est justement de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le bilan total, évidemment, est dur à évaluer en réalité, surtout si sont pris en compte les déplacements des chefs d’état du monde entier. Pour ce qui est de celui lié à l’alimentation en électricité, il est en revanche plus facile de se faire une idée. C’est EDF en effet qui fournit en électricité l’événement international. Il suffit alors d’avoir une estimation précise du mix énergétique d’EDF pour évaluer le bilan carbone de l’électricité fournie au Bourget.

Lors d’une conférence de presse tenue le 13 octobre, EDF faisait le point. « Nous avons émis 17 grammes de CO2 par kilowattheure en 2014 et nous prévoyons d'être en dessous en 2015, c'est vingt fois moins que la moyenne européenne, se félicitait Claude Nahon, directrice du développement durable du groupe. Nous avons la chance d'être dans un pays exemplaire. L'intensité carbone de la France s'établit à 0,15 tonne de CO2 par unité de PIB, contre 0,36 tonnes aux Etats-Unis et 0,24 tonnes en Allemagne ». Ces chiffres valent pour le CO2 émis lors de la production elle-même, et ne tiennent pas compte du CO2 émis pour la construction des outils de production, leur maintenance, bref : les émission sur l'ensemble du cycle de vie.

Toutefois même en tenant compte de ces postes d’émissions, le nucléaire affiche un bilan de 15 g de CO2 par kWh produits contre 1 024 g de CO2/kWh pour le charbon. L’énergie photovoltaïque affiche un bilan de 49 g de CO2/kWh, et l’éolien de 16 g de CO2/kWh, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) (Report Nuclear Power and Climate Change, 2014, Median). Ce n’est pas pour rien que le nucléaire est reconnu par le GIEC comme une solution au réchauffement climatique. Et qu’il est représenté à la Galerie des Solutions pour le climat, une exposition qui, en parallèle et juste à côté des négociations internationales, présente des solutions technologiques innovantes contre le réchauffement climatique.

Deux centrales à charbon en France

Grâce au nucléaire et aux renouvelables, Claude Nahon garanti donc que 98 % de la production électrique d'EDF est sans émissions de CO2. D’où viennent donc les 2 % d’électricité pendant la production desquels du CO2 est émis ? Du charbon, car il y a encore deux centrales thermiques en France, au Havre (Seine-Maritime) et à Cordemais (Loire-Atlantique), qui produisent chacune 800 à 1 000 grammes de CO2 par kilowattheure. Ainsi que du fioul, et du gaz. Et si EDF n’a pas d’autre projet dans le charbon en France, il se refuse de fermer celles qui restent. « Nous ne pouvons pas fermer nos deux dernières centrales charbon en France », a expliqué Claude Nahon. « Nous serions accusés de faire monter les prix et de faire de la rétention de capacité ». Enfin, ces chiffres sont à prendre avec des pincettees. Sur le site Internet d'EDF est indiqué que pour 2014, un kwh fourni correspond à 28,2 grammes de CO2 (mais cela comprend cette fois l'ensemble du cycle de vie). Tandis que gaz, charbon et fioul, soit les énergies carbonnées, correspondent à 3,9 % de la production.

En dehors des frontières françaises, EDF possède en outre une dizaine de centrales à charbon, en Pologne, en Italie, en Belgique et aux Royaume-Uni. « Une revue stratégique de l'ensemble des actifs fossiles d'EDF en Europe continentale est en cours », avait précisé Claude Nahon. « Elle devrait prendre fin en 2016, nous ne pouvons pas affirmer qu'il y aura des fermetures pour le moment ». En Chine, l’électricien exploite 5 centrales à charbon et en construit une autre qui sera livrée en 2016. Il continue d’investir dans la technologie en Asie.

Plus globalement, EDF a cependant réduit de 3 000 mégawatts sa production d'électricité à base de charbon entre 2013 et 2015, en fermant ses dix unités de production au charbon les plus vétustes, en modernisant les plus récentes, et en mettant en place des cycles combinés gaz et des turbines à combustion.

Doubler la production d’énergie renouvelable d’ici 2030

Malgré le fait qu’il a du mal à lâcher définitivement le charbon, EDF s’appuie bien principalement sur le nucléaire, qui représente 82,2 % de son mix énergétique en 2014. L’hydraulique représente 7,9 % et les autres renouvelables 5,7 %, soit un total pour les énergies renouvelables de 13,6 % (sources : EDF). L’électricien exploite notamment un peu plus d’1 GW d’éolien en France, ou encore 430 ouvrages hydrauliques. In fine, le charbon représente quant à lui 1,6 % de la production d’EDF, avec ces deux fameuses centrales.

Le discours de l’électricien ne varie pas : il croit au nucléaire comme la base indispensable pour développer les énergies renouvelables, les deux sources étant complémentaires. « Le message est mathématiquement faux mais politiquement fort, a expliqué Antoine Cahuzac, le directeur du Pôle Energies Renouvelables d’EDF, dans une autre conférence de presse, le 26 novembre, le but d’EDF est d’être 100 % nucléaire et 100 % renouvelable ».

C’est donc grâce au nucléaire qu’EDF entend réussir la transition énergétique, tout en développant les énergies vertes. Le premier opérateur des énergies renouvelable en Europe veut faire passer la production de celles-ci de 28 à plus de 50 gigawatts, soit quasiment la doubler. EDF l’a affirmé pour son objectif stratégique CAP 2030, il veut être le "champion de la croissance bas carbone". Par ailleurs, le groupe s’est engagé à compenser les résidus d'émissions via des mécanismes de compensation carbone, et plaide depuis longtemps pour un prix du carbone élevé. En termes d’investissements, « Un tiers de nos investissements bruts sont pour les énergies renouvelables, a rappelé Claude Nahon le 13 octobre. C'est plus que pour le nucléaire ». L'électricien a récemment levé une obligation verte de 1,25 milliard de dollars pour financer des projets liés aux énergies renouvelables. « L’attente de croissance de la demande en électricité est de 30 % d’ici 2040 », a affirmé quant à lui Antoine Cahuzac. « Les énergies renouvelables représenteront 60 % de ces nouvelles capacités d’ici 10 à 15 ans ».

Enfin, en termes de R&D, l’électricien accorde un peu plus de 10 % de son budget aux énergies renouvelables, soit 70 millions d’euros, principalement dans le photovoltaïque et le stockage d’énergies, sur 650 millions d’euros au total. « C’est dans le photovoltaïque et les batteries que les ruptures technologiques sont attendues », a expliqué Antoine Cahuzac. Des ruptures technologiques nécessaires selon lui, si l'on veut descendre la part du nucléaire à 50 % en France, quant aujourd'hui, « au delà de 30 à 35 %, l'intégration des énergies renouvelables intermittentes est compliquée ».

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