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"La conjoncture incite à rester prudent sur l'évolution du marché des céréales", prévient Renaud de Kerpoisson (ODA)

Franck Stassi , , ,

Publié le

Entretien D’après le Conseil international des céréales, 2015 millions de tonnes (Mt) de céréales seraient produites lors de la campagne 2016-17, soit un nouveau record mondial. Pour Renaud de Kerpoisson, président-fondateur du cabinet de conseil en gestion de risque de prix Offre et demande agricole, il convient de rester prudent, compte tenu de l’intensité de la demande et des incertitudes liées au contexte macroéconomique.

La conjoncture incite à rester prudent sur l'évolution du marché des céréales © Flickr/cc Vikum Saunders

L’Usine Nouvelle - Le Conseil international des céréales a une nouvelle fois relevé son estimation de production pour la campagne 2016-17. Selon vous, est-ce pertinent?

Renaud de Kerpoisson - Il faut être prudent vis-à-vis de ce type d’annonces. L’Inde a des problèmes de production insuffisamment pris en compte ; le département américain de l’Agriculture (USDA) donne des chiffres encore importants en France… Par contre, le climat est assez favorable aux Etats-Unis. La production est record, mais la consommation l’est aussi : le stock a plutôt tendance à baisser sur juin 2017. Les huit grands exportateurs de blé voient leurs disponibilités largement inférieures à celles de l’an dernier. D’autre part, la Chine, premier producteur mondial de blé, a des stocks monstrueux, qui seront autoconsommés. Cela incite à prendre ces déclarations avec beaucoup de recul.

Comment percevez-vous la situation de la France?

La production sera sensiblement inférieure aux chiffres qui circulent sur le marché (38 Mt en 2016-17, contre 40 Mt estimés initialement). Pour la campagne 2015-16, nous constatons une très forte dynamique des exportations de blé (en mai, 1,7 Mt de blé ont été chargés, un record). Cela va continuer, car le blé français est aujourd’hui sensiblement le moins cher du monde. Nous avons eu des récoltes assez lourdes et de petits retards d’exportation sur la première partie de la campagne. Les gens sont restés sur l’idée qu’on aurait trop de blé. La France exportera plus de 13 Mt cette année : il n’y aura pas de stocks pléthoriques en fin de campagne. Les prix pour la prochaine campagne sont sensiblement plus élevés, ce qui pousse les agriculteurs à stocker (1,8 Mt ont déjà été  réservés). Les prix ont commencé à se reprendre, car les exportations de blé, notamment à destination du bétail, sont très fortes.

Pourtant, le blé français n’est pas réputé pour son fort taux de protéines…

Effectivement, nous ne sommes pas les meilleurs, mais il faut raisonner sur l’alimentation du bétail. En général, on donne du maïs, or, le blé fourrager français est moins cher que le maïs. Le tourteau de soja s’est quant à lui apprécié de 30% en deux mois ! Par conséquent, les protéines qui sont dans ce blé intéressent le monde entier, notamment en Asie (Vietnam, Chine, etc.) A court terme, on aperçoit une reprise significative des prix des blés français.

Dans ce contexte, quels éléments faut-il surveiller en priorité?

Il faut que les acheteurs réalisent que le moindre incident climatique aura, spécialement cette année, des incidences fortes sur le prix des céréales. Un potentiel Brexit, les annonces de la Réserve fédérale américaine… auront aussi des incidences sur les parités monétaires. Une éventuelle sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne pourrait peut-être peser sur l’euro. Dans un autre registre, il faut noter que le soja vaut 2,6 fois plus cher que le maïs. Cela aura surement une incidence sur les semis en Amérique du Sud. La situation n’est pas baissière, les prix sont très bas partout dans le monde, et les consommations d’engrais vont continuer de baisser.

Propos recueillis par Franck Stassi

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