"La concentration des coopératives laitières va se poursuivre en France", selon Yves Pelle de PwC

Un symbole. Dans dix jours, le 1er avril, prendront fin officiellement les quotas laitiers européens, nés en 1984. Une suppression anticipée depuis plusieurs années par le secteur agricole et industriel. Selon Yves Pelle, associé chez PWC, elle devrait conduire à une plus grande volatilité des cours. Pour lui, les coopératives sont les plus fragiles et doivent poursuivre leur développement à l’international et la structuration d’une offre à plus forte valeur ajoutée.

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L’Usine Nouvelle - Selon vous, quelles vont être les conséquences de la fin des quotas laitiers au 1er avril pour le secteur ?

Yves Pelle - La décision a été annoncée il y a longtemps. Il n’y a pas de big bang attendu. La suppression des quotas va entraîner l’alignement des cours européens sur le cours mondial, même si c’est de plus en plus le cas. Cela va créer de la volatilité, liée entre autres aux phénomènes climatiques qui vont affecter les grandes zones productrices. En Nouvelle-Zélande par exemple, les vaches broutent à l’air libre, contrairement à la majorité des pays européens. Leurs coûts de production sont donc moins élevés qu’en Europe. Mais dès qu’il y aura des périodes de sécheresse ou de surproduction dans le pays, les cours mondiaux vont en être affectés. Les acteurs européens ont intérêt à mettre en place des mécanismes d’assurances ou de marchés à terme pour se donner de la visibilité et à contractualiser davantage avec les producteurs.

Actuellement, les fondamentaux sont favorables. La population mondiale augmente et la consommation de produits laitiers suit le mouvement. Il y a donc des marchés à saisir. Les grandes zones en croissance se trouvent en Asie, même si d’un pays à l’autre la situation est très différente. Si l’Inde est autosuffisante, la Chine est très loin de l’être. Le pays a privilégié les investissements agricoles dans des cultures peu consommatrices d’eau et assume donc de devoir importer des produits laitiers, tout en diversifiant ses sources d’approvisionnement.

Le secteur laitier français s’est-il bien préparé à la fin des quotas laitiers ?

Les groupes européens ont eu le temps de s’y préparer. Beaucoup d’acteurs ont mis en place des synergies et des rapprochements pour augmenter et améliorer leur offre de produits. Des opérateurs comme Friesland Campina ou Arla dans les pays scandinaves, ont anticipé depuis longtemps l’échéance, en se développant fortement à l’international. Ils sont originaires de pays plus petits que la France et leur culture de l’international est plus développée que chez nous.

En France, les logiques territoriales sont très fortes et freinent un peu les alliances, de même que les restrictions imposées par les règles de concurrence. Cela rend les rapprochements plus difficiles à mettre en œuvre (Ndlr : les coopératives Agrial et Eurial qui avaient annoncé leur union en 2013, n’y sont pas encore parvenues). Les groupes privés comme Bongrain (aujourd’hui rebaptisé Savencia - NDLR) ou Lactalis ont depuis longtemps engagé un développement vers l’aval, avec par exemple des marques fortes à l’international dans les fromages. C’est un véritable atout.

Pensez-vous que les coopératives françaises ont du retard dans leur offre ?

Les coopératives ont multiplié les projets d’investissements dans les poudres de lait, avec la construction de tours de séchage. C’est un pari risqué. Sans différenciation par rapport aux autres zones de production mondiales, elles vont être soumises aux cours mondiaux, qui dépendent des monnaies, des chaînes logistiques, des aléas climatiques et de la réglementation dans les pays. Cela rend ce marché plus difficile, même si la qualité et la traçabilité du lait en France confèrent un avantage compétitif indéniable.

A terme, les Chinois pourraient toutefois choisir de s’approvisionner ailleurs si les conditions de marché y deviennent plus favorables. Les coopératives françaises ont intérêt à disposer de leviers pour se différencier et développer leur présence sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Cela peut passer par le développement de marques fortes notamment à l’étranger. Pour mettre en œuvre tous ces investissements, l’obtention d’une taille critique sera de plus en plus nécessaire et il y a des chances pour que le mouvement de concentration se poursuive encore en France.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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