La compétitivité passe par le management et les PME

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La compétitivité passe par le management et les PME

Dans les années 1970, chaque jeudi, L’Usine Nouvelle invitait à déjeuner un grand patron. Celui-ci répétait fréquemment que ses collègues allemands étaient chanceux d’avoir à faire avec des syndicats coopératifs. Nous ne pouvions nous empêcher d’observer que les syndicats allemands travaillaient avec des patrons habitués depuis Bismarck à cogérer, respectueux des techniciens, de leurs plus modestes collaborateurs et souvent issus de leurs rangs, pas nécessairement choisis dans les castes élitaires. Sauf contre-exemples, ces grands patrons allemands trouvaient déjà naturel de pratiquer un authentique partenariat gagnant-gagnant avec leurs fournisseurs. Ils ne considéraient pas les PME innovantes comme des concurrents en puissance qu’il fallait détruire si elles tentaient de grandir, de devenir des ETI voire de nouveaux grands groupes. Ce respect des autres en interne et en externe a permis outre-Rhin à l’industrie de mobiliser plus d’intelligence collective interne, celle des salariés, et externe, celle de son écosystème de partenaires. D’où une progression durable et une image de qualité largement valorisée sur le plan commercial.

L’esprit de coopération est d’autant plus mis à mal en France que notre administration comme la majorité des grands groupes – il y a de belles mais rares exceptions – sont morcelés horizontalement en strates hiérarchiques et verticalement en silos qui s’ignorent quand ils ne se font pas la guerre. D’où une perte de compétitivité, des surcoûts qu’Hervé Sérieyx estime à 30% dans l’administration , un mal-vivre des employés conscients de ce gâchis et une perception difficile et tardive des opportunités et dangers extérieurs. La présidente du Medef condamnait ici l’évocation "de prétendues erreurs stratégiques des chefs d’entreprise français". Nous avons de remarquables entrepreneurs, mais quelques grands dirigeants, aveuglés par leur suffisance, ont conduit au désastre nos fleurons traditionnels électronique et télécommunications. Le rapport Gallois n’ignore pas ces réalités. Mais il ne va pas jusqu’à préconiser les remèdes plus urgents selon Hervé Sérieyx et moi . Et les mesures annoncées restent en retrait de promesses plus audacieuses du candidat François Hollande.

Puisque notre tissu économique vieillit et ne produit pas de nouveaux leaders mondiaux, il ne suffit pas de constater que les Français sont très créatifs, il faut prendre des mesures drastiques pour aider la croissance des PME innovantes, seule source d’emplois nouveaux. On sait bien que cela implique de copier la mesure prise il y a 60 ans par les Américains : réserver le quart des marchés publics aux PME et ETI indépendantes. Cela ne coûterait rien au contribuable et aurait un effet immédiat. Un éventuel veto de Bruxelles pourrait être contourné par des consignes contraignantes aux directions des achats et donner lieu à une campagne française valorisante au niveau européen.

Puisque compétitivité et emploi passent par la croissance de PME/ETI innovantes, il faut que la première fois depuis des décennies, l’État se décide de jouer cette carte. On annonce que le Crédit d’impôt recherche (CIR) sera prorogé pour 5 ans. Si on n’en modifie pas d’abord les modalités, on perpétue un effet d’aubaine coûteux en faveur de grands groupes peu enclins à innover d’avantage. Le projet de Crédit impôt innovation pour PME dans la loi de finance 2013 va dans le bon sens mais le bon sens voudrait qu’on l’élargisse aux ETI et qu’on le finance en prélevant 1 ou 2 des 5,3 milliards du CIR. Cela ne plairait pas à tous, mais l’urgence de la situation réclame le courage de déplaire.

Puisque se succèdent études et témoignages prouvant que la compétitivité française est plombée par un management méprisant plus répandu qu’ailleurs, l’urgence vitale est une cure de détaylorisation, une injection de collaboration transversale dans nos organisations en silo. Introduire dans les instances de décision des entreprises des représentants de syndicats souvent eux-aussi aussi tayloriens ne suffit pas à diffuser le modèle gagnant illustré par bien des entreprises françaises, souvent petites, respectueuses de la dignité de chacun. Les pouvoirs publics ne peuvent intervenir directement dans le secteur privé, mais ils ont une responsabilité entière dans le secteur public. Qu’ils balayent devant leur porte et alors ils pourront plus légitimement préconiser un management efficace et orienter l’argent du contribuable vers les entreprises, petites et grandes, qui valoriseront leur intelligence collective, y compris celle des acteurs de terrain. Ce n’est pas un "nouveau" management. Michelin entre autre a montré la voie il y a près d’un siècle… Avec des résultats patents.

André-Yves Portnoff

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