Economie

"La compétitivité ne repose pas que sur le coût du travail"

Solène Davesne

Publié le

Entretien C’est un travail inédit en France, qui a nécessité dix-huit mois de travaux. Les organisations patronales (Medef, CGPME, UPA) et trois syndicats (CFDT, CFTC et CFE-CGC) ont élaboré un diagnostic commun sur la compétitivité française. La CGT n’y a pas participé et FO n’a pas signé le document final.

La compétitivité ne repose pas que sur le coût du travail © Le Consul - Flickr - C.C.

Dans le document d’une cinquantaine de pages, au-delà du constat,  les partenaires sociaux dessinent aussi six pistes d’amélioration de la compétitivité française : "innover, valoriser l’humain, jouer pleinement la carte de l’Europe , dynamiser le tissu entrepreneurial en France, retrouver des marges de manoeuvre financières pour les entreprises et repenser l’assiette du financement de la protection sociale". Frédéric Grivot, vice-président de la CGPME,  a participé à l’élaboration du rapport. Entretien.

L’Usine Nouvelle - Vous venez de rendre un rapport sur la compétitivité avec les partenaires sociaux. A-t-il été facile de parvenir à un consensus ?
Frédéric Grivot – Nous n’étions absolument pas dans le rapport de force ni le dogmatisme idéologique. Les discussions étaient très enrichissantes. Là, où notre travail est inédit, c’est que nous nous sommes tous assis autour de la table. Patronat et syndicat, nous avons mis en commun les différentes statistiques dont nous disposons et nous avons travaillé à partir de là pour élaborer un diagnostic commun à partir duquel nous puissions travailler. Force ouvrière a d’ailleurs aussi participé aux travaux, même si au final ils n’ont pas souhaité signer le texte. De nombreux travaux ont déjà été réalisés sur la question de la compétitivité. Le Medef, COE-Rexecode en janvier, les syndicats ont fait le leur… Ils ne sont souvent intéressants, mais à chaque fois, il s’agit du travail d’un organisme unique, qui possède sa grille d’analyse particulière. Là nous avons une base commune et solide, sur laquelle tout le monde est d’accord.

Quelle place accordez-vous à la question  du coût du travail dans votre rapport sur la compétitivité ?
La compétitivité est une question très large. Nous ne partageons pas forcément les mêmes solutions pour améliorer la compétitivité mais nous sommes d’accord sur le diagnostic. Sur ce sujet, il ne faut pas rentrer dans les caricatures, en comparant quel pays travaille plus qu’un autre, qui a les cotisations les plus élevés… Dans notre analyse commune, le coût unitaire du travail est bien sûr une des composantes de la compétitivité. Mais ce n’est ni la seule, ni la plus importante. Nous sommes tous d’accord y compris les syndicats pour dire que les impôts payés par les entreprises sont un frein et que le coût du travail est important. Mais la compétitivité ne repose pas que sur cela.  Il ne faut pas non plus négliger la compétitivité hors coût. La qualité de nos produits est moindre que celle de l’Allemagne, la R&D pourrait être supérieur et les modes de management des entreprises gagneraient aussi à être améliorer. Tous ces éléments sont des facteurs de compétitivité.

L’Allemagne a-t-elle servi de modèle à la réflexion ?
L’Allemagne, c’est une chose mais ce n’est pas le seul pays qui puisse servir de modèle. Par exemple, sur la TVA sur la sous-traitance, l’Italie a un système particulièrement intéressant : le sous-traitant déduit au moment de la facturation. En France, il ne peut le faire qu’au moment de l’encaissement. Pour l’Etat, cela ne fait aucun changement mais cela favorise la trésorerie.

Vous listez six propositions à mettre en œuvre pour améliorer la compétitivité. L’une concerne une remise à plat du mode de financement de la protection sociale. Comment ?
Cela a été l’un des points les plus discutés. Il n’y a pas de consensus sur la méthodologie. C’est une réflexion particulièrement délicate.  Il faut faire attention, quand on prend l’exemple de l’Allemagne qui a baissé ses cotisations sociales et augmenter la TVA. Nous n’avons pas les mêmes bases de calculs que les Allemands. La réforme sera forcément un équilibre difficile car nous savons que tout doit se faire à budget constant.  Il ne faut pas non plus oublier qu’en France, les cotisations sociales sur les salaires au SMIC sont taxées à 18,5 % contre 46,6 % au-delà.
 
Quels vont être les suites données à ce rapport ?
Il va être transmis à la Conférence nationale de l’industrie (CNI), où un groupe de travail étudie déjà la question de la compétitivité. Ce travail commun devrait nourrir les réflexions et le rapport qui doit être remis à la fin de l’année par la CNI.
 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte