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"La compétence, élément clé du futur", pour Philippe Darmayan

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Entretien Pour Philippe Darmayan, le président de l’Alliance industrie du futur, les industriels doivent mettre la compétence au cœur de l’usine du futur.

La compétence, élément clé du futur, pour Philippe Darmayan
Philippe Darmayan et François Hollande au salon Convergence pour l’industrie du futur, le 6 décembre.

L'Usine Nouvelle - Quel visage de l’industrie du futur en France esquissent les vingt-deux vitrines ?

Philippe Darmayan - Avec ces vitrines, nous sommes en train de peindre, touche par touche, comme des impressionnistes, le tableau de l’industrie du futur à la française. Vinci qui met en place un changement de business model de la construction, Safran qui a une approche plus allemande sur la connectique intégrée, Arkema qui crée un écosystème autour d’un nouveau plastique… On décrit des cas concrets d’applications sur la productivité, la réduction des capitaux engagés, la diversité des produits, la mise sur le marché plus rapide. On montre une très grande diversité.

Ce tableau impressionniste de l’industrie du futur que vous évoquez est-il complet ?

Je trouve que l’attention générale est actuellement trop portée sur la productivité, pas assez sur la différenciation des produits et le fonds de roulement. En Allemagne, Karcher, qui proposait historiquement trois variantes de son produit, en offre aujourd’hui 2 000. Il les fabrique au fur et à mesure, sans stock, en informatisant l’ensemble des fiches opératoires. C’est la quintessence du juste-à-temps. On parle de productivité là ? Non. On parle d’investissement, on parle d’une différenciation des produits très importante. On parle de capitaux engagés, puisqu’il réduit ses stocks. C’est une révolution complète du numérique. Et c’est fondamental pour une entreprise, parce que tout l’argent qu’elle ne va pas dépenser dans ses stocks, elle l’investira ailleurs.

L’industrie française ne se préoccupe pas assez de son efficacité capitalistique…

Je trouve qu’en France, on ne va pas assez loin sur ce sujet. La compétitivité d’une entreprise, c’est un résultat divisé par des capitaux nécessaires. C’est sur ce ratio qu’il faut travailler, pas seulement sur la marge. Le numérique est un fantastique outil pour le faire. On a beaucoup mis l’accent sur les robots et la productivité, alors qu’en faisant cela, on génère beaucoup de stress parmi les opérateurs. Les robots sont un point important, mais le digital présente une infinité de leviers supplémentaires que nous devons traiter.

Certains secteurs sont surreprésentés, comme l’aéronautique. D’autres, comme l’agroalimentaire et l’automobile, sont absents. Comment l’expliquez-vous ?

La difficulté que nous avons eue au départ et que nous corrigeons, c’est de trouver des PME qui soient capables d’être déjà des vitrines. L’agroalimentaire est engagé dans le numérique. Parmi les 4 000 entreprises qui se sont lancées dans la digitalisation de leur business model, 34 % viennent de ce secteur ! Mais ce sont de petites sociétés, il faut leur laisser le temps de faire leur travail avant de les labelliser. Pour l’automobile, c’est un hasard des événements. Nous travaillons avec la Plate-forme de la filière automobile (PFA) sur ce sujet, donc je ne doute pas qu’un équipementier ou un constructeur deviendra une vitrine. La labellisation doit correspondre à un moment de vie de l’entreprise. Quand, comme PSA, on réfléchit à Opel, on ne réfléchit peut-être pas à mettre en place une vitrine…

La France est le seul pays européen à avoir ce système de vitrines. Pourquoi l’industrie française en a-t-elle besoin ?

Oui, nous sommes les seuls. Les Allemands ont un système de cas d’usage dont nous nous sommes inspirés pour notre plate-forme web, qui regroupe 150 exemples d’entreprises ayant entrepris une transformation de leur usine. Les vitrines, c’était mon idée pour être plus concret et pour donner de la reconnaissance aux entreprises qui agissent. De plus, nous réunissons toutes les entreprises labellisées pour qu’elles échangent entre elles. Ces labels servent à ça. Nous avons beaucoup d’autres idées, notamment un projet de labellisation des territoires que nous avons bâti fin février. L’idée est de montrer comment les bassins d’emploi se digitalisent. En France, la thématique de la labellisation fonctionne très bien. C’est un outil de mobilisation. L’enthousiasme des industriels pour le digital est fantastique. Nous n’avons pas vécu cela depuis les cercles de qualité, dans les années 1980.

Le revers de l’enthousiasme, c’est la déception… Quels écueils l’industrie du futur doit-elle éviter ?

L’un des principaux sujets de difficulté reste les compétences. Il y a un débat quantitatif sur le risque de pertes d’emplois lié à la robotisation. Ce débat fait beaucoup de bruit et donne l’impression qu’il s’agit d’un problème ­inéluctable. Tout a commencé à la suite d’une étude américaine qui expliquait que 45 % des emplois seraient touchés. Cela a été corrigé par une étude française qui misait sur 10 à 15 %. Mais, à mon sens, la question n’est pas là. C’est la façon dont nous allons nous emparer du sujet des compétences qui va faire en sorte que la digitalisation sera un problème ou non.

Comment traiter ce sujet des compétences ?

Si, quand vous digitalisez une entreprise, vous partez du principe que tous vos opérateurs sont mauvais et qu’il faut les remplacer, vous allez droit à la catastrophe. Si, au contraire, vous vous dites qu’il est nécessaire de prendre un an ou deux pour les former, vous réglez d’une certaine manière le problème. Il ne faut pas le nier, mais le traiter. Le numérique arrive, il faut considérer que la compétence est l’élément clé de sa mise en œuvre. L’Alliance industrie du futur a décidé d’organiser une grande conférence sur les compétences à la fin 2017 pour créer un débat sur les bonnes pratiques. L’important est de montrer aux chefs d’entreprise et aux syndicats que c’est à eux de porter le problème. Et de leur prouver qu’il n’y a rien ­d’inéluctable.

La France doit-elle être plus ambitieuse sur l’industrie du futur si nous comparons notre programme à ceux de la Chine et de l’Allemagne ?

Nous n’avons pas à rougir ni par rapport à l’Allemagne ni par rapport à la Chine. En revanche, nous devons toujours aller plus vite et accélérer sur les deux axes qui nous sont propres : l’accompagnement des PME vers les nouvelles technologies et le développement des compétences.

Pensez-vous que les candidats à l’élection présidentielle portent suffisamment le sujet de l’industrie ?

Je pense qu’avec l’usine du futur, l’industrie a pris une place importante dans le dispositif de l’État, qui fait que, d’une certaine façon, le sujet sera traité. Concernant les candidats, l’idée est de savoir s’ils veulent développer une politique de l’offre, pro-business, pour la croissance. Le sujet de débat est là. Mais je n’attends pas tout de l’État. J’en attends des baisses de charges, la mise en compétitivité du territoire via la fiscalité. Mettre l’entreprise au cœur de la formation, c’est notre job, il faut qu’on le fasse. Bien sûr, il faut discuter, il faut construire des choses avec l’État et les Régions, mais nous déjà sommes au cœur du dispositif grâce à l’industrie du futur. ??

Le bras armé de l’État pour diffuser l’industrie du futur

L’Alliance industrie du futur labellise des vitrines, mais pas seulement. Cette association présidée par Philippe Darmayan a pour mission d’assurer le déploiement du plan industrie du futur lancé en 2015 par François Hollande. Elle regroupe 27 membres, dont des fédérations industrielles comme le Groupement des industries françaises aéronautiques spatiales et la Fédération des industries mécaniques, des organismes technologiques comme le Centre technique des industries mécaniques et le Commissariat à l’énergie atomique, et des universités et grandes écoles comme les Arts et métiers. Son travail consiste à accompagner les PME et ETI vers l’industrie du futur via les programmes régionaux. À ce jour 4 000 entreprises ont engagé une modernisation de leurs usines ou ont été auditées pour le faire. L’Alliance effectue un travail par filière avec les fédérations professionnelles pour identifier les grandes tendances qui bousculeront chaque secteur. L’un de ses rôles est de familiariser l’industrie aux nouvelles technologies en constituant des groupes de travail qui élaborent des guides pratiques sur les outils 4.0, l’impression 3D par exemple. Autre action récente de l’Alliance : la création du salon Convergence pour l’industrie du futur qui, en novembre?2016, a valorisé l’offre technologique française. L’association travaille par ailleurs sur les compétences de l’industrie du futur, qui feront l’objet d’une grande conférence à la fin 2017. 

 

 

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