La Coface, la nouvelle agence de notation pour PME

En pleine post crise des sub-primes, la Coface lance une agence de notation à prix réduits, accessible aux PME. Une « low-cost » qui utilise le même type de notation que les agences traditionnelles (A, BBB,...), et a toutes les chances de s'imposer, à l'heu

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La Coface,  la nouvelle agence de notation  pour PME
Quel est l'intérêt pour une PME/PMI de faire appel à votre notation ?
Ce que fait une PME, en permanence, est de tenter d'améliorer la confiance qu'elle inspire pour lever de l'argent, ou créer un partenariat stratégique. Or ici, le prix d'entrée pour elle est beaucoup plus abordable : une notation sera facturée 4.000€ pour une entreprise moyenne simple, sans filiales. Les trois grands de la notation (Standard and Poor's, Moody's et Fitch) vous demandent quant à eux entre 50 000 et 150 000 euros pour une prestation.

Deux possibilités sont à la portée des entreprises : commander une étude pour être notées elles-mêmes; ou commander une étude pour voir noté un partenaire, ou un concurrent. Si vous êtes un sous-traitant auprès d'une grande entreprise, pour lui montrer que vous êtes solide, vous pouvez lui expliquer que vous avez été noté par la Coface. Autre exemple : si vous souhaitez créer une joint-venture avec une entreprise partenaire à Hong Kong, en Inde ou en Chine, même si vous êtes complètement d'accord sur la direction que vous souhaitez prendre en semble, il arrive souvent que vous hésitiez à sauter le pas parce que vous ne savez pas grand-chose d'elle. Une note de la Coface sur cette entreprise chinoise peut vous permettre de prendre une décision en étant plus sûr de là où vous mettez les pieds.

The big three

Les trois leaders des agences de notation, Standard and Poor's, Moody et Fitch, font état respectivement 3 milliards d'euros, 2,3 milliards d'euros, et 0,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires.
Outre ces trois grands, une myriade de « petites » agences de notation au chiffre d'affaires compris entre 5 et 10 millions d'euros segmentent le marché.
Avec 1,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, la Coface se situe entre les deux. Un bon filon selon Jérôme Cazes: les petits « ne font pas le poids en termes de pays couverts et de potentiel d'analyse », et les trois grands... sont trop gourmands !
Jusqu'à présent, peu de moyens étaient à la disposition des PME pour s'informer des potentielles partenaires. Au choix, vous pouviez obtenir pour 10 euros un rapport d'information très succinct, ou demander une due diligence, ce qui vous revenait très cher, et se révélait très intrusif l'égard de la société notée : contrats de travail, salaires des dirigeants y sont passés au crible. Or l'idée est d'inspirer confiance, pas de se mettre nu devant son partenaire ! Avec nous, une certaine confidentialité est possible : l'entreprise auditée peut décider de donner l'information à la Coface pour lui permettre de noter au mieux, sans pour autant que l'information apparaisse dans le rapport qui sera mis à la disposition du potentiel partenaire.

Comment va se passer concrètement le processus de notation (délais, processus...) ? Quel sera le contenu exact du rapport d'analyse ?
Plusieurs jours avant l'entretien programmé ensemble avec l'entreprise auditée, nous allons lui demander un certain nombre d'éléments d'information : son bilan comptable et financer, etc. Des spécialistes de l'information d'entreprise vont alors confronter ces éléments internes aux autres éléments dont ils disposent : l'état du marché, de la concurrence, des partenaires, le positionnement de l'entreprise... dans le cadre de travaux préparatoires.

Due-diligence

Ensemble des mesures de recherche et de contrôle des informations permettant aux investisseurs de fonder leur jugement sur les actifs, l'activité, la situation financière et les perspectives de la société dans laquelle ils envisagent de prendre une participation.
Il existe plusieurs types de due-diligences (stratégique, environnementale, informatique, comptable et financière, ...).


Ensuite, un entretien avec les managers aura lieu, mené par des inspecteurs et inspectrices habitués à effectuer des visites d'entreprises. Cet entretien est en général court et ne dure pas plus d'une demi-journée.
Enfin, après avoir analysé ces données en interne, nous demanderons leur avis à des « arbitres » qui vont valider les notes. Nous faisons pour cette dernière étape appel à des individus expérimentés, des experts Coface souscripteurs en assurance-crédit ayant une culture du risque certaine, parce qu'ils ont eu à prendre de nombreuses décisions dans le domaine.
Le processus peut prendre une quinzaine de jours en tout, c'est rapide. Cela correspond bien au rythme qui prévaut dans les affaires où l'on n'est pas à un mois près pour une acquisition, une augmentation de capital ou un partenariat stratégique : en un mois et demi, un commanditaire reçoit la notation d'une société qu'il a demandée.

Les agences de notation ont été critiquées avec la crise des sub-primes. Visiblement, vous reprenez le même système, avec la notation AAA etc. En quoi éviterez-vous de refaire les mêmes erreurs ?
La culture du risque vous vient de vos cicatrices. Le problème des grandes agences de notation est qu'elles font de beaux rapports mais n'ont jamais eu à indemniser un défaut d'entreprise. Or dans ce métier comme dans tous les métiers, vous n'apprenez que lorsque vous vous trompez.
Avec son activité d'assureur-crédit, la Coface concilie prise de risque et notation : nous ne notons que des risques que nous serions prêts à assurer. Pour vous donner un exemple : dans le cadre d'un crédit fournisseur, une entreprise ayant facturé 1 million d'euros à son client pour une commande doit attendre 30, 60 ou 90 jours pour être payée. Elle fait appel à nous pour couvrir ce risque en cas de défaillance de l'entreprise. Après analyse, nous lui répondons « ok pour couvrir 1 million », ou « nous ne couvrons pas », ou « nous couvrons seulement 700 000 euros ». Et si nous avons fait une erreur d'analyse, il nous revient de payer les pots cassés.
L'effet quantitatif est également important. Dans le cadre de notre activité d'assureur crédit, nous notons confidentiellement et surveillons les 17.000 entreprises. Or chaque jour, 100 entreprises tombent en impayé dans le monde : nos agents ont beaucoup plus d'expérience que les grandes agences qui ne notent au prix fort que quelques centaines d'entreprises cotées aux Etats-Unis.
«La culture du risque vous vient de vos cicatrices»
Dans le cadre des débats sur le rôle des agences de notation qui ont suivi la crise des sub-primes, la Commission européenne nous a d'ailleurs demandé notre avis. Il nous semblerait plus sain que les grandes agences de notation couvrent 1%, 2% ou 3% des risques qu'elles notent. Ainsi, en cas d'erreur, le prix à payer pour elles dépasserait le montant des honoraires de notation.

Vous vous lancez sur ce marché : quelles sont les perspectives, qui sont vos premiers clients ?
Suite à la crise des sub-primes, entre autres, la commission européenne souhaite que de nouveaux acteurs apparaissent dans le secteur de la notation. Nous faisons office de « low-cost » : notre présence va changer le marché, pour l'instant élitiste. La notation va devenir un produit beaucoup plus généralisé, un label à la portée de tous. Pour nous, l'opération ne semble pas périlleuse : nos analystes existent déjà, nous avons l'habitude d'aller voir des petites ou moyennes entreprises tunisiennes, russes ou japonaises et de manière générale de produire de l'information d'entreprise dans les 65 pays que nous couvrons. Notre déficit est par contre celui de la notoriété. Tout le monde connaît les 3 grands. Si nous avons pour nous la qualité et les prix, cela va prendre du temps avant de nous faire connaître entant qu'agence de notation.
«Notre présence va changer le marché, pour l'instant élitiste»

Quant à nos premiers clients, les secteurs sont très variés. Des tests sont en cours au Japon, en Chine, en France, en Turquie, en Russie, et en Allemagne, pour une commercialisation complète à l'automne. Des grands de l'automobile nous ont par exemple demandé une note sur leurs concessionnaires en Turquie, d'autres sur leurs partenaires potentiels en Aise, ou sur leurs fournisseurs en Allemagne. Si une banque en Pologne a souhaité externaliser une analyse de risques pour des entreprises lui demandant un crédit, nos clients sont plutôt des entreprises industrielles et de services.

Propos recueillis par Ana Lutzky

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