Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Agro

La cité du vin, phare de Bordeaux

, , , ,

Publié le , mis à jour le 31/05/2016 À 09H41

La Cité du vin devrait drainer 450 000 visiteurs par an. Pour la viticulture bordelaise, c’est une belle opportunité pour redorer son image à l’export et développer l’œnotourisme.

La cité du vin, phare de Bordeaux © Cité du Vin

"C’est notre futur Guggenheim", assure Alain Juppé, le maire (LR) de Bordeaux. À l’entrée des anciens bassins à flot, dans un quartier de Bacalan en plein renouveau, la Cité du vin est ouverte au public depuis le 1er juin. L’architecture de ce nouveau phare touristique, à deux pas du pont ­Jacques ­Chaban-Delmas, marque déjà les esprits.

Ses concepteurs, Anouk Legendre et ­Nicolas Desmazières, de l’agence parisienne X-TU, ont imaginé une structure unique en forme de cep de vigne noueux, évoquant à la fois un vin tournant dans un verre et les remous de la Garonne, qui coule juste à côté. Un cep qui culmine à 55 mètres de hauteur ! "C’est le seul endroit au monde qui a pensé le vin à 100 % sous l’angle culturel", avance Philippe Massol, le directeur général de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, qui exploite le site.

Cette cité, très moderne par son architecture et ses contenus, va redorer l’image passéiste de nos vins

Le lieu permet d’appréhender les multiples influences du vin, de Bordeaux mais aussi de nombreux autres pays et régions, de 6 000 ans avant Jésus-Christ à nos jours. Sa dimension mythologique, son pouvoir d’inspiration dans les arts, sa capacité à lier les gens, à sculpter les paysages… À travers 120 contenus multimédias sur tablettes tactiles et écrans 3 D et d’expériences originales, comme un atelier polysensoriel mettant en scène des images à 360 degrés, des lumières, des sons et des odeurs pour une dégustation en plusieurs dimensions. Avec, en guise d’apothéose, la dégustation d’un verre au belvédère, avec vue panoramique sur Bordeaux.

81 millions d’investissement

Enfin, Bordeaux a son musée du vin, est-on tenté de dire. "Un consensus politique a fini par être trouvé et les viticulteurs ont perçu ce que la Cité peut leur apporter", explique Bernard Farges, le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). L’investissement s’élève à 81 millions d’euros. Il est porté par la ville de Bordeaux, maître d’ouvrage (38%), l’Europe via le Feder (15%), Bordeaux ­Métropole (10%), le CIVB (7%), la région Aquitaine-­Limousin-Poitou-Charentes (7%), l’État (2%), le département de la Gironde (1%), la chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux (1%), mais aussi le privé. Le mécénat a permis de financer le solde. Parmi les premiers soutiens, on trouve le prince Robert de Luxembourg, propriétaire du célèbre grand cru classé Haut-Brion à Pessac, le Crédit agricole, la Banque populaire Centre Atlantique…

Les retombées économiques de la Cité du vin, qui espère attirer quelque 450 000 visiteurs par an, s’annoncent prometteuses, de l’ordre de 40 millions d’euros annuels pour le territoire et 250 emplois directs, selon une étude du cabinet d’études et de conseil Protourisme. De leur côté, les viticulteurs, à l’instar d’Hervé Grandeau, le président du Syndicat viticole des bordeaux et bordeaux supérieur, sont convaincus que "cette cité, très moderne par son architecture et ses contenus, va redorer l’image passéiste de nos vins, représentée souvent par les vieilles pierres, et ainsi nous aider à l’export". Car la filière bordelaise doit faire face à la rude concurrence des vins du Nouveau Monde (Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, du Chili, Argentine…) et à leur marketing bien ficelé. Résultat, en cas de mauvaise récolte, comme en 2013, les vins de Bordeaux voient leurs ventes reculer à l’export. En 2014, elles ont chuté de 8% en volume et de 13% en valeur. L’an passé, la filière bordelaise a exporté 271 millions de bouteilles (-3% en volume, +3% en valeur). Les ventes à l’étranger ont généré 1,83 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2015.

Rattraper le retard dans l’œnotourisme

L’autre espoir de la filière, avec la Cité du vin, est de battre en brèche l’idée selon laquelle le bordeaux est cher en montrant la diversité du vignoble. Son image est, certes, portée par les grands crus classés, mais ceux-ci ne représentent que 3% de la production globale… "Une bouteille de bordeaux ou de bordeaux supérieur se vend en moyenne 4,50 euros en grande distribution", rappelle Hervé Grandeau. La Cité du vin devrait permettre aux viticulteurs bordelais de rattraper leur retard en matière d’œnotourisme par rapport aux vignobles des vallées de la Loire et du Rhône. Pour beaucoup, l’intérêt était jusqu’à présent limité, 70% de la commercialisation se faisant par le négoce.

La Cité du vin ouvrira de nouvelles perspectives. Elle sera dotée d’un ponton d’où les touristes pourront partir en balade fluviale vers les châteaux de la région. Tout l’enjeu sera de créer des synergies entre les acteurs du tourisme et ceux de la viticulture. Gironde Tourisme vient de lancer les "six routes du vin de Bordeaux" et investit plus de 100 000 euros dans ce projet pour accroître la visibilité des châteaux du Bordelais, souvent méconnus du grand public en dehors des grands crus. Ces routes ont reçu un label du secrétariat d’État au Tourisme. "La partie n’est pas gagnée. Il faudra que l’offre suive en qualité", prévient Bernard Farges. Le défi est double. Il faut séduire à la fois les néophytes, qui vont privilégier les excursions organisées à la journée pour découvrir ce patrimoine, et les amateurs de vin, qui rechercheront le ­sur-mesure. Certains propriétaires commencent à développer des offres plus complètes mêlant vin et patrimoine culinaire, à l’image du château Ambe Tour Pourret à Saint-Émilion, qui propose des cours de cuisine. D’autres, comme le château d’Agassac, n’hésitent pas à ouvrir leur propre restaurant et proposent aux clients des "expériences", notamment une dégustation à l’aveugle.

La demande est là. Sur une année, l’office de tourisme de Bordeaux vend 28 000 offres liées au tourisme viticole. En particulier à des clients étrangers, en provenance de Belgique, des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Allemagne… Au ­château Desmirail, à Margaux, le nombre de visiteurs est passé de 1 000 à 6 000 par an en environ cinq ans, ce qui génère plus de 130 000 euros de chiffre d’affaires annuel. Avec à clé des emplois. Au château Lafon-Rochet, à Saint-Estèphe, une deuxième personne dédiée à l’œnotourisme vient d’être embauchée… 

 Nicolas César

Entretien avec Nicolas Martin, président de l’Office de tourisme de Bordeaux : "Une offre complémentaire à celle des châteaux"

Que représente aujourd’hui l’œnotourisme à Bordeaux ?
Sur les 6 millions de touristes qui passent à Bordeaux chaque année, 56 % ont une activité liée au vin. Il y a deux types de profils, ceux qui viennent en voiture visitent et dégustent dans les châteaux par leurs propres moyens, ceux qui sont venus en avion optent pour les excursions. Actuellement, nous commercialisons chaque année 28 000 excursions dans les vignobles.

Quels sont les produits les plus demandés ?
Ce sont surtout les excursions haut de gamme. Elles proposent notamment des visites de châteaux comprenant un repas gastronomique sur place. En outre, il y a un essor récent des croisières fluviales, dont le succès devrait se renforcer avec la Cité du vin.

La Cité du vin concurrence-t-elle l’offre des châteaux ?
Non, c’est une offre complémentaire. La Cité incitera à visiter les châteaux et le ponton offrira un accès direct en bateau. Cela arrive au bon moment. 

 

En quelques chiffres : un tourisme prometteur
81 millions d’euros d’investissement
40 millions d’euros de retombées économiques attendues
450 000 visiteurs par an
750 emplois créés, dont 250 emplois directs

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle