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La Chine sauve le champion européen des puces NXP des griffes de Qualcomm, une issue à méditer

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

Analyse En refusant de donner sa bénédiction au rachat du néerlandais NXP par l’américain Qualcomm, la Chine sauve indirectement la microélectronique européenne et évite à l’Europe de perdre son champion des puces électroniques.  Une issue qui devrait faire réfléchir les autorités en Europe sur la façon de protéger leurs joyaux industriels stratégiques.

La Chine sauve le champion européen des puces NXP des griffes de Qualcomm, une issue à méditer
Les semi-conducteurs de NXP sont préservés de l'appétit de Qualcomm
© NXP

Le géant américain des puces mobiles Qualcomm ne rachètera pas le champion européen des semi-conducteurs NXP. Ainsi en a décidé, sans le dire vraiment, la Chine. En refusant de donner sa bénédiction à la transaction, Pékin ne fait pas que défendre ses propres intérêts. Il défend aussi indirectement les intérêts de la microélectronique européenne en sauvant son champion des griffes du groupe américain. Une chose que ni la Commission européenne, ni les Pays-Bas - pays d’origine et de domiciliation de NXP - n’ont su  faire.

Fournisseur stratégique pour l'industrie européenne

Ancien bras armé de Philips dans les semi-conducteurs, NXP a essaimé en 2006 en tant que société indépendante. Avec 30 100 personnes et un chiffre d’affaires attendu de 9,5 milliards de dollars en 2018, il s’impose comme le numéro un européen des puces électroniques, devant l’allemand Infineon Technologies (ancienne activité de Siemens dans les semi-conducteurs) et le franco-italien STMicroelectronics (né en 1987 de la fusion de l’italien SGS Microelettronica et du français Thomson Semiconducteurs). Il jouit d’un leadership mondial dans les puces automobiles, les contrôleurs sans contact NFC et les circuits de sécurité comme ceux dans les cartes à puce. Une position qui en fait un fournisseur éminemment stratégique pour l’ensemble de l’industrie européenne.

Qualcomm a convenu en octobre 2016 de le racheter pour en faire le fer de lance de sa diversification au-delà des mobiles. Le projet a créé un émoi dans l’industrie automobile européenne. Les constructeurs craignaient de devoir passer à la dime en payant à Qualcomm un pourcentage de leurs ventes en rétribution de ses brevets, comme les constructeurs de mobiles sont obligés de le faire. Le groupe américain s’est arrangé pour donner des garanties à la Commission européenne pour obtenir finalement son feu vert en janvier 2018.

Aux Etats-Unis, au Japon, en Corée du Sud ou encore à Taïwan, l’industrie des semi-conducteurs est considéré comme un secteur stratégique, non seulement pour leur prospérité économique mais aussi pour leur sécurité nationale. Outre-Atlantique, toutes les fusions-acquisitions doivent passer par les fourches caudines du redoutable CFUIS, le comité interministériel d’examen des investissements étrangers. Ces deux dernières années, il s’est fait remarquer par son véto à presque tous les projets d’acquisition chinois. Il s’est même opposé à la vente de Wolfspeed à l’allemand Infineon Technologies. Toujours pour le même motif de sécurité nationale.

Besoin d'un CFUIS européen?

Un tel mécanisme de contrôle n’existe ni à l’échelon européen, ni dans les Etats membres de l’Union européenne. Bruxelles se contente d’examiner les transactions du point de vue de leur impact potentiel sur la concurrence dans l’espace européen. Elle n’a pas la mission de les juger des points de vue de souveraineté et sécurité nationale. Des prérogatives qui relèvent des Etats membres.

L’affaire Qualcomm-NXP devrait inciter les pays européens à réfléchir sur la façon de protéger leurs joyaux industriels vitaux des appétits des prédateurs étrangers. Certains pays comme la France militent en faveur de la création d'un CFUIS européen. Les semi-conducteurs ne constituent pas une activité comme les autres. Ils sont le cœur technologique et le moteur de l’innovation dans tous les secteurs industriels, y compris des secteurs stratégiques comme la défense, l’aéronautique, le ferroviaire ou l’automobile. Et avec la prolifération de l’Internet des objets, leur importance stratégique ne fera que grandir.

L’Europe a d’autant plus besoin de garder ses champions que, contrairement aux Etats-Unis qui dominent largement cette industrie, elle ne dispose que d’une petite empreinte dans ce secteur. Selon le cabinet IHS Markit, elle contrôle seulement 8,8% du marché mondial en 2017, loin derrière l’Oncle Sam, qui truste la moitié. Elle se situe aussi derrière la Corée du Sud (21,5%) et le Japon (9,8%). En dehors des trois champions généralistes (NXP, Infineon Technologies et STMicroelectronics), elle ne compte que des petits acteurs spécialisés comme Dialog Semiconductor dans les circuits de gestion de l’alimentation, AMS dans les capteurs, Bosch dans les Mems ou encore Osram Opto Semiconductor dans les LED.

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