La Chine renforce son emprise sur les métaux rares

Fidèle à la stratégie chinoise de sécurisation de la production de métaux critiques et rares, le groupe Hainan Wensheng s'est engagé à acheter la totalité de la production de zirconium et de monazite de la mine de Fungoni en Tanzanie.

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La Chine renforce son emprise sur les métaux rares
Mine de terres rares de Mountain Pass en Californie

Cette actualité, passée pratiquement inaperçue, illustre l'inexorable perte de terrain des Occidentaux face à la Chine sur le front des métaux rares : la minière australienne Strandline Resources a annoncé récemment la conclusion avec Hainan Wensheng, un groupe chinois spécialisé dans le raffinage de minerais rares, d'un accord de vente de la totalité du zirconium et de la monazite qui seront extraits de sa mine tanzanienne de Fungoni. Or "le minéral monazite ne présente d’intérêt que parce qu’on peut en extraire, après raffinage, l’ensemble des 15 terres rares", rappelle l’expert Jean-Paul Tognet. Ces dix-sept minerais - les 14 lanthanides et le lanthane, ainsi que le scandium et l'yttrium qu'on leur associe souvent - aux noms poétiques (prométhium, samarium, lutécium, europium...) sont indispensables aux technologies vertes et numériques. L'une des plus stratégiques d'entre elles, le néodyme, entre dans la composition des électro-aimants essentiels au fonctionnement de quantités de véhicules électriques et hybrides, téléphones mobiles et même à la motrice de l'avion Solar impulse. Or la Chine contrôle déjà 95% de la production mondiale de terres rares, principalement extraites sur son territoire.

Contrôler les terres rares hors de leurs frontières

Le contrat conclu avec Strandline Resources démontre que Pékin entend étendre ce contrôle à la production de mines alternatives se trouvant au-delà de ses frontières. La sécurité des approvisionnements des industriels occidentaux - du moins ceux qui n'ont pas réduit leur dépendance aux terres rares - en ressort fragilisée, puisque ces derniers accroissent leur dépendance aux exportations chinoises de terres rares. Ce, qu'elles soient extraites en Chine ou non...

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A supposer, même, que Pékin se satisfasse de son simple rôle de fournisseur de matières premières ! Car en acquérant la production de la mine de Fungoni, la Chine consolide surtout sa stratégie de remontée de la chaîne de valeur industrielle des terres rares. Pour l'usine du monde, il ne s'agit plus de vendre le minerai, brut ou transformé, aux consommateurs occidentaux, mais bien les produits finis à haute valeur ajoutée. Les besoins sont tels qu'il lui faut sécuriser ses approvisionnements partout où cela est possible, non pas pour les revendre au plus offrant, mais pour rassasier ses propres industriels du high-tech. Les 12,3 millions de tonnes de minerai qui dorment au fond de la mine tanzanienne de Fungoni viennent d'être littéralement retirées du marché par Pékin.

Les alternatives empêchées faute de rentabilité

Face à la Chine, les acteurs miniers occidentaux sont piégés par leur logique de rentabilité à court terme. Selon de nombreux experts, Pékin profiterait en effet de ce monopole sur le marché des terres rares pour manipuler les cours à la baisse. Ce faisant, l'Empire du milieu fragilise les modèles économiques des mines alternatives, contraignant les industriels non-chinois à suspendre leur exploitation. Le groupe américain Molycorp, notamment, a été incapable de relancer la production de la mine de terres rares de Mountain Pass en Californie, laquelle a été vendue, en 2017, à MP Mine Operations LLC. Coïncidence ? Au capital de ce consortium se trouve un investisseur établi à Chengdu, la capitale de la province du Sichuan : le chinois Shenghe Resources Shareholding Co. Ltd...

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