La Chine lance son propre contrat sur le pétrole pour concurrencer le Brent et le WTI

Pékin a lancé le 26 mars ses propres contrats à terme sur le pétrole, dans l'espoir de pouvoir influencer un peu des cours jusqu'ici suspenduas aux cotations londonienne (pour le Brent) et new-yorkaise (pour le WTI) et de continuer à internationaliser sa monnaie, le yuan. La Chine est le premier importateur mondial de pétrole.

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La Chine lance son propre contrat sur le pétrole pour concurrencer le Brent et le WTI
La Chine a lancé son propre marché de contrats pétroliers, pour peser davantage sur la fixation des cours. /Photo d'archives/REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

La Chine a lancé le 26 mars son propre marché de contrats à terme sur le pétrole, une étape majeure dans ses efforts engagés depuis des années pour peser davantage sur la fixation des cours en concurrençant les deux références mondiales que sont le Brent de la mer du Nord et le WTI (brut léger) américain. Cette initiative du premier consommateur mondial de pétrole présente des attraits pour les négociants occidentaux, qui devraient trouver sur le Shanghai International Energy Exchange (INE) une grande liquidité et une opportunité d'arbitrages entre les marchés américain, européen et asiatique. La Chine est devenue en 2017 le premier importateur mondial de pétrole, devant les Etats-Unis, avec 420 millions de tonnes importés.

Les traders habitués à traiter le Brent londonien ou le West Texas Intermediate (WTI) américain risquent toutefois d'être réticents à s'aventurer sur ce marché chinois, au moins dans un premier temps, en raison de la fixation des cours en yuans, d'horaires d'ouverture plus courts, de pratiques de marchés propres à la Chine et de périodes prolongées de fermeture en raison des fêtes chinoises. "Les règles entourant la méthodologie de trading paraîtront étranges aux maisons de négoce occidentales", prévient John Browning, directeur exécutif de Bands Financial, courtier basé à Hong Kong et intermédiaire étranger homologué sur l'INE. "Ils vont devoir s'habituer à un ensemble différent de paramètres de trading, notamment sur le calcul de la marge initiale, sur le roulement mensuel, sur les ratios d'annulations d'ordres, etc. Tout est très différent."

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Un marché toujours en retard?

Jusqu'à présent, la Chine a autorisé plus de 6000 comptes d'intervenants, y compris ceux de ses grandes compagnies pétrolières publiques, et environ 150 intermédiaires, parmi lesquels JPMorgan et diverses entités basées à Hong Kong. Parmi les facteurs auxquels les traders vont devoir s'habituer figure la durée plus courte des séances à Shanghaï, où la journée se déroule en trois temps avec une dernière partie clôturant à 15h00 (07h00 GMT), soit juste avant l'entrée en action de Londres. Même si une prolongation nocturne est prévue pour étendre la séance jusqu'aux premiers échanges américains, celle-ci prendra fin plus de six heures avant la réouverture à Pékin. Cette situation pourrait contraindre les traders à consacrer leur matinée à rattraper les évolutions des marchés européen et américain au détriment de la fixation d'un cours propre à Shanghaï, préviennent plusieurs traders.

Les intervenants étrangers pourraient aussi être surpris par certaines pratiques chinoises sur les marchés à terme des matières premières, où les investisseurs n'interviennent pas de manière régulière mais choisissent plutôt certains mois pour agir en raison de structures de coûts différentes. Ce phénomène pourrait compliquer les efforts pour établir des écarts de performance entre Shanghaï, le Brent et le WTI, et donc pour offrir de véritables opportunités d'arbitrage.

Appétit des particuliers

"C'est un marché chinois, avec des caractéristiques chinoises", résume Albert Helmig, directeur général du cabinet de conseil Grey House et ancien vice-président du Nymex, marché new-yorkais du pétrole. L'obligation d'effectuer les transactions en yuans pourrait aussi être perçue comme un facteur de risque en raison de la volonté des autorités chinoises de contrôler les flux de capitaux. Ces dernières n'hésitent pas en outre à intervenir massivement sur les marchés des matières premières quand elles le jugent nécessaire.

La Chine dispose néanmoins du potentiel pour proposer un vaste marché liquide. Ce potentiel est favorisé par l'appétit des investisseurs particuliers pour les énormes marchés chinois de dérivés sur les matières premières, des pommes au minerai de fer. En 2017, la valeur cumulée des échanges de dérivés sur l'acier à Shanghaï impliquant des investisseurs chinois a atteint 4.400 milliards de dollars. Ce montant est à comparer aux plus de 10.000 milliards de dollars d'échanges mondiaux sur les contrats à terme sur le pétrole, le principal marché des matières premières.

Avec l'appui de ses "majors" pétrolières PetroChina et Sinopec, la Chine pense réussir là où la Bourse de Dubaï a échoué il y a une dizaine d'années dans sa tentative de concurrencer le Brent et le WTI, traités respectivement par Intercontinental Exchange et le Nymex, propriété de CME. Des analystes croient aussi en ses chances même s'il lui faudra surmonter des réticences initiales.

"Lancer une nouvelle plate-forme d'échanges est une chose énormément complexe, donc si la demande initiale pour le contrat n'est pas très forte, ce n'est pas forcément une mauvaise chose", dit John Browning, de Bands Financial.

Avec Reuters - Josephine Mason et Meng Meng (avec Tom Daly à Pékin et Henning Gloystein à Singapour; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

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