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La Chine investit massivement et multiplie les partenariats pour des médicaments "made in China"

Gaëlle Fleitour , , , ,

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Reportage Plus question de se contenter des génériques. Troisième marché pharmaceutique au monde, la Chine entend désormais mettre au point ses propres médicaments innovants. A Shanghai, les investissements et partenariats avec des laboratoires occidentaux se multiplient.

La Chine investit massivement et multiplie les partenariats pour des médicaments made in China © Gaëlle Fleitour

Dans un quartier arboré de Shanghai, au sein du Zhangjiang High Tech Park, les centres de recherche de Pfizer et Novartis côtoient un magnifique campus de 18 hectares : le siège de l’Institut de Matière Médicale de Shanghai (Simm). Depuis sa création en 1932 par le gouvernement chinois, le Simm est devenu le plus prestigieux centre de recherches du pays, s’intéressant aussi bien à la pharmacopée chinoise ou tibétaine qu’aux médicaments chimiques ou issus des biotechnologies. Oncologie, diabète, neurosciences, antibiotiques, etc. sont au programme. "Il s’agit d’une structure sans équivalent en Europe ou aux Etats-Unis", rappelle son directeur général, Hualiang Jiang. Car le Simm s’occupe aussi du développement de médicaments, n’hésitant pas à créer ses propre spin-off pour les commercialiser, alors que ces activités sont généralement captées par l’industrie. "A cause du manque de formation des chercheurs à l’université, plus de 90% des médicaments fabriqués par les laboratoires chinois sont des génériques, sans marge suffisante pour faire de la R&D, explique un chercheur du Simm. Notre pays veut désormais développer ses propres médicaments. Il mise donc sur quelques institutions pour créer une grande plateforme."

Les ambitions chinoises dans la pharmacie

En 2006, le président chinois Hu Jintao a annoncé son intention de bâtir un pays orienté par l’innovation d’ici à 2020. L’industrie pharmaceutique est un des sept piliers identifiés en 2011 dans le dernier plan stratégique sur cinq ans du gouvernement. Entre 2007 et 2012, les dépenses chinoises en R&D biomédicale ont crû chaque année de 33%, contre 7% dans le reste de l’Asie Pacifique. Depuis 2000, les montants injectés par le capital-investissement dans ce secteur en Chine sont passés de 7 millions à 491 millions de dollars.

Le français Servier, partenaire de développement d’un anticancéreux chinois

L’Etat chinois ne participe plus qu’à hauteur de 50% au budget annuel du Simm, qui approcherait les 100 millions d’euros. Le solde est apporté par sa centaine de partenaires : des laboratoires pharmaceutiques occidentaux ou locaux, généralement sollicités lors des coûteux essais sur l’homme. Le plus stratégique de ces alliés s’appelle... Servier. Implanté en Chine depuis les années 1980, le laboratoire français a noué son premier accord de recherches avec le Simm en 1996. Depuis, les projets se sont multipliés, du screening de la pharmacopée chinoise sur des cibles identifiées par Servier jusqu’à la création en 2012 d’un laboratoire mixte pour le développement préclinique. Ses douze employés sont régulièrement formés au centre de R&D de Servier à Orléans et actualisent chaque jour une grande banque de données accessible en ligne par les deux groupes.

Fort de cette relation, Servier a raflé à d’autres multinationales le co-développement du Lucitanib, une prometteuse molécule découverte par le Simm qui pourrait traiter des cancers fréquents, comme le cancer du sein, mais aussi certains plus répandus en Chine (estomac, foie…). Menés par le Centre de recherche thérapeutique de Servier à Pékin, où exercent 26 salariés, les premiers tests sur l’homme ont débuté récemment. La molécule a déjà obtenu une procédure d’enregistrement accélérée par les autorités chinoises, conscientes de son intérêt stratégique pour le pays. "Ce serait la première molécule de thérapie ciblée découverte en Chine", assure Emmanuel Canet, vice-président en charge de la R&D de Servier. Elle pourrait arriver sur le marché dès 2018 ou 2019...

Un gigantesque pôle de recherche inauguré par Sanofi

Mais attention à la concurrence ! Car, à l’instar de Boston ou de la Californie, Shanghai est le nouveau cluster pharmaceutique où investir, assure un expert. Peu de temps après le britannique GSK, Sanofi, le numéro un français de la pharmacie, y a inauguré fin septembre un gigantesque pôle de recherche pour l’Asie. Avec ses 1 400 employés, il planchera sur la biopharmacie, les maladies rares, les vaccins et les produits vétérinaires. Jean-Philippe Seta, le président opérationnel de Servier remercié il y a un an, qui a porté l’internationalisation du groupe et tout particulièrement la création et le développement des filiales chinoises, avait l’ambition de créer un tel centre de recherches. Mais le laboratoire dit préférer pour l’instant se concentrer sur les partenariats. Une démarche plus adaptée à la taille de l’entreprise et qui a l’avantage de favoriser l’agilité et le transfert de technologies et fait monter en puissance des chercheurs chinois, selon Emmanuel Canet.

Car les ambitions de la Chine pour devenir un leader du médicament ne s’arrêtent pas là (lire l'encadré). Dès 2016, un site de 100 hectares dédié à la science devrait émerger à Shanghai. "Sur les 17 membres du gouvernement, 7 sont des docteurs formés aux Etats-Unis ou en Europe, confie un expert. Ils savent de quoi ils parlent en matière de recherche ! Leur seul handicap : concilier un régime autoritaire avec l’ouverture d’esprit que requiert la science..."

Gaëlle Fleitour, à Shanghai

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