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"La Chine est à un point de non-retour en matière économique", selon le président de la Chambre de commerce européenne en Chine

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Publié le

Entretien En pleine mutation de l’économie chinoise, L’Usine Nouvelle a interviewé à Pékin, Davide Cucino, président de la Chambre de commerce européenne en Chine (EUCCC) sur les changements à l’œuvre dans la deuxième économie du monde. Celui-ci participait aux rencontres officielles organisées à l’occasion de la visite la semaine dernière à Pékin du Commissaire européen à l’industrie Antonio Tajani. Le président de l’EUCCC, organisme dont les publications et avis sont très remarqués, confirme le ralentissement de la croissance et appelle à l’accélération des réformes.

La Chine est à un point de non-retour en matière économique, selon le président de la Chambre de commerce européenne en Chine
Davide Cucino, président de l'EUCCC
© D.R.

L'Usine Nouvelle - A 7,5% la croissance de l’économie chinoise parait enviable mais en fait, elle plafonne, vos membres confirment-ils ce phénomène?

Davide Cucino - Oui. Les entreprises européennes nous disent ressentir ce ralentissement, et aussi l’augmentation des coûts, notamment celui du travail. Ces éléments ressortent clairement de notre étude annuelle "Business confidence", réalisée avec Roland Berger et parue en mai. Celle-ci s’appuie sur des informations recueillies directement auprès de 526 de nos 1 700 membres. La tendance s’est confirmée depuis. Chacun a conscience qu’il existe désormais en Asie, ou ailleurs, des pays où les coûts de production sont moins élevés. Nos entreprises expriment aussi pour une part importante le sentiment que la rentabilité du marché chinois va baisser pour elles dans les années à venir. Les entreprises vont devoir se concentrer sur l’innovation, les secteurs à forte valeur ajoutée ou l’économie verte, qui est justement le  thème des rencontre des 18 et 19 juillet à Pékin entre des entreprises européennes et chinoises.

Dans tous ces domaines, il reste encore beaucoup d’espace, donc nos entreprises gardent un regard positif sur les perspectives globales. En fait, il n’existe pas aujourd’hui dans le monde de marché aussi considérable et avec le même niveau de croissance que celui de la Chine!

L’an dernier le rapport de votre Chambre sur le climat des affaires était assez négatif, une part significative des entreprises européennes interrogées affirmaient même vouloir quitter la Chine, qu’en est-il cette année ?

Les résultats sont moins inquiétants, ce qui montre que les entreprises s’adaptent. Même compte tenu du ralentissement de la croissance, la Chine reste identifiée comme un marché que l’on ne peut rater, particulièrement dans l’ouest qui connait un fort développement. Aujourd’hui les deux tiers des investissements sont d’ailleurs localisés dans les provinces de l’ouest et du centre du pays.

Cette année est très importante en Chine car en mars dernier sont entrés en fonction le nouveau président Xi Jinping ainsi que le premier ministre Li Keqiang dont, sur le plan économique, on attend à la fois des réformes et un pilotage adéquat de la croissance dans cette période délicate. Votre Chambre formule tous les ans des "recommandations" aux autorités, qu’attendez-vous du nouveau pouvoir ?

Qu’il réforme! Avec ce changement de leadership, beaucoup d’entreprises étrangères espèrent que les réformes nécessaires seront faites, par exemple dans la gestion des sociétés publiques dont chacun sait que le mode de fonctionnement doit être revu, ce qui aura des implications sur l’ensemble de l’économie. Au sein du pouvoir, certains sont en ligne avec cette nouvelle approche, mais la question est de la faire appliquer tout au long de la chaine, jusqu’au niveau local. Ce n’est pas une tâche facile. A notre niveau, nous avons encore des doutes sur la réalité et la vitesse des changements à venir car cela demande de la part de toutes les autorités un réel changement d’état d’esprit.

En matière économique, l’état de droit, par exemple concernant les règles de propriété intellectuelle, progresse-t-il ou y-a-t-il encore de notables pratiques discriminatoires envers les sociétés étrangères?

Je dois être honnête : les lois et les régulations nécessaires à la réforme et la modernisation de l’économie sont souvent déjà en place. Le sujet, là encore, c’est leur mise en œuvre, leur application concrète qui demeure problématique notamment au niveau des administrations locales. Il reste ainsi bien des situations où coexistent des régulations centrales, des régulations locales ou des règles concernant un certain type d’industrie qui peuvent être contradictoires les unes avec les autres.

Parfois aussi, nos entreprises rencontrent des problèmes d’accès au marché alors qu’elles ne devraient pas. Cela pose la question de la "consolidation" de toutes ces réglementations. De plus, beaucoup de nos entreprises déplorent que la Chine maintienne toujours fermés aux entreprises étrangères certains de ses marchés comme dans les domaines des services ou des achats publics.

Rien n’a changé en Chine ?
Nos entreprises membres ont accueilli avec satisfaction les projets de réformes du nouveau pouvoir arrivé en mars mais notre message est que maintenant il est temps d’agir. Car l’action parait plus lente que les slogans. C’est compréhensible, ce n’est pas une tâche facile. Nous pensons qu’il sera difficile de mettre en œuvre de nouvelles règles de fonctionnement de l’économie si les autorités attendent trop. Pourtant, c’est nécessaire car la Chine est arrivée à un point de non-retour en matière économique. Elle doit se réformer.

Récemment des cadres du groupe pharmaceutique britannique GSK ont été gravement mis en cause pour des affaires de corruption, il y a eu aussi des enquêtes pour entente sur le prix du lait infantile touchant Danone ou Nestlé, le pouvoir en Chine mène-t-il une campagne contre les entreprises étrangères ?

Non, je ne le pense pas. Je ne parlerais pas des cas spécifiques que vous citez car je n’en connais pas le détail. Mais, selon moi, l’actuelle campagne anti-corruption, et plus globalement celle du respect du droit des affaires, cible les sociétés ne respectant pas les règles, à savoir les groupes étrangers et aussi les entreprises chinoises. En la matière, la campagne semble toucher tout le monde. Selon nous, ce qui est important, c’est que les autorités s’appuient sur des faits, mettent en lumière des preuves tangibles dans le respect du droit et ne ciblent pas tel ou tel à priori.

Propos recueillis à Pékin par Pierre-Olivier Rouaud

Le lobby du business européen fait entendre sa voix à Pékin
Créée en octobre 2000, l’European Union Chamber of Commerce in China (EUCCC) ou Chambre de commerce européenne en Chine rassemble 1 700 entreprises de tous secteurs d’activité avec notamment de grands noms comme Bae, Unilever, Alstom, Eads, ArcelorMittal, Danone, ABB ou Deutsche Bank. C’est le principal lobby du secteur privé européen auprès des autorités chinoises. Elle publie tous les ans plusieurs études remarquées dont la "China Business Confidence Survey" ou encore un "Position paper" qui rassemble des recommandations précises aux autorités, certaines déclinées au niveau régional (Pékin, Shanghai, Chongqing, etc…). L’EUCCC s’exprime aussi régulièrement sur des sujets d’actualité comme les différents commerciaux, (taxation des vins européens par exemple) ou le respect de la propriété intellectuelle. Son président, Davide Cucino de nationalité italienne est directeur général en Chine du groupe Finmeccanica. Il était présent lors de plusieurs rencontres officielles aux côtés du Commissaire européen à l’industrie Antonio Tajani à l’occasion du passage de celui-ci à Pékin les 18 et 19 juillet dans le cadre des rencontres d’affaires "Mission to growth" organisées par les services du commissaire Tajani.

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