La Chine envisage de longue date de taxer les berlines allemandes

Après le vin français, les voitures de grosse cylindrée allemandes pourraient être l’objet de taxes à l’importation en Chine. Présentée comme une mesure de rétorsion dans le conflit avec l’Union européenne à propos des équipements photovoltaïques, cette mesure s’inscrirait en fait dans une stratégie d’appui aux constructeurs automobiles chinois engagée bien avant ce conflit.

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La Chine envisage de longue date de taxer les berlines allemandes

Dans le cadre de joint-ventures, les constructeurs automobiles étrangers détiennent toujours près des trois quarts du marché automobile chinois. Un échec de la politique de développement du "Made by China" très mal vécu par les autorités.

C’est particulièrement le cas sur le segment des voitures haut de gamme, outrageusement dominé par le trio AudiBMWMercedes. Celui-ci a cumulé près de 900 000 ventes en Chine l’an dernier. L’essentiel de ces véhicules sont produits dans le pays, en association avec des partenaires chinois. Mais une partie importante – environ 300 000 l’an dernier — est importée.

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Des investissements lourds à rentabiliser

Or les autorités chinoises aimeraient desserrer cette emprise des géants du luxe allemand, pour faire de la place aux grands constructeurs chinois qui se sont lancés récemment sur ce créneau.

Le groupe FAW, troisième constructeur chinois, a en effet ressuscité cette année sa légendaire marque HongQi (celle des limousines de Mao Zedong, qui avait été mise en sommeil dans les années 1980), positionnée sur le haut de gamme. Tout comme la marque Roewe de SAIC, le premier constructeur chinois.

Sans compter le nouveau venu Qoros (présenté en Europe au dernier Salon de Genève), émanation du groupe Chery qui est allée recruter des ingénieurs en Allemagne. Autant d’investissements lourds, que Beijing aimerait voir rentabilisés sur le marché domestique.

Une offensive engagée avant le conflit avec l’Union

Preuve de cette volonté : au nom de l’"austérité" affichée par la nouvelle équipe dirigeante, les importations de voitures de fonctions de luxe sont interdites aux cadres du gouvernement ou du Parti communiste depuis février dernier. Les renouvellements des flottes de voitures officielles doivent être chinois.

Parallèlement à cette action sur les flottes officielles, réorienter le marché des particuliers, qui s’est envolé ces dernières années, constituerait une aide encore plus importante pour les marques nationales. Et l’offensive a commencé ici aussi, et bien avant le conflit commercial avec l’Union européenne. Mi-mars, la chaîne de télévision nationale CCTV diffusait ainsi un reportage qui a fait grand bruit, affirmant la présence de substances cancérigènes dans certains modèles d’Audi, BMW et Mercedes commercialisés en Chine.

Une taxation de la part importée des berlines allemandes vendues en Chine, serait une aide supplémentaire à l’émergence de Roewe, HongQi ou Qoros. Présentée comme une possible rétorsion au conflit sur le photovoltaïque, et opportunément utilisée dans le cadre de celui-ci, cette mesure a été envisagée par les autorités chinoises bien avant.

Jean-François Dufour,
DCA Chine-Analyse

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