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La chimie à l’heure allemande

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Pour résister à la concurrence, la chimie française s’inspire des plates-formes territoriales allemandes, dont le maître mot est mutualisation.

La chimie à l’heure allemande
Pour attirer les capitaux étrangers, la métropole de Lyon transforme sa vallée en campus industriel de la chimie durable et des cleantechs.
© Pour attirer les capitaux étrangers, la métropole de Lyon transforme sa vallée en campus industriel de la chimie durable et des cleantechs.

Ici, 35 000 salariés, 100 kilomètres de routes empruntées quotidiennement par 2 000 camions, des conteneurs transportés par trains ou par péniches sur le Rhin… Bienvenue à Ludwigshafen, berceau du leader mondial de la chimie BASF. Il s’agit de l’un des six sites intégrés du groupe allemand, les fameux « Verbund ». À 250 kilomètres plus au nord, à Leverkusen, s’étend le Chempark. Le Verbund du concurrent Bayer, qu’il partage avec des dizaines d’autres entreprises. Ces gigantesques plates-formes structurées ont fait de l’industrie chimique allemande, le leader européen et le numéro quatre mondial, un modèle. Leur recette ? Combiner production intégrée, gouvernance unifiée et mutualisation des services et des utilities pour réduire les coûts et atteindre une taille critique [lire l’entretien page 42].

De l’autre côté du Rhin, le 28 janvier, Emmanuel Macron a rendu visite à une toute jeune plate-forme. Dans les Bouches-du-Rhône, Piicto entend regrouper acteurs industriels, économiques et institutionnels pour rendre plus attractive la zone portuaire autour de l’immense site pétrochimique de Fos-sur-Mer. Parviendra-t-elle à se structurer comme le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) ou comme Roussillon (Isère), les deux plates-formes phares de l’Hexagone [lire page 44] ? Leurs derniers faits d’armes : avoir convaincu de grands fabricants étrangers de fibres de carbone – Toray pour la première, Hexcel pour la seconde – d’investir massivement sur leurs terres.

Manque de gouvernance collective

« Ce concept de plate-forme est déjà le business model de référence de la chimie sur un plan territorial. Il l’est encore davantage pour l’avenir ! », estime Nicolas de Warren, le directeur des affaires institutionnelles d’Arkema. Avec 700 salariés sur place, le numéro un français de la chimie est devenu le principal opérateur du bassin de Lacq, dont il a mené avec succès la reconversion avec Total. Comment étendre ce modèle aux dix-sept plates-formes chimiques recensées en France en 2013 ? [voir notre carte page 42] La Direction générale des entreprises (DGE) et l’Union des industries chimiques (UIC) ont fait plancher le cabinet Advancy. Que dit son étude, dévoilée fin 2014 ? Sixième productrice mondiale, notre industrie chimique doit se structurer si elle entend rester compétitive face à l’Asie et aux États-Unis, favorisés par le gaz de schiste. Or ses plates-formes manquent encore de gouvernance collective, de mutualisation, souffrent d’une réglementation trop restrictive ou de restructurations récentes, comme Vencorex au Pont-de-Claix (Isère).

Passé le diagnostic, place à l’action. Pouvoirs publics et entreprises se sont engagés au sein du comité stratégique de filière chimie et matériaux. Avec deux priorités : « améliorer la gouvernance et la promotion des plates-formes », observe Marc Rico, chef du bureau chimie et biotechnologies à la DGE. L’UIC a créé un groupe de travail pour permettre à ses adhérents d’échanger chaque trimestre. À Carling (Moselle) ou Chalampé (Haut-Rhin), des géants comme Total, Arkema et le chimiste belge Solvay jouent les fers de lance. Mais attirer un Toray n’arrive pas tous les jours ! « Nous sommes aussi dans une logique d’accueil de start-up de la chimie, explique ­Nicolas de ­Warren. L’interaction avec nos capacités de recherche est alors cruciale. » À deux pas du groupement de recherche de Lacq d’Arkema, la pépinière Chemstart’up propose ainsi des infrastructures aux jeunes pousses de la filière.

Mutualisation des services

Reste la gouvernance… « C’est ce qu’il y a de plus compliqué à mettre en place », reconnaît Didier Le Vély, le directeur des affaires économiques et internationales de l’UIC. Pas facile de constituer un groupement d’intérêt économique rassemblant petits et grands industriels, collectivités, académiques…, comme chez Piicto ou Lacq. Jouer la carte du pragmatisme peut parfois suffire. En commençant, par exemple, par des synergies dans le cadre de contrats. Les agences de promotion locales prenant ensuite le relais côté marketing.

La métropole de Lyon a ainsi recensé 60 hectares de foncier à reconquérir pour transformer sa vallée de la chimie en campus industriel de la chimie durable et des cleantechs. Elle a lancé en septembre 2014 un « Appel des 30 ! », avec des partenaires de tous horizons : Air liquide, Total, Sanofi, le pôle de compétitivité Axelera… Un an plus tard, onze dossiers avaient été déposés : du village de PMI cleantech à l’unité de production d’énergie verte à partir de biomasse… À l’international, c’est Business France qui va jouer le rôle de VRP. Avec l’UIC et la DGE, il vient de boucler une plaquette valorisant les plates-formes les plus structurées. Objectif : attirer les investisseurs étrangers et apporter de la lisibilité à l’offre chimique ­hexagonale. L’État a aussi fait des efforts pour ­réduire le différentiel de coût de l’énergie avec l’Allemagne ou les États-Unis, via des mesures en faveur des ­électro-intensifs… Prochaine étape, aux yeux de Didier Le Vély, « industrialiser les innovations sur ces plates-formes et transformer l’essai en emplois ». Mais aussi « développer la mutualisation des services : administratifs et techniques, utilités, sécurité, santé et environnement, voire prestations réglementaires… », estime Nicolas de Warren. Avec un espoir partagé par la DGE : ­inscrire dans la loi le concept de plate-forme chimique. Afin de simplifier leur réglementation et de promouvoir des circuits locaux d’économie circulaire et d’écologie industrielle. 

« Des investissements importants sont nécessaires »

Olivier Ubrich, directeur général France de BASF (numéro un mondial de la chimie)
 

Comment expliquer le succès des plates-formes intégrées de BASF ?

Les avantages de nos six « Verbund » sont multiples. Une compétitivité accrue, car l’énergie utilisée par une réaction sert dans le réacteur suivant. De même qu’un sous-produit né d’une réaction chimique pourra être valorisé par la suite. C’est plus difficile avec des sites éloignés. Nous économisons également quelque 3,5 millions de tonnes d’équivalent CO2 chaque année. L’effet de masse nous permet aussi de mutualiser des expertises et services. Enfin, c’est un lieu idéal pour attirer les talents. Avec les 200 ateliers de production représentant presque toutes nos activités à Ludwigshafen – le siège de BASF et notre plus grand Verbund –, il y a la possibilité d’exercer des métiers passionnants sans déménager.

Est-ce transposable en France ?

En France, les 2 500 salariés de BASF sont répartis sur une dizaine de sites, ce n’est pas du tout la même échelle. Mais à Huningue (Haut-Rhin) et à Elbeuf (Seine-Maritime), nous participons à des plates-formes partagées avec d’autres entreprises. Le concept a minima de mutualisation des services existe déjà avec le traitement des effluents, des laboratoires analytiques, des départements de sécurité pour les sites Seveso…

Étendre ce modèle serait un avantage compétitif pour la France. En Europe, nous sommes dans un marché économique complexe, avec des coûts de production élevés et des coûts d’énergie importants, ce qui impacte beaucoup la chimie. Nous n’en sommes encore qu’au début, mais il y a une prise de conscience partagée par le gouvernement, l’UIC et les industriels. Des investissements importants sont nécessaires et cela ne se fait pas en un jour. Mais la volonté est là.

Quelles sont les limites de ce modèle ?

Chez BASF, l’organisation des molécules se fait à partir d’un craqueur placé au milieu du Verbund, avec des fabrications de plus en plus complexes au fur et à mesure que l’on s’éloigne. Conséquence, vous ne pouvez pas arrêter un Verbund du jour au lendemain ! Et il requiert une grande expertise. En interne, nous travaillons énormément pour tenter de réduire cette complexité. Le système doit être extrême­ment réfléchi afin que des interactions physiques existent, mais que chaque partie de la plate-forme conserve une certaine indépendance. ??

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