La chaude concurrence des zones industrielles

Toulouse et ses environs proposent plusieurs zones industrielles aux entreprises candidates à l'implantation. Une offre trop abondante pour de saines relations entre les différents acteurs économiques, ainsi qu'entre ces derniers et les entreprises.

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Peu de demandes de la part des entreprises face à une offre pléthorique de terrains. En la matière, l'agglomération toulousaine fait figure de cas d'école. La concurrence y est âpre, et la multitude des intervenants dans la gestion des zones industrielles impressionnante. L'intercommunalité n'avance qu'à petits pas. Le meilleur exemple est StorageTek, dernière grosse implantation industrielle dans l'agglomération, dont le bâtiment a été livré en janvier 1995 (210millions de francs d'investissement pour 470 emplois d'ici à 1998). "C'est une série d'éléments, et non un seul, qui a déterminé le choix de la zone." L'actuel dirigeant de StorageTek, Jean Barcellini, est bien placé pour le savoir. Il était à l'époque à la tête de la Techno-pole, organisme chargé du développement économique de l'agglomération (principalement pour le compte des quinze communes du district du Grand Toulouse). Entre les deux dernières zones en lice, Basso-Cambo et Labège-Innopole, la bataille fut rude. La première l'emporta... Ce fut tout bénéfice pour StorageTek, qui obtint, au passage, l'avancement de la construction d'une voie de contournement à l'ouest de Toulouse reliant la zone à l'aéroport (achèvement prévu fin 1995), l'exonération de la taxe professionnelle sur cinq ans par la ville et le département (et sur deux ans par la région), enfin, la construction d'un bâtiment rétrocédé par Toulouse (soutenue par la région et le département) en crédit-bail sur dix-huit ans, y compris la valeur du terrain. Quant à Labège-Innopole, cette zone de 383entreprises, créée en 1983, attend en-core les financements qui lui permettraient de désengorger le principal accès au site (la première tranche de travauxcoûterait 50millions de francs).

200 hectares immédiatement disponibles

Un problème que n'ont pas toutes les zones aux alentours de la Ville Rose. Deux grands projets bien distincts en grande couronne - l'un à l'ouest (Cap Ouest), l'autre au Nord (Eurocentre) - ont en effet obtenu les financements nécessaires à leur démarrage. D'ici à fin 1996, 155millions de francs, financés par Eurocentre, l'Etat, le Feder et les Autoroutes du sud de la France, seront investis dans les infrastructures primaires du pôle logistique Eurocentre, auxquels s'ajoutent 54 millions d'acquisitions foncières. Quant à Cap Ouest, parc d'activités "haute techno-logie" dont le principal développeur est l'américain Pacific Summit Development, le conseil général vient de lui débloquer 20millions de francs pour la réalisation du principal accès. Voilà donc de nouveaux espaces qui s'ajouteront à ceux déjà commercialisables dans un périmètre plus proche du centre-ville. A elle seule, la commune de Toulouse annonce en effet pas moins de 200hectares immédiatement disponibles - 50 sur Basso-Cambo et 150 sur Saint-Martin-du-Touch (en attente de l'ouverture de la rocade début 1996) -, auxquels peuvent s'adjoindre 600 autres hectares à moyen et long termes, tous connectés au réseau des rocades et échangeurs... Sans compter les hectares immédiatement accessibles sur Blagnac, Colomiers ou Labège-Innopole. Selon la Technopole, l'agglomération "serait en effet apte à couvrir d'ores et déjà les besoins d'implantation d'entreprises pendant une période de six à sept ans".

L'intercommunalité au stade minimal

Cette offre pléthorique illustre de manière caricaturale la rivalité des collectivités locales. Coûteuse pour les finances publiques, une telle concurrence acharnée constitue une chance pour les trop rares entreprises qui souhaitent s'implanter. Elles n'ont, en ce qui concerne leurs interlocuteurs, que l'embarras du choix (voir carte). Du coup, les enchères montent vite et s'opèrent au détriment des petites communes. Explication de l'une d'entre elles: "La ville de Toulouse, avec ses 12500hectares, est suffisamment grande pour, jusqu'à une date récente, ne pas s'être inquiétée de ses portes." La première action en faveur de l'intercommunalité n'a eu lieu qu'en décembre 1992, date de la création du district du Grand Toulouse. Et encore! Cet organisme, aux compétences réduites, ne regroupe pour l'instant que quinze communes (toutefois 500000 habitants!). A Ramonville-Saint-Agne, par exemple, ville de 12000 habitants jusqu'ici restée en dehors de tout regroupement, on recon-naît ne pas pouvoir suivre la surenchère dans bien des cas. Comment en effet se passer de la taxe professionnelle alors que celle-ci représente une part indéniable de son budget? "Il faut davantage d'actions concertées", juge Daniel Borderies, directeur de la SEM du Canal. Bonne raison, pour Ramonville-Saint-Agne, de vouloir se rapprocher du Sicoval, où l'on tient les mêmes propos. Cette communauté de communes du sud-est de la zone (40000 habitants) est la seule à afficher et partager une taxe professionnelle unique (14,9%) aux trente-trois communes qui la composent. Et si la "TP" reste l'une des grandes préoccupations du district, son montant unique et son partage sont encore loin d'être une réalité. Blagnac (70% du budget) et Colomiers, appartenant au district, affichent pour 1994 des taux communaux respectifs de 19,68 et 22,49%, alors que celle de Toulouse est de 17,91%. Pourtant, quand on rencontre sur le terrain les différents acteurs, aux idées politiques souvent opposées - Toulouse et le district sont tenus par la droite ; la gauche est majoriaire au conseil général, dans les villes de Blagnac, Colomiers, Ramonville-Saint-Agne et au Sicoval -, ils jurent tous, la main sur le coeur, qu'une véritable "conciliation" serait aujourd'hui nécessaire. " Les choses s'améliorent cependant, ne serait-ce qu'en raison des surplus de terrains disponibles ", juge le nouveau président de la CCI, Louis Pech. Le maire centriste de Toulouse, Dominique Baudis, candidat à sa succession en juin, se propose d'ailleurs de jouer ce rôle de coordonnateur en étendant son "rayonnement" sur toute l'agglomération. Ce qui n'est évidemment pas du goût de tous. En attendant une réelle "coopération intercommunale" (utile pour le partage de la TP), des entités dites "fédératrices", à l'image de Toulouse et de son district, ne cessent d'éclore. Après le Sidexe, plein ouest (voir l'encadré Cap Ouest sur la carte), un nouveau syndicat intercommunal, Blagnac Constellation, regroupant six communes du nord-ouest de l'agglomération, devrait bientôt voir le jour. Son butest d'offrir à Blagnac des terrains pour s'agrandir. Soit, à terme, 700 hectares à aménager...

USINE NOUVELLE N°2505

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