La CFDT rappelle à Laurence Parisot ses engagements

A la suite de la publication de l’interview de Laurence Parisot dans L’Usine Nouvelle, Patrick Pierron, le secrétaire national de la CFDT en charge de la politique industrielle, la compétitivité, la recherche, le travail et le développement durable répond à la présidente du Medef. Il lui reproche d’oublier ses déclarations passées et de ne parler que de coût du travail, sans s’engager sur d’éventuelles contreparties.

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La CFDT rappelle à Laurence Parisot ses engagements

L'Usine Nouvelle - Laurence Parisot propose un choc de compétitivité. Que pensez-vous de la proposition qu’elle a faite à L’Usine nouvelle ?
Patrick Pierron - Avant toute chose, je voudrais faire deux commentaires. Laurence Parisot demande un choc de compétitivité de 70 milliards dans votre hebdomadaire. Dimanche, l’Afep parlait de 30 milliards d’euros.

Je suis vraiment très étonné par ces chiffres extravagants qui sont lancés, variant du simple à plus du double, sans que ne soit explicité la façon dont on les calcule. Outre le peu de sérieux que cela semble traduire, cela ne contribue pas à un débat public serein, ce que je déplore.

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En outre, nous avons signé il y a deux ans avec le Medef, l’UPA, la CGPME, la CFTC et la CGC une délibération économique sur le thème de la compétitivité. Nous étions tous d’accord pour dire que la compétitivité n’était pas qu’une question de coût du travail. C’est un élément, mais ce n’est ni le seul, ni le plus important. Nous avons signé un document où nous disons que le déficit d’investissement, d’innovation et de recherche, que le déclin de la formation sont des facteurs bien plus importants.

Or, aujourd’hui, Laurence Parisot donne l’impression d’avoir oublié qu’elle a signé ce texte. Elle ne parle que de transferts de charges et oublie tout le travail que nous avons fait en commun, avec la définition d’indicateurs très précis.

Laurence Parisot explique que la situation est urgente, elle a des accents dramatiques. Ne partagez-vous pas ce constat ? Cette urgence ne justifie-t-elle pas qu’on agisse d’abord sur le transfert de charges pour redonner de l’oxygène aux entreprises ?
Si la situation est si urgente que le dit Madame Parisot, je me demande bien pourquoi le patronat n’apporte pas de propositions concrètes à la grande négociation sur la sécurisation que nous a confié le gouvernement. C’est une première et c’est un vrai enjeu. Or, le chômage augmente mois après mois, la précarité se développe et là, le Medef n’a pas l’air très pressé d’apporter des solutions. On ne peut pas invoquer l’urgence uniquement quand cela va dans le sens de ses intérêts.

Vous ne voulez donc rien lâcher sur le coût du travail. Il n’y a pas de problème. C’est circulez il n’y a rien à voir ?
Remettons les choses en perspective. 80 % de nos échanges commerciaux se font en Europe, où la différence du coût de travail n’est pas aussi élevée que ça. Réglons d’abord cette question à l’échelle européenne.

Ceci étant, la CFDT est favorable à un transfert vers la CSG, notamment pour ce qui relève de la protection des risques universels. L’idée qu’ils soient financés par une cotisation pesant sur tous les revenus va dans le bon sens.

Je suis étonné qu’on continue avec ses discours sur le coût du travail. Avant même que je sois militant, j’ai toujours entendu le patronat dire qu’il est trop élevé. Une bonne partie de la politique de l’emploi consiste à accorder des exonérations pour le réduire. Pour quels résultats ? Quand Laurence Parisot demande 70 milliards de transfert, il est pour le moins incroyable qu’elle ne s’engage même pas sur les contreparties. Combien d’emplois sauvés ? Quel volume d’investissements sera ainsi permis ? Elle n’en dit rien. Pour elle, il faut transférer sans aucune contrepartie, il suffirait de faire confiance aux chefs d’entreprise…Or, rien ne garantit que ce transfert se transformera en emploi ou en investissement. Ce serait dramatique de découvrir que le choc de compétitivité n’a servi qu’à enrichir les actionnaires.

Vous évoquez une délibération économique signée par plusieurs syndicats. Vous n’attendez donc rien du rapport Gallois ?
J’ai été très surpris qu’on demande un rapport supplémentaire, car à cette délibération il faut ajouter l’avis du Conseil économique social et environnemental, sans oublier les travaux du haut conseil sur le financement de la protection sociale. Le rapport Gallois ira certainement dans le même sens que tous ces documents. Attendons ces conclusions, car je suis très étonné que tout le monde commente un document que finalement peu de personnes ont lu.

Que pensez-vous des déclarations du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui n’exclut pas un débat sur les 39 heures payées 39 ?
Revenir sur les 35 heures serait une erreur fondamentale. Elles ont ouvert sur le dialogue social, qui est un facteur de compétitivité essentiel. Partout où des accords ont été vraiment négociés, les salariés y sont très attachés.

Ce débat sur les 35 heures est très idéologique. Ses promoteurs sont ceux qui refusent un cadre commun pour l’activité économique. Aujourd’hui ce sont les 35 heures, demain ce sera le SMIC. C’est peut-être la vision du Medef, ce n’est pas celle de la CFDT. Il y a suffisamment d’inégalités dans le salariat et elles sont tellement criantes que l’urgence n’est vraiment pas d’en rajouter.

Propos recueillis par Christophe Bys

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