La CFAO entre dans les ateliers de chaussures

De la conception des modèles jusqu'à la découpe des cuirs, la CFAO fait son entrée chez les fabricants de chaussures. Finis les emporte-pièce et les patrons en carton. L'industriel gagne en flexibilité et en rapidité.

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Sept cents entreprises équipées dans le monde, moins de 15% des fabricants français. Dans l'industrie de la chaussure, CAO et FAO sont loin d'être monnaie courante. Pour toutes les entreprises, la problématique est la même. Comment gagner en flexibilité et proposer de nouveaux modèles durant toute l'année? Bref, comment mieux coller à la demande pour retenir des consommateurs attirés par des produits venus des pays à faible coût de main-d'oeuvre? De la conception des produits jusqu'à leur fabrication, l'informatique peut maintenant venir au secours des industriels. En théorie, les systèmes de CFAO actuels permettent de suivre la chaussure du premier dessin jusqu'à la découpe des cuirs. Mais ce schéma idéal est peu répandu. Rares sont les industriels qui s'équipent d'emblée de pied en cap. Les entreprises démarrent souvent par les logiciels de patronage, les plus anciens et les plus connus dans la profession. Mais l'informatique peut intervenir beaucoup plus en amont, au stade de la conception même de la chaussure. Ainsi, dans son usine de Sarrebourg, Méphisto a investi dans un système d'aide à la création. "Nous pouvons faire des essais de coloris et de textures sur ordinateur, ce qui limite la fabrication d'échantillons, très coûteuse", explique André Wilhem, responsable du bureau d'études. Avant de lancer la fabrication d'une nouvelle série, l'industriel envoie une copie papier des nouveaux modèles, dessinés sur ordinateur, à ses commerciaux. Une façon de tester la réaction des acheteurs et d'effectuer une présélection. Après avoir dessiné la chaussure, il faut ensuite travailler sur ses volumes. Mais impossible de créer entièrement les formes de chaussures à l'écran. "Elles ne correspondent à aucune figure géométrique", explique Claude Doignon, responsable des applications "chaussures" chez Lectra Systèmes.

Gain de temps et de précision

Les systèmes CAO existants doivent donc tous partir d'une forme "en dur", qui est ensuite numérisée. Le logiciel permet alors d'obtenir, automatiquement et en quelques minutes, la mise à plat. Une opération indispensable avant la réalisation des patrons et qui demandait des heures de travail minutieux. S'il n'est pas possible de créer de toute pièce une nouvelle forme sur l'écran, le logiciel permet, partant d'une forme numérisée, de créer des modèles à partir de celui de base. Par exemple, si le styliste décide de redessiner la pointe de la chaussure ou de changer la hauteur de son talon, le logiciel modifie la forme initiale, puis effectue la mise à plat du modèle. Soit, là encore, des économies de temps et d'argent. Arrive ensuite l'étape de la fabrication du patron, indispensable à la découpe du cuir ou du textile de la future chaussure. Grâce aux logiciels de patronage, cette opération ne demande que quelques minutes de calcul à l'ordinateur, contre de nombreuses heures de travail manuel. Il n'est pas nécessaire à l'entreprise d'avoir investi dans un système de mise à plat automatique pour faire tourner son logiciel de patronage. Celui-ci peut travailler à partir d'une mise à plat faite manuellement, qui est ensuite numérisée. Ainsi, chez Myris, tous les patrons des nouveaux modèles sont réalisés sur ordinateur. Equipé depuis trois ans, le bureau d'études de la firme de Limoux (Aude) a recruté des jeunes. Peu expérimentés en patronage manuel, ils se sont rapidement formés aux techniques informatiques. "Nous avons gagné en précision et en rapidité", explique Jacques Dudonney, directeur de la production. Chez Stéphane Kélian, la graduation, qui était sous-traitée à un spécialiste de Romans, a été réintégrée dans l'entreprise. "Nous nous limitions à une seule pointure. Désormais, nous pouvons tout faire en interne, ce qui nous permet de réaliser d'importantes économies", souligne Marlène Compte, responsable du bureau d'études.

Les habitudes de travail remises à plat

Le logiciel permet aussi une meilleure gestion de l'historique. Finies les centaines de carton. Les patrons de tous les modèles créés par l'entreprise sont conservés dans une banque de données. Il est facile de les retrouver et de les réutiliser. Un "plus" dans une optique de création permanente. "Repartir sur des bases existantes, cela nous facilite la vie", reconnaît André Wilhem, de Méphisto. La CAO seule n'est qu'une étape. C'est en la couplant avec des équipements de FAO, telle la découpe, que l'investissement est vraiment rentabilisé. Difficile de se lancer dans une politique de création et de réactivité quand le moindre nouveau modèle nécessite la réalisation d'emporte-pièce. Couplés au patronage, les systèmes de découpe au jet d'eau autorisent l'entreprise à fabriquer des petites séries pour exposer ses modèles sur un salon ou les tester en magasin. "Nous n'hésitons plus à fabriquer 150 paires pour tester le marché, alors qu'avant nous fabriquions d'emblée 3000paires, au risque d'en solder 2700", explique le directeur de la production de Myris. Pour Stéphane Kélian, dont les produits très typés sont "risqués" et les séries presque toujours petites, le jet d'eau évite là aussi bien des dépenses. Investir dans une machine de découpe au jet d'eau coûte cher, souvent plus de 1million de francs. "Pour bien rentabiliser ce type d'équipement, les entreprises doivent généralement repenser l'organisation complète de leurs ateliers. Elles ont intérêt à faire tourner ces machines en deux, voire trois-huit. Une partie de l'usine étant alors réorganisée pour fabriquer des petites séries", note Edouard Maitre, secrétaire général de la Fédération de la chaussure.S'équiper en CFAO ne passe pas seulement par des investissements importants et une réorganisation des ateliers, ce sont les habitudes de travail qui doivent être remises à plat. Ainsi, les grandes séries lancées juste pour la saison ne sont plus d'actualité. L'entreprise doit s'obliger à travailler ses modèles avant les grandes ventes et accepter de les faire évoluer en fonction de la réaction des consommateurs. Autant d'aller et retour dans la mise au point qui demandent davantage de travail. Même s'il faut souvent du temps pour que les nouvelles techniques "entrent dans les moeurs", comme le souligne Jacques Dudonney, le mouvement est lancé. En témoigne la société Est-Découpe qui vient d'être créée par une quinzaine d'industriels d'Alsace-Lorraine.Ensemble, ils ont investi deux millions de francs dans un outil de CFAO pour fabriquer des petites séries.





Lectra veut équiper les Américains et les Asiatiques

Forte de son accord passé il y a quelques semaines avec la SSII Stratégies, Lectra Systèmes dispose désormais d'une offre complète pour l'industrie de la chaussure. Le spécialiste français de la CFAO en textile-habillement ne cache pas ses ambititions sur ce marché: réaliser 10% de son chiffre d'affaires, soit 60millions de francs, dans les deux ans. Un objectif ambitieux, mais réalisable dans un domaine où beaucoup reste à faire. Pour s'imposer, la firme de Bordeaux compte bien profiter de sa force de frappe commerciale - une présence dans soixante-cinq pays - pour diffuser ses produits non seulement en Europe, mais également au niveau mondial. Premiers visés: les pays d'Amérique latine, et notamment le Brésil, où les industriels ont vite compris l'intérêt de ces technologies. "Nous avons déjà là-bas une quinzaine de clients", note Jean-Bernard Lagenette, responsable du département chaussures chez Lectra. L'entreprise multiplie les contacts en Asie. Elle négocie un contrat avec un industriel chinois. Une fois équipé, ce fabricant prévoit de doubler sa production à 100millions de paires... L'Europe n'a pas de temps à perdre!



Bidegain fait tourner ses machines

R
entabiliser ses équipements au maximum, c'est la règle que s'est fixée Bidegain. Il faut dire que quand on a investi 35millions de francs en dix ans en CFAO et automatismes comme l'industriel de Pau, pas question de laisser dormir le matériel. Alors que les fabricants de chaussures cantonnent encore souvent le jet d'eau aux échantillons, le spécialiste de la chaussure pour enfant (900000paires par an) découpe aujourd'hui 90% de ses dessus de chaussures au jet d'eau. La machine (qui tourne en deux ou en trois-huit) travaille pour l'usine française et pour les ateliers marocains de l'entreprise. D'ici à la fin de l'année, elle sera renforcée par un système de scanner qui permettra de ramener les temps de placement avant la découpe de neuf à six minutes. Depuis 1984 et l'investissement dans un logiciel de DAO, il n'est pas un modèle qui n'ait été créé sans l'aide de l'informatique. Les stylistes n'envisageraient plus de travailler sans leur base de données.

USINE NOUVELLE N°2505

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