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"La cession de Nutricia n’est pas un aveu d’échec pour Danone", estime Jean-Pierre Esteoule

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Entretien La rumeur d’une cession par le groupe Danone de sa branche Nutrition médicale semble se confirmer, selon plusieurs sources, même si le groupe refuse toujours de livrer le moindre commentaire sur le sujet. Danone chercherait bien à vendre cette activité, rachetée en 2007, une des plus rentables, mais aussi la plus petite du groupe. Jean-Pierre Esteoule, senior manager au cabinet Kurt Salmon et spécialiste de l’industrie agroalimentaire, répond à nos questions sur les raisons possibles du désengagement du groupe laitier de sa filiale Nutricia.

La cession de Nutricia n’est pas un aveu d’échec pour Danone, estime Jean-Pierre Esteoule © Danone

L’Usine Nouvelle - Quelles sont les raisons qui, selon vous, conduisent Danone à organiser la vente de son activité nutrition médicale Nutricia ?

Jean-Pierre Esteoule - C’est une activité qui génère une importante marge et une forte croissance. La division a dégagé 18,16 % de marge opérationnelle en 2013, tandis que le chiffre d’affaires a cru de 5,8 % sur la période. Mais c’est aussi la plus petite division des quatre que compte le groupe, avec 1,34 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Cette cession lui permettrait de récupérer du cash, afin d’investir dans ses activités historiques, les eaux, mais surtout les produits laitiers frais et la nutrition infantile.

Cette vente n’est-elle pas un aveu d’échec, alors que le groupe avait acheté Numico, il y a seulement six ans ?

Ils espéraient certainement faire grossir davantage la division par croissance interne ou externe. En outre, ce sont principalement des produits de prescription avec tout ce que cela comporte : incertitudes sur les politiques publiques, nécessité de moyens importants pour toucher les prescripteurs... Mais cette cession n’est pas un aveu d’échec, c’est un choix stratégique de recentrage. Et comme cette activité intéresse d’ores et déjà plusieurs candidats, à commencer par Nestlé ou l’Allemand Fresenius, cela permettra à Danone de bien la valoriser.

Pensez-vous que Danone pourrait, comme évoqué par certaines sources, scinder l’activité nutrition médicale en deux et en conserver une partie, autour des produits vendus en pharmacie ?

Je ne suis pas sûr que cela aurait beaucoup de sens. L’hypothèse selon laquelle il garderait l’activité de produits en pharmacies et vendrait la partie clinique serait complexe à gérer, poserait certainement des problèmes de carve-out* et risquerait surtout de moins intéresser les candidats potentiels.  

Dans quoi, selon vous, le groupe pourrait investir le cash dégagé par cette cession ?

Le groupe cherche à se relancer sur ses activités historiques, les produits laitiers frais, les eaux et la nutrition infantile. Cela pourrait lui permettre d’accélérer encore sa croissance dans les pays émergents et relancer l’innovation dans les pays occidentaux, principalement en Europe. Le groupe cherche à renouveler des succès comme ceux d’Activia et Actimel il y a quelques années. Mais les innovations sont par nature plus rares dans la grande consommation alimentaire et plus difficiles à imposer que dans d’autres secteurs. On n’est pas sur le même rythme que dans des secteurs comme la high tech.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

* carve-out : opérations de séparation d’une société vendue avec la société vendeuse, notamment dans la cas d’une cession partielle d’une activité

NB :  Nutricia possède 4 usines dans le monde : Liverpool (Grande-Bretagne), Zoetermeer (Pays-Bas), Shanghai (Chine) et Fortalezza (Brésil)

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