La Bretagne, en crise, objet d’une réunion d’urgence à Matignon le 16 octobre

Plusieurs centaines de salariés de l’agroalimentaire breton manifestaient à Brest ce 14 octobre, contre les nombreuses suppressions de postes dans le secteur annoncées depuis un an, notamment chez le groupe Gad. Une réunion d’urgence sur la filière bretonne devrait avoir lieu à Matignon le 16 octobre.

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La Bretagne, en crise, objet d’une réunion d’urgence à Matignon le 16 octobre

"Sauvez nos emplois et l'industrie bretonne !", scandaient ce lundi 14 octobre près de 300 manifestants, salariés de l’industrie agroalimentaire, qui bloquaient des routes du département et l’aéroport de Brest (Finistère). Ils protestaient contre l’annonce le 11 octobre par le tribunal de commerce de Rennes de valider le plan de continuation du groupe Gad, entraînant la suppression de 889 postes et la fermeture de deux sites : Lampaul-Guimiliau (Finistère) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Une annonce qui fait suite à une triste série de restructurations dans l’agroalimentaire breton depuis plus d’un an, de Doux à Marine Harvest en passant par Tilly-Sabco.

"C'est réellement une hécatombe qui est en train de se produire en Bretagne", a affirmé Corinne Nicole, porte-parole de la CGT du groupe volailler Tilly-Sabco. Selon elle, il faut s'attendre au total à "la suppression de 8 000 postes avec les emplois induits", en plus des réductions d'effectifs dans les quatre entreprises agroalimentaires, situées dans un rayon de 50 kilomètres. La liste des entreprises en difficultés risque de s’alourdir dans les prochaines semaines. Le charcutier Jean Caby a annoncé également le 11 octobre, son intention de supprimer 80 postes dans son usine de Lampaul-Guimiliau.

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Difficultés structurelles

L’industrie agroalimentaire bretonne paie aujourd’hui son manque de compétitivité dans un contexte de plus en plus concurrentiel en Europe. Incapable de se moderniser aujourd’hui, elle a été victime des écarts de coûts de main d’œuvre importants avec l’Allemagne notamment, mais n’a pas su anticiper suffisamment les évolutions du marché pour répondre aux attentes des consommateurs. Et difficile d’investir dans de l’innovation pour les industriels, quand les rentabilités sont proches de zéro voire négatives actuellement.

Les réponses apportées par le gouvernement pour hâter la sortie de crise ne semblent pas convaincre les Bretons. Lors du dernier salon des productions animales (Space) à Rennes en septembre, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault a traversé avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, sous les huées. Il n’était pourtant pas venu les mains vides. Il a promis un assouplissement des contraintes administratives pour le secteur porcin et qu'il serait bientôt plus facile d'agrandir ou d'ouvrir une porcherie. Il a par ailleurs confirmé pour le secteur avicole que l’Etat déposerait "un recours" contre la décision de la Commission européenne en juillet de supprimer les aides à l’exportation de poulets congelés vers les pays tiers. En revanche, aucune aide d’urgence ne peut être débloqué pour les entreprises Doux et Tilly-Sabco : la première parce qu'elle est en redressement judiciaire et la seconde parce qu'elle a récemment bénéficié d'aides à la restructuration. De son côté, Guillaume Garot, a lancé un plan d’aides à l’agroalimentaire, le 30 septembre, exhortant les entreprises à "innover et exporter". Le ministre de l’Agroalimentaire a promis d’aider financièrement les projets de filière qui pourraient être présentés, grâce à la Banque publique d’investissement (BPI).

Une réunion devrait par ailleurs avoir lieu le 16 octobre à Matignon pour "traiter l’urgence". Ce rendez-vous se tiendra mercredi à l'issue du Conseil des ministres en présence des ministres du Travail (Michel Sapin), de l'Agriculture (Stéphane Le Foll), de l'Agroalimentaire (Guillaume Garot), du Redressement productif (Arnaud Montebourg) et des ministres "bretons" Marylise Lebranchu (ministre de la Fonction publique) et Jean-Yves Le Drian (Défense). "On va, de façon extrêmement concrète, pointer chacune des dispositions pour voir comment on peut l'améliorer et dans quels délais elles peuvent être mises en œuvre", a détaillé Guillaume Garot. "C'est une réunion de travail, de combat, pour apporter des réponses", a-t-il ajouté précisant que la tenue de cette rencontre s'était décidée dans le week-end.

Adrien Cahuzac

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