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L'Usine Maroc

"La Bourse de Casablanca a vocation à rayonner sur l’Afrique", Karim Hajji, directeur général de la BVC

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Publié le

[ENTRETIEN] En marge des Assises de l'industrie du 2 avil à Casablanca, L'Usine Nouvelle a demandé à Karim Hajji, directeur général de la Bourse des valeurs de Casablanca (BVC) de dresser les enjeux de la place financière marocaine... Il regrette le manque de liquidité, voit la bourse jouer un plus grand rôle dans le financement de l'économie du Maroc et prévoit au moins deux introductions cette année. Alors que se concrétise le projet Casablanca Financial City, il affiche ses ambitions africaines.

La Bourse de Casablanca a vocation à rayonner sur l’Afrique, Karim Hajji, directeur général de la BVC
Karim Hajji, directeur général de la Bourse des valeurs de Casablanca
© Bourse de Casablanca

 

 

 

L'Usine Nouvelle : comment se porte la Bourse de Casablanca?

Karim Hajji : Nos indices sont dans le vert depuis le début de l'année. La dernière introduction, celle de 15% du capital de l’électricien Jorf Lasfar Energy Company (JLEC) par son actionnaire l’émirati Taqa en décembre dernier s’est très bien déroulée.  De plus, Casablanca vient d’entrer à la 62ème place sur l’index Global financial centres index (GFCI) des centres financiers mondiaux établi par le consultant londonien Z/Yen.

Le rythme des IPO a été très faible ces dernières années. JLEC a été la seule introduction en 2013. Qu’en est-il pour cette année ?

Nous attendons au moins deux introductions assez importantes. L’une est connue. Il s'agit de la mise en bourse d’une part du capital de l’opérateur public portuaire Marsa Maroc. Une privatisation partielle donc. L'autre est une société privée dont je ne peux vous communiquer le nom.

Quelle est la date d'introduction prévue pour Marsa Maroc ?

Probablement en septembre. Attijariwafa Bank a été choisie pour accompagner Marsa Maroc.C'est une belle entreprise, très rentable. Elle a beaucoup d'investissements à réaliser d’où son besoin de financement. L’introduction portera sur sans doute 30% du capital.

"Le marché boursier est appelé à jouer un rôle plus important dans l'économie du maroc"

Globalement la bourse marocaine dont la capitalisation atteint 41 milliards d’euros reste encore modeste. Est en deçà de vos espoirs ?

Ecoutez… le marché boursier est appelé à jouer à l’avenir un rôle plus important  dans l'économie de notre pays. Pourquoi ? Parce que les banques marocaines affichent déjà aujourd'hui un niveau de financement très important. Elles financent plus de 90% des besoins de l'économie et sont à 110% de coefficient d'emploi. C’est-à-dire qu'elles utilisent plus de 100% de leurs ressources tout en restant dans les bons ratios prudentiels. Elles tendent donc vers la limite de leur possibilité. Le marché boursier est là pour prendre le relais.

Le secteur de la construction et de l'immobilier se porte plutôt mal depuis 2 ans au Maroc. Certains économistes expliquent cela par un niveau trop faible de financement bancaire. C'est votre avis?

Il y a un déficit de financement bancaire, c'est assez juste. Les banques marocaines connaissent une exposition importante dans ce secteur à la fois en matière de promotion immobilière et de financement à l'acquisition pour les ménages. Pour des raisons prudentielles, elles ont décidé de mieux répartir leurs risques, ce qui est normal, et forcément cela a un impact sur l'activité de ces secteurs.

La capitalisation de la Bourse de Casablanca représente 50% du PIB du Maroc. Le deuxième rang en Afrique.

 

Notre marché peut jouer un rôle en la matière. Je pense que d'autres type de financement peuvent se développer via la bourse. Pourquoi pas via des fonds immobiliers. Çela peut être aussi bien de l'equity que de l'obligataire.

Comment se développe le marché obligataire au Maroc ?

Modestement. Ce sont surtout les "grosses boutiques" qui y ont recours. Il nous faut trouver des mécanismes pour permettre aux PME d’y accéder Cela peut passer, là encore, par la création de fonds.  

En Afrique, le marché égyptien est fortement reparti à la hausse. Du coup, la place de Casablanca est repassée en quatrième position en terme de capitalisation sur le continent derrière Johannesburg en Afrique du Sud et Lagos au Nigéria. Est-ce un handicap pour attirer des capitaux ?

La capitalisation boursière de Casablanca représente 50% du PIB du Maroc. C’est très significatif car en Afrique la moyenne est de 10%.  Certes, celle de l'Afrique du Sud se situe à plus de 100% du PIB mais c'est un marché très développé. Celle de la place du Caire ne représente que 25% du PIB égyptien. Hors l'Afrique du Sud, je pense que notre bourse est celle qui affiche la "market cap" la plus élevée en Afrique rapporté au PIB.

Mais avant la grande crise financière de 2008/2009, c'était bien plus important ?

Oui. En 2007, nous étions parvenus à 80% du PIB. Plusieurs facteurs ont conduit à cette chute. Des investisseurs étrangers ont cédé leurs positions pour compenser les pertes subies ailleurs. Mais, ils gagnaient de l'argent à Casablanca et ont en donc profité! Pour leur part, les investisseurs institutionnels marocains, déjà exposés sur le marché des actions, n’ont pas augmenté leurs positions. Et enfin la valeur des entreprises a baissé.

A quel niveau se situe l’actuel Price earning ratio (PER) de Casablanca ?

A 16. Ce qui en fait une bourse bien valorisée pour les futurs émetteurs.

Quels sont vos projets dans les deux ou trois ans qui viennent ?

Au premier chef, la montée en puissance de Casablanca Financial City (CFC) qui est à la fois un cadre institutionnel et fiscal attractif et un quartier physique de la ville où seront regroupées de nombreuses institutions financières, dont la Bourse à partir de 2016. C’est un projet majeur pour le Maroc dans lequel la Bourse de Casablanca s'investit pleinement. Nous sommes l'un des fondateurs et actionnaires de CFC qui va considérablement accroitre la visibilité de notre place.

"JOUER LA BAISSE"

Et sur le fonctionnement  du marché?

Nous travaillons avec le gouvernement à la création d’un cadre légal créant de nouveaux mécanismes qui devraient voir le jour d'ici la fin de l'année, à savoir notamment le pré-emprunt de titres. Ce sera un levier important pour améliorer la liquidité trop faible aujourd’hui. Ce qui en soi est un vrai problème. La loi concernant le pré-emprunt de titres est passée. Le décret d'application aussi. Il reste un amendement en cours de discussion pour rendre ce dispositif plus attractif pour les investisseurs.

Quel sera l'intérêt de cette formule?

C'est la possibilité pour un investisseur institutionnel de prêter ou d'emprunter des actions ou des obligations et de pouvoir les céder immédiatement sur le marché. Si un investisseur pense, par exemple, qu'une valeur est survalorisée, il pourra emprunter le titre, le céder au comptant et espérer le racheter 3 mois plus tard moins cher. Il gagnera ainsi de l'argent en anticipant la baisse. Aujourd'hui, notre marché ne fonctionne que sur une seule jambe : à la hausse. Si vous êtes en bourse, à Casablanca, vous ne pouvez pas anticiper la baisse.

Tous les achats sont opérés au comptant aujourd'hui?

Oui. Nous n'avons pas encore de marché à terme, ni de règlement différé. On ne peut se positionner qu’à la hausse. Or, pour qu'une bourse fonctionne, les anticipations à la hausse comme à la baisse doivent pouvoir s'exprimer. Ce qui permet d'établir des cours d'équilibre plus conformes à la valeur de marché. Le pré-emprunt va donc faciliter l'amélioration de la liquidité.

Quelle est la part des investisseurs étrangers à la bourse de Casablanca?

Environ 27% de la capitalisation. Ceci inclut pour une très grande part les "investisseurs stratégiques", c'est-à-dire ceux qui détiennent 50% ou plus de très grosses entreprises comme Maroc Telecom, les valeurs cimentières ou bancaires. Or, celles-ci sont les poids lourds de la cote. Si vous enlevez ces investisseurs stratégiques, nous tournons autour de 9% de capitalisation flottante disponible à l'achat ou à la vente. C’est bien trop peu.

La notation souveraine du Maroc est juste un cran au-dessus de l’investment grade, c’est un mauvais point ?

Non au contraire. Cela rassure les investisseurs car beaucoup de marchés émergents ne sont pas notés investment grade.

Y a-t-il des investisseurs anglo-saxons sur Casablanca?

Les fonds les plus actifs en dehors des investisseurs stratégiques que j’évoquais sont des fonds basés au Royaume uni ou en Afrique du sud. Par ailleurs, les capitaux du Golfe doivent se situer en troisième ou quatrième position.

"LIQUIDITE TROP FAIBLE"

Et les investisseurs français ?

Ils arrivent en deuxième position. Pour la plupart, ce sont ces fameux investisseurs stratégiques, les maison-mères de sociétés comme Lafarge Maroc, Nexans Maroc ou (jusqu’ici) Maroc Telecom avec Vivendi.

Aujourd’hui, quelles sont les attentes principales des entreprises cotées?

La liquidité des titres est une préoccupation majeure… mais je me dois de dire quelle est aussi fonction du flottant mis à disposition des investisseurs par les entreprises. Or, celui-ci souvent est trop faible. Cela tient à la structure du capitalisme marocain. Nos sociétés cotées sont souvent détenues à plus de 50% par une personne, une famille ou un groupe étranger. Il faudrait donc que le flottant augmente. Et que les entreprises communiquent aussi davantage sur leurs résultats et leurs perspectives. Pour qu'il y ait de la liquidité, il faut un intérêt à se positionner à l'achat ou à la vente.

L'information financière reste très inégale…

Oui, alors qu'elle est essentielle. Sans information de qualité, vous n'avez pas de transactions. Pourquoi voulez-vous que quelqu'un achète une action s'il n'a pas d'information sur cette valeur.

Quel rôle jouez-vous en la matière ?

Pédagogique. Nous délivrons aux entreprises cotées de la formation financière, des conseils sur la gouvernance qui sont susceptibles d'améliorer les liquidités de la place.

"L'investisseur n'est pas ENCORE assez considéré comme un réel partenaire"

La bourse ne souffre-t-elle pas d’être surtout pour les entreprises un moyen de leur donner une valeur?

C'est un sujet réel. La bourse est souvent perçue plus comme un moyen de valoriser un patrimoine que comme un outil pour lever des capitaux. L'investisseur n'est pas encore assez considéré comme un réel partenaire.

Cependant, notez le bien certaines sociétés après leur introduction ont pu développer leur activité de manière remarquable. Je pense par exemple à Dari Couspate qui était le troisième opérateur dans le couscous et les pâtes alimentaires et qui après son introduction en bourse est devenu le numéro 1 de son secteur. Il a disposé des moyens de développer son activité et d'accroitre sa notoriété.

Le fait d'être en bourse vous permet aussi de bénéficier d'une publicité gratuite. Chaque jour, votre entreprise est citée dans les journaux ou à la télévision vous garantissant une publicité que vous ne payez pas. Les entrepreneurs ne le perçoivent pas assez !

Y a-t-il des entreprises étrangères cotées à la bourse de Casablanca?

Une seule aujourd'hui, tunisienne. Mais Casablanca a vocation à rayonner sur l'Afrique. Nous avons désormais la volonté de démarcher des entreprises d'Afrique du Nord et d'Afrique de l'Ouest. Cela pourrait se faire dans le cadre de doubles cotations avec d'autres bourses comme celle d'Abidjan par exemple. Nous travaillons au cadre légal.

Mais, les marchés africains comme Abidjan cherchent aussi à se développer et à vous concurrencer. De plus, Lagos, du fait de la taille importante de l’économie du Nigéria peut paraitre bien plus attractif…

Lagos est, c’est vrai, un acteur de poids et Le Caire aussi. Nous nous jugeons complémentaires de ces marchés. Nous avons surtout à horizon 5 à 10 ans une place à prendre sur l’Afrique de l’Ouest où de plus en plus les entreprises marocaines, banques ou sociétés immobilières notamment sont présentes. On peut parfaitement imaginer que des entreprises importantes de cette région ne parviennent pas à lever les fonds dont elles ont besoin à Abidjan notamment, dont la taille du marché reste limitée et qu'elles les trouvent à Casablanca.  Elles pourraient ainsi assurer une part de leurs besoins de financement via des doubles cotations entre Abidjan et Casablanca. Il faut le voir comme une opportunité pour améliorer la liquidité des deux places.

Propos recueillis à Casablanca par Pierre-Olivier Rouaud
 

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