La Bétadine de Mylan, un geste barrière de plus contre le coronavirus

Professeur de pharmacie industrielle et directeur du Laboratoire de Technologie Pharmaceutique Industrielle de Bordeaux (LTPIB), Luc Grislain veut attirer l’attention sur un nouveau geste barrière : le gargarisme de Bétadine. Cet antiseptique à large spectre est susceptible de réduire le coronavirus dans la gorge, avant qu’il ne s’attaque aux poumons.

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La Bétadine de Mylan, un geste barrière de plus contre le coronavirus

Professeur de pharmacie industrielle à la faculté de Bordeaux, vous connaissez bien la Bétadine ? Pouvez-vous nous parler de sa matière active ?

La matière active de la Bétadine est appelée povidone iodée. Elle est constituée d’un complexe composé d’iode emprisonné dans une macromolécule, la polyvinylpyrrolidone. Lorsque cette matière active est mise en solution dans l’eau, il se crée un équilibre entre de l’iode libre et de l’iode complexée Or c’est cet iode libre qui apporte des propriétés antiseptiques et virucides. Cela signifie que pour être efficace, la Bétadine doit être diluée.

Avez-vous travaillé directement sur la povidone iodée ?

Je dirige une équipe de recherche d’une douzaine de personnes, spécialisée dans la formulation de médicaments. Nous travaillons avec de grands industriels de la pharmacie et avec des organismes sanitaires internationaux. L’une de nos success story a été la mise au point de la forme galénique de l’antipaludéen Asaq qui est actuellement produit à Casablanca par Sanofi. Il est considéré comme le traitement de référence de la crise de palu. Nous avons eu l’occasion de travailler sur la povidone iodée car il existe un site de fabrication de Bétadine à Mérignac en périphérie de Bordeaux. C’est un site qui appartenait au laboratoire Meda et qui a été racheté en 2016 par le fabricant de génériques Mylan. La Bétadine reste néanmoins un produit, dont la licence est détenue par Mundipharma, et qui est produit dans le monde entier. En ce qui nous concerne, nous avons mis au point de nouvelles formes galéniques de ce produit. Nous sommes notamment à l’origine d’une forme galénique ophtalmique, d’une forme pour le milieu hospitalier ainsi que d’une présentation en unidose.

D’où vient cette idée de traiter le coronavirus par des gargarismes ?

Il ne s’agit pas de proposer un nouveau médicament contre le coronavirus, à l’image de la chloroquine, mais simplement d’introduire un nouveau geste barrière au même titre que le fait de se laver les mains. On sait que les voies d’entrée du virus sont le nez, la bouche et les yeux. Dans un premier temps, le virus se loge dans la gorge, les glandes salivaires et la paroi nasale où il se multiplie avant d’envahir les poumons. D’où l’intérêt de pratiquer des gargarismes de povidone iodée lorsque l’on a été exposé à un risque de contamination. Même s’il n’éradique pas complètement le virus, le gargarisme permet de réduire la charge virale localement et donne plus de temps au système immunitaire pour produire les anticorps salvateurs. Il est démontré in vitro qu’un contact de 15 secondes à deux minutes est suffisant pour supprimer la charge virale.

Existe-t-il des formulations de Bétadine pour gargarisme ?

La Bétadine verte est un bain de bouche pour les infections buccales à 10% de povidone iodée, aromatisé à la menthe. Il est à ma connaissance le seul bain de bouche à présenter cette activité virucide. En Corée et dans différents pays asiatiques, la Bétadine est proposée en gouttes nasales. Et d’après les contacts que je peux avoir avec des scientifiques coréens, il semblerait que ce produit ait été utilisé plus largement chez eux dans la lutte contre le coronavirus.

Pourquoi choisissez-vous d’attirer l’attention sur l’usage de la Bétadine alors que peu de personnes en parlent ?

Le gargarisme est un geste qui devrait se répandre davantage. Il s’appuie sur un produit très courant, très efficace et sans danger dans la mesure où l’on respecte les précautions d’usage. De la même façon que notre laboratoire produit du gel hydroalcoolique pour des professionnels de santé dans notre environnement, nous souhaitons apporter une contribution supplémentaire à la santé publique en faisant la promotion de ce geste.

Pensez-vous qu’il y aurait suffisamment de produit disponible en cas d’utilisation plus massive ?

La matière active est proposée par de nombreux fournisseurs dont le groupe allemand BASF. Quant au site de Mylan à Bordeaux, il est de taille importante et produit déjà pour toute l’Europe (NDLR 30 millions d'unités par an). Par ailleurs, il faut se rappeler que la Bétadine est plus efficace quand elle est diluée. Un seul flacon peut suffire pour traiter toute une famille pendant plusieurs semaines.

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